Rites et coutumes de Noël en Slovaquie

Alice Hura – Charles Bugan

La Noël trouve son origine bien avant l’époque chrétienne. En Europe centrale, les anciens Germains, Slaves et Celtes fêtaient le solstice d’hiver, c’est-à-dire, le retour de la lumière.
Aujourd’hui, la fête de Noël est une synthèse des éléments du paganisme de la fête solsticiale, avec le culte du soleil, et de la fête de la nativité des chrétiens.

Cela signifie concrètement que la magie et les rituels de paganisme de ces temps anciens subsistent encore dans les traditions et les coutumes des villages slovaques.

Ordres et interdiction

Dans ces traditions et coutumes, nous trouvons, ce que l’on peut appeler les ordres et les interdictions.

Commençons par les ordres : à partir du solstice et jusqu’à la fête du nouvel an, les jours sont, en principe, irrationnels, mais, sous l’aspect pratique, ils sont positifs. La maisonnée en fête doit être pure, de même que les bâtiments annexes (étables, granges…). Les femmes, lors de la semaine qui précède la Noël, doivent rendre les objets prêtés, laver tout le linge, rendre tout plus pur et préparer le lieu pour l’arrivée des fêtes.

Passons au rayon interdiction : si, dans la maison, est suspendu un manteau de fourrure les jours de Noël, le bétail va périr dans l’année. Si, par contre, des vêtements sont suspendus, c’est le propriétaire qui va mourir dans l’année.

Autre interdiction : l’interdiction « magique » pour les femmes de travailler – filer, coudre, tisser, laver du linge – les jours de Noël. Ces jours sont, pour les femmes, jours de repos… sans reproche de paresse.

Quant aux hommes, ils ne peuvent pas travailler – couper du bois, pratiquer le travail avec le bétail…. Cela signifie donc que les travaux devaient être effectués plusieurs jours auparavant.

Le 24 décembre, veille de Noël, est le jour appelé Štedrý deň, mais en fait il a, en Slovaquie, plusieurs appellations.

Ces appellations trouvent leur origine avant la période chrétienne. Le « Štedry deň » ou « Štedrý večer », que l’on peut traduire en français par le « jour d’abondance » ou « jour de profit » ou encore « jour large », dans le sens généreux. C’est l’appellation la plus répandue et la plus ancienne. Il s’agit très probablement de la réminiscence de la fête solsticiale et du riche festin païen qui l’accompagnait.

Mais, dans certains régions slovaques, ce jour est appelé « Kračun », ancienne appellation de la « Soirée étoilée (constellée) ». On a aussi une appellation mais moins utilisée, qui est « Vilija ou vigilija » venant du latin « vigilia » – veille. (1)

Dans des villages majoritairement protestants du centre de la Slovaquie, nous trouvons encore comme appellation pour le 24 décembre, l’ancien nom « Dohviezdny večer » – le soir de l’étoile.

La veille de Noël concentre beaucoup de traditions : l’assurance de la prospérité, la santé et la fortune pour la prochaine année.

Le riche festin d’abord, il symbolise la richesse pour la prochaine étape de la vie et la religion chrétienne a accompli beaucoup d’effort pour supprimer ces fêtes païennes, en commençant par le jeûne du 24 décembre. En effet, ce 24 décembre, seul la viande de poisson peut être consommée le soir lorsqu’apparaît la lumière de la première étoile.

Cependant, suivant les différentes confessions, la composition du repas de Noël est différente.

C’est ainsi que, dans les familles catholiques, on respecte le jeûne et l’on fait abstinence de viande. Mais manger du poisson est toléré le soir lorsqu’apparaît la lumière de la première étoile. Il y a aussi la soupe de Noël, la « Vianočnà kapustnica », soupe de choucroute de Noël – sans viande – mais qui peut être accompagnée de morceaux de poissons fumés. Un exemple, à Vlkolinec, vous avez de la soupe aux petits pois avec des morceaux de truite fumée.

Pour les familles protestantes, il est de coutume de dîner la veille de Noël avec de la viande de porc, la « tlačenka », le fromage de tête (tête pressée) ou la « Vianočnà kapustnica » la soupe de choucroute de Noël aux saucisses fumées.

Mais, quelque soit l’obédience, en aucune façon, au dîner de Noël, on ne peut manger de la viande de volaille (2) « mäso spod peria » – viande de dessous les plumes – car la propriété, les biens, l’argent pourraient « s’envoler » comme les plumes s’envolent quand on souffle dessus.

Revenons aux catholiques pour signaler qu’ils mangeront la viande seulement après minuit, ou plus exactement, après la messe de minuit. Ils ont simplement déplacé le riche dîner païen. On appelle cet instant « obžerstvo » que l’on peut traduire en français par, « manger gras » ou « se goinfrer », c’est-à-dire que l’on mange à satiété.

