La Dame blanche de Levoča

Mgr Alice Hura – Charles Bugan

Le mystère de la Dame blanche de Levoča enfin révélé ? Des recherches récentes semblent lever le voile de l’énigme. A la découverte de l’une de ces Dames blanches qui font partie de bien de légendes dans de nombreux endroits du monde.

La Dame blanche de Levoča, alias Juliana Korponay, a son portrait fictif peint sur la porte en bois dans la salle de l’ancien Hôtel de ville, édifice historique de Levoča.
Peinte sous l’influence du roman « La Dame blanche de Levoča », en hongrois « A Löcsei fehér asszony », écrit par le romancier hongrois Mór Jókai (1825-1904) en 1884. Ce roman, est une histoire d’amour et de venin, de trahison et de fidélité à l’époque de la guerre d’indépendance du prince François II Rakoczy en 1705 en lutte contre les Habsbourg.
L’héroïne du roman, la belle Juliana, qui a pour aspiration le bonheur de son fils, veut récupérer les biens héréditaires confisqués. Pour cela, elle va devenir une espionne impériale. Elle est envoyée dans la ville libre royale de Levoča alors assiégée par l’armée impériale car les patriciens protestants apportaient leur soutien aux rebelles de Rakoczy contre le gouvernement absolu des Habsbourg.
La belle Juliana va simuler de tomber amoureuse d’Etienne Andrassy, commandant des Kurucs, l’armée des rebelles de Rakoczy. Une nuit, elle dérobe les clefs d’une des portes de la ville, clefs qui se trouvaient sous l’oreiller d’Andrassy. Elle se rend à cette porte, l’ouvre et fait entrer les soldats impériaux dans la ville.
En réalité, Juliana Korponay (vers 1689 – 1714), était la fille de Sigismond Géczy, un gentilhomme d’Ožďany (en hongrois Osgyan). Il était colonel de la garde rapprochée d’Imre Thököly, un noble rebelle contre les Habsbourg. Juliana était l’épouse de Jan Korponay, conseiller municipal impérial, mais qui a déserté chez les Kurucs pour embrasser la cause des rebelles.
Selon la légende, en 1712, elle reçu des lettres des rebelles Kurucs émigrés en Pologne, lettres de conspiration qui appelaient à la révolte. Par ce geste elle perdit la confiance de l’empereur Charles III roi de Hongrie.
En 1714, pour sa trahison, elle est exécutée dans la ville hongroise de Györ, comme la première, et unique, femme ayant trahi sa patrie dans l’histoire du Royaume de Hongrie.
Selon de nouvelles recherches récentes conduites par les historiennes slovaques Dáša Uharčeková-Pavúková, Zuzana Lisoňová et Silvia Lörinčiková, les nouveaux faits collectés sur des lieux liés à l’histoire de Juliana Korponay comme Ožďany, son village natal, le château de Červeny Kameň, le château de Betliar et dans des archives des villes de Bratislava, Budapest, Györ et Mukačevo (Ukraine aujourd’hui), apportent une autre vision du mystère de La Dame blanche, Juliana Korponay. En fait, elle aurait été victime d’une erreur judiciaire.
Ces nouveaux éléments ont été présentés lors de l’exposition « Levočská biela pani – La Dame blanche de Levoča », de novembre 2010 à mai 2011 au château de Betliar et au Musée de Spiš à Levoča.
Selon ces historiennes, qui travaillèrent pendant trois ans sur ce sujet, la ville de Levoča n’a pas été prise par traîtrise par les soldats impériaux. En réalité, elle s’est rendue sans livrer bataille. Toujours selon leurs recherches, le bourgmestre et les conseillers de Levoča avaient négocié la capitulation de la ville avec le général impérial Löffelhoz et l’ouverture des portes aux Labans, les soldats des Habsbourg le 9 février 1710. Ainsi, la légende de Juliana est démentie.
La « nouvelle histoire » découverte de Juliana Korponay reconstruit son destin et dit que non seulement elle était une bonne fille mais aussi une épouse fidèle, une mère plein d’abnégation et une dame cultivée. Hélas, elle fut victime des intrigues de cette époque et accusée « d’avoir aidé la nouvelle vague de révoltes contre les Habsbourg ».
Les historiennes slovaques, ont aussi examiné un tombeau sous l’église d’Ožďany, village près de Rimavská Sobota dans la Slovaquie du sud, tombeau ou se trouvait le cercueil de Juliana Korponay. Mais la recherche anthropologique dirigée par Alena Šefčáková, du Musée National Slovaque de Bratislava, a démenti cette hypothèse.
Selon des documents d’archives d’Eglise de la ville de Györ, elle aurait été décapitée publiquement le 25 septembre 1714 à 11h00 sur la place, puis, avec d’autres exécutés, elle aurait été enterrée dans le cimetière près de la cathédrale de Györ. Le service funèbre fut assuré par le vicaire allemand François Kopscinay.
Le peintre de La Dame blanche de Levoča, peinture que l’on peut voir sur la porte en bois dans la salle de l’ancienne mairie à Levoča, est Wiliam Forberger (1848 – 1928), peintre paysagiste des Tatras et des architectures historiques. Certains de ses tableaux sont exposés dans le palais d’arts Albertina à Vienne. Il est né à Kežmarok et était originaire de la communauté allemande de Spiš (membre du groupe Karpathenverein, groupe touristique des Carpates), il a étudié la théologie à Prešov, puis les arts plastiques à Budapest, et comme instituteur débutant à Levoča, il a créé le tableau « Le mythe de la Dame blanche de Levoča ».

Références

Document de l’exposition « Levočská biela pani – La Dame blanche de Levoča », de novembre 2010 à mai 2011 au château de Betliar et au Musée de Spiš à Levoča.