Pour les boissons, on consommera du vin, de l’eau-de-vie. A l’apéritif, on dégustera la « hriate », la vodka chaude (spécialité slovaque) et aussi la « medovina » chaude ou froide.

Les fruits, frais ou séchés, occupent aussi une place marquante sur la table de Noël.

Les décorations du sapin de Noël

Au IXXe siècle, va se propager un nouvel attribut venu d’Allemagne, il s’agit de la présence et de la décoration du sapin de Noël avec des boules en verre.

Le changement, par rapport à la tradition slave, est que le sapin est posé sur le sol ou sur un support, tête en l’air. Chez les slaves, il pend au plafond de la maison et est placé au-dessus de la table. C’est un petit sapin, naturel ou fabriqué en bois, de plus ou moins 1 m, et la table est considérée comme « magique », c’est un endroit protégé. (3)

A ce « sapin », on y accroche des pommes rouges, des rubans de diverses couleurs, des biscuits ou des sucreries emballées dans des papiers multicolores.

On trouve aussi dans chaque maison des rameaux d’arbres verts (conifères), et dans certaines régions, on trouve une couronne de paille suspendue au plafond au-dessus de la table.

L’effet magique du repas de la veille de Noël

En Slovaquie, on attache une grande importance pour la préparation des plats de Noël. Chaque repas est particulier et symbolise le souhait d’abondance.

La magie numérique du repas épouse le principe de vivre dans l’abondance, en grand nombre, des quantités de produits agricoles.

Les produits typiques en grand nombre sont les grains de pavot, les lentilles ou les petits pois, pour avoir beaucoup d’argent.

Le pain aux fines herbes pour la santé et la prospérité de la famille.

Le menu de Noël se prépare avec sept ou neuf plats, chaque membre de la famille devant goûter trois cuillerées ou gorgées du plat afin de connaître l’abondance de repas toute l’année, … avec, en plus, une assiette vide sur la table du repas de Noël. Cette assiette vide est destinée au retour des âmes mortes !

Car si de nos jours il est parfois d’usage que le 24 décembre on dispose une assiette supplémentaire sur la table du repas de Noël pour un visiteur fortuit, l’usage ancien signifie lui que l’assiette supplémentaire était réservée aux esprits des ancêtres ou de la divinité domestique – le domovoï – le génie tutélaire de la maison des anciens slaves. (4)

Autrefois, les anciens croyaient à l’existence du retour sur terre des esprits des ancêtres au temps de Noël. Les gens avaient, dès lors, l’obligation de pourvoir aux besoins des âmes de ses morts, de ses ancêtres. Aussi ils croient que les âmes des morts sont, dès leur retour, à égalité et ont les mêmes besoins que les vivants. C’est donc pour cela que dans l’assiette de cet esprit, on place une cuillerée de chaque plat de Noël.

La tradition fait aussi que l’on porte un repas dans le grenier ou que l’on lance des noix dans le coin de la chambre ou des petits pois vers les murs de la chambre, cela symbolise la récompense pour l’esprit de la maison.

Cet esprit de l’ancêtre est une aide essentielle pour le futur de la vie de la famille. Enfin, la prière pour les âmes des ancêtres est aussi un élément du rituel pour le souvenir des anciens.

Le repas s’accomplit à la table et il n’est pas question de la quitter pour laver la vaisselle ou vaquer à une occupation domestique. A la fin du repas, on époussette juste les miettes, quant aux restes de nourriture, ils restent sur la table et seront mangés le lendemain – ce qui permet aux « esprits » bons ou mauvais, de se restaurer la nuit.

Il est aussi d’usage que les miettes, les restes du dîner de Noël soient offerts le lendemain aux domestiques et/ou aux animaux domestiques afin qu’ils aient une bonne santé.

Garniture de la table

La garniture de la table fait partie des principes protecteurs et de l’abondance. C’est ainsi que l’on trouvera sur et sous la table divers éléments.

Sur la table, on dispose une bougie, du miel, de l’ail, de l’oignon, du persil, du raifort, des fleurs de noisetier. Ces éléments symbolisent les défenses contre la magie noire. Le miel pour le bien, l’ail et le rameau vert pour la santé.

Sous la table, on trouve un autre moyen efficace de magie blanche, il s’agit d’une chaîne de fer. Elle entoure les pieds de la table où se trouve le repas de Noël. Cette chaîne symbolise la défense contre la désorganisation de la famille.

Une hache ou une bêche ou d’autres ustensiles des champs en fer, sont placés sous la table de Noël, sur un lit de paille, symbolisant la prospérité et le bon travail des paysans pour l’année à venir, mais aussi un souhait de bonne santé pour tous ceux qui sont assis à la table.

Les oracles de Noël

Si, dans une pomme coupée à moitié, on aperçoit les pépins en forme d’étoile, cela signifie la fortune, mais s’ils sont en forme de croix, cela signifie la maladie ou la mort.

Un oracle d’amour, pour les jeunes filles, consiste à disposer une petite bougie allumée dans deux demi-coquilles de noix vides et de les déposer dans un récipient contenant de l’eau. Si les deux coquilles se rejoignent, il y aura mariage, si non, ce sera le célibat encore pour un an.

Autre oracle pour le mariage, dans certaines familles, les filles, après le dîner de Noël, se tiennent debout, dos à la porte et lancent une chaussure derrière elles. Lorsque la chaussure est tombée, elle se retourne et regarde, si la pointe est dirigée vers elles, ce sera le mariage dans l’année, par contre, si c’est le talon, ce sera encore le célibat pour un an.

Oracle néfaste : si l’inclinaison de la flamme de la bougie posée au centre de la table du repas de Noël se dirige vers quelqu’un, il sera le premier à mourir dans la famille

Oracle favorable : une poignée de grains de blé, de lentilles, de petits pois, de pavot posée sur la table symbolise l’abondance agricole

Trois écailles de poisson ou de l’argent sous la nappe, symbolise l’abondance d’argent tout l’année (et il ne faut pas être pingre car plus on dépose d’argent plus on en aura …).

Tout objet placé à l’extérieur cette nuit était béni. On déposait des pièces de monnaies à l’extérieur, généralement sur l’appui de fenêtre. De la sorte, leur propriétaire ne manquera pas d’argent toute l’année.

Le menu traditionnel de la veille de Noël

Le dîner de Noël procède d’un rituel ancien et stable. La quantité du menu est de sept ou neuf plats.

1 La soupe – polievka (elle varie selon la région)

2 Des pâtes – cestoviny, halušky

3 Pâtisserie – gâteaux – pečivo – koláč

4 Les gaufres, en forme de grande hostie – oblatky, avec ail et miel

5 Les fruits – ovocie, noix, noisettes, pommes, fruits secs…

6 La viande – mäso selon le rite religieux

7 Les boissons – napoje, alcools, vins, jus pour les enfants
La table est dressée avec une nappe de fête et garnie des riches plats de Noël.

La tradition veut que la table soit garnie de tous les éléments du repas de Noël, de l’apéritif au dessert car, comme déjà dit précédemment, il est « mauvais » de quitter la table.
Le repas commence dès l’apparition de la première étoile (vers 18 – 19h00).

Le plat principal, dans toute la Slovaquie, c’est la soupe de Noël. Elle varie suivant les régions, là vous aurez une vianočna kapustnica de la région de Liptov (soupe de Noël à la choucroute avec de la saucisse et des bolets séchés).

Dans la région de Zahorie, vous aurez la soupe à la choucroute et lentilles ou haricots. Dans d’autres régions, ce sera une soupe de légumineuses (lentilles, haricots, petits pois) avec des bolets séchés et des fruits secs séchés (pruneaux…).

Vous pourrez aussi déguster la très archaïque soupe de céréales, le kysel, composée de grains de blé et de farine et au goût acidulé. Pour la région frontière avec la Hongrie ce sera une soupe de poisson.

Si pour le réveillon de Noël, on prépare dans presque toutes les familles slovaques la « soupe à la choucroute », de nos jours on peut aussi avoir du poisson frit avec une salade de pommes de terre – ce que nous appelons une salade russe – qui remplace le poisson fumé du temps jadis.

Le deuxième mets traditionnel de Noël, consiste en un plat varié de produits « farineux » comme les pâtes alimentaires, des halušky – gnocchis, des pâtons saupoudrés de pavot et/ou de sucre ou les « pirohy – pyrôžky » fourrés au pavot sucré.

En Slovaquie, il est aussi typique pour le repas de Noël d’avoir un dessert sucré garni de graines de pavot, l’opekance, suivant la région de Slovaquie,  (Bobalky dans la Slovaquie orientale), ce dessert peut avoir diverses appellations. C’est le repas de pâtes (gâteaux) cuites au four.

La plus ancienne forme de gâteau de Noël est la galette appelée kračun. Il est, à l’origine, préparé en forme de galette sans levure avec au centre un trou pour y déposer du miel. Ce miel est mélangé avec des graines, des légumineuses, afin d’assurer une bonne moisson pour la prochaine année, et aussi avec de l’ail et/ou du persil, qui sont les symboles de santé et une sécurité contre la magie noire, les mauvais esprits.

Si aujourd’hui, les gaufres sont une nouvelle forme de la galette de Noël et si elles ne sont pas toujours préparées à la maison, mais achetées au magasin, la tradition persiste néanmoins et l’on mange ces gaufres de Noël avec le miel et l’ail.

Les gaufres de Noël, les Oblatky sont aussi de la fête.

Jadis, plusieurs semaines avant la Noël, les galettes étaient préparées par l’instituteur de l’école du village ou de la ville. Les jours qui précèdent la Noël, il les distribuait aux élèves pour le panier de la maison.

D’autres pâtisseries de noël existent. Elles sont très variables suivant les régions et ont plusieurs appellations. Il y a la tarte Strudel, le gâteau en forme de tresses – Vianočka, les gâteaux en formes d’animaux, de bétail ou d’oiseaux (plus particulièrement dans les régions de l’est de la Slovaquie) ou encore les Medové koláčiky (ou medovník ou medovníčky), les gâteaux de pain d’épice en forme de figures du bétail domestique ou de symboles de Noêl.

Les femmes cuisent toujours au four le Štedrak, gâteau très populaire et gâteau de tradition qui représente le gâteau de la largesse. Il s’agit d’une pâte au levain avec cinq feuilles et quatre farces (5 + 4 = 9). On y retrouve une farce composée de confiture de prunes, une de pâte de noix, une de pâte de pavot et une de pâte de fromage blanc, le tout symbolisant le souhait de prospérité.

Le folklore, le chant et le spectacle

Pendant cette période, nous avons les chants sous la forme de la koleda. (5)

Après le dîner de Noël, les jeunes hommes se réunissent, ils déambulent dans le village et ils chantent sous les fenêtres des maisons. Ces chants comprennent les souhaits de santé et de prospérité pour la nouvelle année qui vient. De nos jours, la koleda est souvent mixte et les chants comprennent aussi des chants chrétiens.

Pour recevoir la visite du groupe de chanteurs de la koleda, le propriétaire prépare des gâteaux.

Le spectacle « Jeu de Bethlehem » (Bethléem)

Jadis très populaire, la tradition du « Jeu de Bethléem ». C’est un spectacle d’origine religieux du Moyen Age, avec comme sujet, la naissance de Jésus à Bethléem. Mais, en Slovaquie, ce spectacle est enrichi de beaucoup d’humour spécifique au peuple.

C’est un jeu de groupe, pour cinq personnages : des garçons ou des bergers.

La principale structure pour ce jeu est le rôle du berger en chef, Bača et un trio de bergers qui s’appellent Kubo, Stacho et Fédor et, comme cinquième personnage, un ange qui porte une petite crèche de Bethléem ou une maison ou encore une église.

Le Jeu de Bethléem se déplace dans tout le village et le groupe joue et chante dans chaque maison. Le propriétaire prépare des gâteaux ou une récompense.

Kubo est un homme pas très propre, jovial, un peu « benêt » revêtu d’une veste de mouton à l’envers, personnage mi-homme mi animal (le chien du berger).

A un moment de leur danse, Bača, Stacho et Fedor vont former un triangle, tenant leur bâton à bout de bras et Kubo se trouve au centre, sous la protection des bâtons des bergers.

N’oublions pas qu’auparavant c’était une période où les bergers n’avaient pas de travail et cette « représentation » riche en humour populaire – la télé n’existait pas – leur rapportait quelques nourritures – fruits secs, viande gâteaux – ainsi qu’un peu d’argent.

Le Jour de Noël, le 25 décembre

C’est un jour de congé. On célèbre la fête de la nativité de Jésus, les familles se souhaitent bonheur et bonne santé et la koleda chante les cantiques de Noël.

Jadis, le matin, un membre de la famille apportait de l’eau fraîche du ruisseau. On y trempait un rameau d’arbre où les perles des gouttes d’eau représentaient les membres (en nombre) de la famille. Ce rameau était déposé dans la chambre.
Dans cette eau, on ajoutait des pommes, de l’argent ou du raifort et on lavait tout dans cette eau.

L’argent symbolise la prospérité, les pommes la santé et le raifort la force (pour être fort). Le tout, lavé, symbolise la cohésion de la famille.

Le repas de ce jour de Noël est riche en viande de porc et surtout en porc fumé.

Notes

1 En Belgique, le 24 décembre est une vigile donc un jour d’abstinence. Les plats consommés avant minuit durant la nuit de Noël devaient être des plats maigres.

2 Peut-être y aurait-il une relation avec des traditions celtes et/ou slaves car des archéologues ont découverts dans les nécropoles de Mikulčice et de Prušánky des squelettes et vestiges de l’avifaune. A Mikulčice, l’étude exhaustive sur les vestiges d’oiseaux a été menée et l’on remarque que les oiseaux majoritairement représentés sont des poules, des canards et des oies domestiques. Ils devaient donc entrer dans les pratiques funéraires des Moraves entre le 9e et le 10e siècle. (Mlikovsky 2003)

3 Si vous avez vu la « Noël de Shrek » vous aurez remarqué que le sapin est dans cette position.

4 Ce génie tutélaire de la maison est, souvent, le premier propriétaire de la maison (celui qui l’a construite) qui a sa mort se transforme en serpent blanc – en belette blanche pour la femme – et que l’on retrouve étendu au pied de la porte d’entrée. En Slovaquie, le seuil de la porte est une partie en bois en relief qu’il faut enjamber, et c’est là, à la porte d’entrée de la maison, que se trouve le domovoï, le protecteur. Il va protéger, la maison et les habitants, des incendies, des accidents domestiques, des maléfices…. Il s’agit de « bons » esprits de la maison, parfois malicieux, ils jouent des « blagues », ils déplacent des objets… – certain, chez nous prierons à cet instant saint Antoine !

5 La koleda est un groupe musical composé le plus souvent de chanteurs et chanteuses parfois accompagnés par des musiciens qui jouent de l’accordéon, du violon, de la fujara…

Sources

Ľudová kultúra. Zuzana Beňušková. Kultúrne Krasý Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Slovenský rok. V ľudových zvykoch, obradoch a sviatkoch. Katarína Nádaská. Ed. Fortuna Libri. 2012

 

 

Skanzen, musée en plein air en Slovaquie

Charles Bugan

Le mot skanzen est un terme qui peut être traduit par musée en plein air et qui nous vient de Suède. C’est dans ce pays, près de Stockholm, qu’est né le premier skanzen, en 1891, dont le concept était de présenter la Suède d’autrefois.

En Slovaquie, plusieurs musées en plein air ont vu le jour au cours du 20e siècle. Ils sont « l’image » ethnographique d’une période passée, pas si lointaine. Ces institutions scientifiques spécialisées ont pour but de préserver la culture populaire sous la forme d’un musée reprenant les bâtiments dans lesquels les habitants du village vivaient leur vie familiale mais aussi la partie professionnelle, sociale, cultuelle et culturelle qui rythmait leur vie.

Ces bâtiments sont issus de l’architecture populaire, cette architecture qui ne connaissait pas d’architecte et encore moins d’urbaniste mais qui était pleine de bon sens, réalisée par de simples gens, ouvriers habiles, ayant une bonne connaissance du matériau disponible dans leur région : le bois. C’est avec ce matériau noble que les menuisiers charpentiers de ces régions ont conçus des bâtisses orientées vers leur usage quotidien pour l’homme mais pour aussi son environnement naturel qui devait lui permettre de subsister dans une nature pas toujours clémente. (1)

Chaque skanzen slovaque à ses particularités, notamment au point de vue ethnique, on peut, dans tel skanzen, découvrir la culture ruthène, dans tel autre la culture de la région d’Orava… de même que l’on peut y découvrir, durant la saison d’ouverture, des activités folkloriques et artisanales le plus souvent avec des personnes en tenues traditionnelles qui pratiquent devant vous les métiers ou travaux d’antan.

Quelques musées en plein air en Slovaquie

Le skanzen de Zuberec

L’architecture populaire est bien représentée dans les musées en plein air. Les visites de ces musées s’accompagnent souvent d’animations organisées durant la saison touristique. Le musée de plein air de Zuberec n’échappe pas à cette règle.
On peut y admirer un ensemble d’une cinquantaine de bâtiments de l’architecture rurale répartis en des zones caractéristiques pour les collections d’habitat ancien de la région d’Orava.

Múzeum oravskej dediny, Zuberec – Brestová

Le skanzen de Stará Ľubovňa

Musée de l’architecture populaire traditionnelle en plein air de Stará Ľubovňa, situé sous le château de Stará Ľubovňa « Ľubovniansky hrad » élevé sur un piton rocheux haut de 711 m, permet de se plonger quelques instants dans les habitations de la région du siècle dernier et par là de se laisser aller à imaginer la vie de ses habitants et c’est toujours avec une certaine émotion que l’on pénètre ainsi dans l’intimité de la vie passée.
De la remarquable église uniate dédiée à saint Michel archange jusqu’au moulin, en passant par la naissance d’un enfant, le mariage, la fête de Noël et… la mort, ce skanzen nous fait revivre les moments forts qui rythmaient la vie des habitants de la région de Spiš, au nord de la Slovaquie.

http://www.hradlubovna.sk/sk/home

Le skanzen – Šarišské múzeum à Bardejovské kúpele

Dans la station thermale de Bardejovské kúpele, 5 km près de la ville de Bardejov, se situe le Musée de l’architecture de la culture populaire de la région de Šariš, cette exposition représente la culture et l’architecture populaire des deux groupes ethniques slaves habités les Carpates orientales en Slovaquie du nord-est : les Ruthènes et les Slovaques.
On peut y voir deux très belles églises en bois de rite gréco-catholique (uniate).

http://www.muzeumbardejov.sk/expozic/skanzen.htm

Le skanzen de Martin

Outre l’intéressant musée ethnographique, la ville de Martin propose un musée en plein air qui offre un regard sur le type d’habitat du siècle dernier dans les régions d’Orava, Turiec, Liptov, Kysuce – Podjavorinské
143 bâtiments, dont 22 sont accessibles, se retrouvent sur une aire de 15,5 ha.
On peut aussi y découvrir l’ancienne église catholique romaine en bois du village de Rudno avec son autel et sa chaire à prêcher.

http://www.skanzenmartin.sk

Le skanzen de Pribylina

Situé sur la route qui mène aux Hautes Tatras – Vysoké Tatry, outre les bâtiments habituels d’architecture populaire, ce skanzen propose la visite d’un manoir du 14e – 16e siècle ; l’église gothique Notre-Dame avec ses fragments de peintures murales originales des 14e et 15e siècles, dont on peut toujours voir aujourd’hui la tour d’origine de cette église près du skanzen archéologique d’Havránok – Liptovská Mara ; une école et dans la partie supérieure une exposition concernant l’exploitation forestière et leur chemin de fer.

http://www.liptovskemuzeum.sk/expozicie/muzeum-liptovskej-dediny-pribylina/

Le skanzen archéologique d’Havránok (Liptovská Mara)

Situé près du lac de barrage de Liptovská Mara, l’archéoskanzen d’Havránok est situé sur un important site de la culture de Puchov. Il propose la reconstruction d’habitats et d’une ancienne fortification de même qu’un sanctuaire avec des traces de rituels religieux celtiques.

http://www.liptovskemuzeum.sk/expozicie/archeologicke-muzeum-v-prirode-liptovska-mara-havranok/

Le skanzen de Svidnik

Situé à l’entrée de la ville de Svidnik, le skanzen est dédié à la culture des Ruthènes et Ukrainiens de Slovaquie.
On peut y voir la très belle église en bois qui se trouvait dans le village de Nová Polianka et construite en 1766.

http://www.svidnik.sk/navstevnik/skanzen

Sites web d’autres skanzens

http://www.kysuckemuzeum.sk/muzeum-kysuckej-dediny

http://www.muzeumhumenne.sk/skanzen.html

http://spmnitra.sk/expozicie-a-skanzen/skanzen

http://www.staratura.sk/gazdovsky-dvor-myjava-tura-luka

http://www.banskyskanzen.sk

http://www.lesy.sk/showdoc.do?docid=6432

Notes

1 Lire notre article sur les constructions en bois de Slovaquie : http://vaheurope.eu/?p=563

Sources

Skanzeny. Iveta Zuskinová. Kultúrne Krasý Slovenska. Dajama. 2008

Morena, la fin de l’hiver

Mgr Alice Hura – Charles Bugan

Les fêtes de printemps qui vont s’étaler de la mise à mort de Morena jusqu’au dimanche de Pentecôte en passant par la semaine de Pâques, l’arbre de mai… sont des réminiscences des fêtes païennes slaves mélangées au christianisme dont le but est de chasser l’hiver et d’accueillir le renouveau de la nature et le retour de la « lumière ».

Vynášanie Moreny que l’on peut traduire en français par « À bas Morena ! Dehors Morena ! » Il s’agit de déloger Morena du village, comme les chasseurs le font avec le gibier, bref de l’éliminer. Cette coutume de printemps et le rituel qui l’accompagne ont pour but de chasser, de faire fuir l’hiver.

Le rite slave le plus archaïque est probablement celui de l’élimination de l’Hiver, anciennement synonyme de la Mort. Selon la croyance des anciens Slaves, le printemps arrive plus vite si l’on brûle et noie dans la rivière une figurine féminine de paille, représentant la déesse Morena, symbole du mal, de l’hiver, de la mort et des maladies.

Dans les villages slovaques, depuis le Moyen Âge, ce rituel est représenté surtout par un mannequin féminin en paille – Morena, rarement par un mannequin masculin en paille – Dedko, lequel sera finalement jeté dans l’eau ou brûlé.

L’authenticité de cette coutume commence à disparaître dans la première moitié du 20e siècle et aujourd’hui elle est représentée sous une forme scénique par les groupes folkloriques locaux.

Morena est représentée par une figurine féminine de paille tressée, habillée du vêtement traditionnel de fête ou parfois de mariage et décorée de rubans colorés. Ce mannequin symbolisant l’hiver et le tout mauvais, et est connu dans toutes les régions slovaques et porte plusieurs surnoms en patois slovaque : Morena/Muriena, Marmuriena, Marmariena, Marmoriena, Ma-Murienda, Mariena, Mara, Morana, Marzana, Marena, Smrť/Smrtka, Baba, Hejhana, Kyseľ, Kyselica et il en est de même dans les langues slaves des pays voisins :

En tchèque : Morena, Mařena, Mořana (Morzannie), Mařák, Smrt, Smrtka, Smrťák.

En polonais : Marzanna, Marzana, Marzena, Morzana, Morana, Morena, rituel Topienie Marzanny – Noyade de Marzanna, Smierc, Smiercicha.

En bulgare : Mora, Morena, Mara, Morana.

En croate : Morana, Morena, Marana, Marena, Mora, Mara (en Dalmatie et en Slavonie).

En ukrainien : Mara, Marena.

Les peuples slaves avaient fait du rituel archaïque de Morena qu’après les longs mois d’hiver, il fallait l’éliminer. L’hiver, représenté par la déesse Morena, devait s’achever et terminer sa domination et laisser au plus vite la place à l’arrivée de la divinité du soleil de printemps, et à la chaleur, – divinité qui portait le nom slave de Yar ou Yaro, Yarilo, Yarovit – et à la déesse slave du printemps, Vesna.

Selon une hypothèse, les anciens slaves pratiquaient un sacrifice vivant lors du rituel de passage de saison. Plus tard, ils auraient remplacé le sacrifice vivant par une figurine de paille portant le nom de Morena ou Smrtka – la Mort.

Les premiers rituels écrits de Morena sont connus dès le 16e siècle sur le territoire slovaque. Cependant, déjà au 14e siècle, des cérémonies étaient célébrées mais furent interdites par le roi tchèque Karol IV – Charles IV, pour cause de rituel païen. Ce rituel, en provenance de pays voisins slaves, était pratiqué par les adultes. Plus tard, il reprendra et sera pratiqué par la jeunesse, surtout par les filles.

Une description du 19e siècle de l’ethnographe slovaque Jan Čaplovič (1780 – 1847) évoquant une cérémonie de l’élimination de Morena par une forme active est développée. Mais, selon lui, sa structure ne permet pas de déployer des fonctions de divertissement et la vision de la superstition est disparue.

Nous savons aujourd’hui que les exécuteurs « testamentaires », dans de nombreuses zones régionales, seront les enfants ou les adolescents et que, même si aujourd’hui, plusieurs traditions se sont perdues ou sont devenues relativement rare, Morena, par son innovation en forme de spectacle, implique en particulier les groupes folkloriques locaux qui perpétuent encore cette tradition païenne, même si avec le temps, ce rituel a perdu de son sens magique.

Chaque Dimanche Noire avant Pâques (5e dimanche du carême ou le Dimanche de la Passion) en Slovaquie, les groupes folkloriques locaux présentent ce rituel comme un spectacle traditionnel.

La représentation du rituel de l’élimination de Morena en Slovaquie – Vynášanie Moreny

Le scénario prévoit de promener Morena – le mannequin de paille – en chantant, dans le village, puis de la brûler et enfin de la jeter dans la rivière.

Le mannequin de paille qui représente la déesse Morena – l’hiver est fabriqué à partir d’une ossature en bois en forme de croix sur laquelle sont empalées des gerbes de paille. Morena est habillée de vêtements traditionnels féminins de fête ou de mariage : jupe, chemisier ou corsage pailleté et foulard. La tête de Morena est aussi crée avec de la paille et emballée dans de la toile blanche sur laquelle est dessiné un visage.

Lors du dimanche noir, ce sont uniquement des jeunes filles, symbole de la virginité, qui portent la figurine féminine de Morena mais parfois, pour des raisons de poids, c’est un garçon qui porte le mannequin, et qui accompagnent le déplacement dans le village en chantant des chansons comportant des paroles à caractères magiques « Morena, Morena kde si prebývala ? – Morena, Morena où étais-tu pendant ce long temps ».

Le cortège se déplace autour et dans le village en se dirigeant vers la rivière, le ruisseau ou le lac. Là, la figurine est déshabillée, enflammée et jetée en flammes dans l’eau. Morena, symbole de l’hiver, est brûlée et noyée pour faire place à la joie d’accueillir le retour du printemps et donc de l’éveil de la nature avec toutes ses promesses d’abondantes récoltes futures.
Parfois, Morena quitte le village par une extrémité pour son funeste destin pendant qu’à l’autre extrémité entre le Mai (Maik, Letečko, letetchko, Lesola) symbole de la nature verte ou de la verdure du printemps, représenté par un petit arbre vert orné de rubans colorés et de coquilles d’œufs entiers et vides suspendus aux branches.

Le couple formé par la Morena et par Dedko

Dans la même idée de « chasser l’hiver », on retrouve dans les régions montagneuses de Liptov et d’Orava, un rituel, aujourd’hui présenté par les groupes folkloriques locaux, de Morena accompagnée, avec un rituel similaire, d’une figurine d’homme en paille appelé Dedo ou Dedko, Dido, Ďondo, Chlap, Majmurien. Le mannequin de paille représente un vieillard, Dedo – Pépé, qui symbolise la cause de la faim (ou de rester sur sa faim) en hiver. Dedo est un personnage égoïste et goinfre, qui n’a jamais assez, c’est pourquoi, il fait partie de la marche de Morena autour du village.

Dedko est aussi fabriqué à partir d’une ossature en forme de croix de bois, emballé de paille tressée et habillé de vêtement traditionnel d’homme : pantalon de toile brut, chemise, casaque ou camisole et chapeau fourré. Sa tête est crée avec de la paille et emballée dans de la toile sur laquelle est dessiné un visage d’homme.

Dedko est porté par des garçons adolescents ou des jeunes recrues militaires (dans le village de Liptovska Kokava).

Les chants de Morena et de Dedko

Des chants « magiques » les accompagnent tout au long de leur passage dans le village. Le chant a plusieurs variantes selon les régions, mais les paroles stigmatisent le fait de se débarrasser de ce qui est mauvais : la maladie, la mort, la faim, le froid dans le village. Voici quelques textes.

Vynesieme, vynesieme Morenu zo vsi,
prinesieme, prinesieme nový máj do vsi…

Morena, Morena kde si prebývala ?
V tom krajnom dome, v tej starej komore…

Variante : Vynesieme Morenu z dediny,
prinesieme novu jar do dediny…

Débusquerons-nous, débusquerons-nous la Morena du village,
Apporterons-nous, apporterons-nous le nouveau mai au village…

Morena, Morena où habites-tu ?
Dans la maison du bout du village, dans de vieux débarras…

Débusquerons-nous, débusquerons-nous la Morena du village,
Apporterons-nous, apporterons-nous le nouveau printemps au village…

Une variante du chant lors de la marche des filles dans le village dans la région de Liptov

Vynesieme, vynesieme Marmurienu zo vsi, Marmurienu zo vsi ;
Prinesieme prinesieme Máj nový do vsi, Máj nový do vsi ;
Muriena naša, kdes prebývala ?
V dedinskom dome, v novej stodole.

Au moment du rituel où Morena est brûlée et jetée dans l’eau et où les jeunes filles ornent le petit arbre nommé Mai ou Maik, Letečko, Lesola, symbolisant la nature verte ou la verdure du printemps, les jeunes entament le chant suivant:

Vyniesli sme, vyniesli sme Murienu zo vsi, Murienu zo vsi.
Nous avons débuché, nous avons débuché la Muriena du village,
Priniesli sme, priniesli sme, Máj nový do vsi, Máj nový do vsi.
Nous avons apporté, nous avons apporté, le nouveau mai au village, le nouveau mai au village
Posejeme, posejeme suržicu s ovsy, suržicu s ovsy.
Nous sèmerons, nous sèmerons le grain d’orge avec l’avoine
Navarime, navarime čierneho piva, čierneho piva.
Nous cuisinerons, nous cuisinerons la bière noire, la bière noire
Opojime, opojime, kmeťovho syna, kmeťovho syna.
Nous enivrerons, nous enivrerons, le fils du vieillard, le fils du vieillard (1)
Ak nebude piti, budeme ho biti, budeme ho biti;
S’il ne veut pas boire, nous le battrons
S troma kyjmi kyjovati, za vlasy ho ruvati;
Avec les trois massues, nous le masserons, nous le tirerons par les cheveux
Dáme mu, dáme mu šidlo i kopyto, jeho žene sito i koryto.
Nous lui donnerons, nous lui donnerons un pied de fer et un poinçon, pour sa femme un tamis et une mangeoire.

Autre chant de Morena en patois de Slovaquie occidentale :

Morena, Morena ! Za kohos umrela ?
Né za ny, né za ny !
Než za ty kresťany !

Morena, Morena ! Pour qui tu es morte ?
Pas pour eux, pas pour eux !
Mais pour les chrétiens !

Et pour Dedo, dans la chanson « magique », Vynášanie Dedka ou Dedo, les paroles disent qu’il faut se débarrasser de la cause de la faim, de l’hiver :

Dedko náš Dedko, požral si nam všetko, nič si nam nenechal, tak si sa dobre mal !

Pépé, notre Pépé, tu nous a tout mangé, tu ne nous a rien laissé, tu étais bien ainsi !

Le rituel aujourd’hui

Dans la région de Liptov, dans la ville de Ružomberok, la coutume du printemps et le rituel slave de faire fuir ou bouter hors l’hiver et l’élimination de Morena – Vynášanie Murieny est représenté, chaque année, selon la tradition populaire par, notamment, l’ensemble folklorique Liptov.

Dans le cortège du groupe Liptov de Ružomberok, Morena précède le cortège et on pouvait voir, à l’arrière-plan, une jeune fille surélevée qui représentait la déesse Vesna, annonçant l’arrivée du printemps.

Note :

1 le vieillard est Dedko

Sources :

Malý lexikon ľudovej kultúry Slovenska. Kliment ONDREJKA. Edition Mapa Slovakia Bratislava, 2003 (www.mapa.sk)

Encyklopédia ľudovej kultúry Slovenska 1. Edition SAV Bratislava, 1995

Rok vo zvykoch nášho ľudu. Emilia HORVATOVA. Edition TATRAN, 1986

Slovenský rok. Rastislava STOLIČNÁ. Edition MS, 2004

Zborník Slovenského Národného Múzea, Ethnographia à Martin année 34, éditeur SNM Bratislava, 1993

Z ľudovej kultúry Turca. Eva PANČUHOVÁ et Zora MINTALOVÁ. Edition MS Martin, 2004

U nás taká obyčaj – Slovenské ľudové tradície. Vojtech MAJLING. Edition Computer Press Brno, 2007 (http://knihy.cpress.cz)

Slovenský rok. V ľudových zvykoch, obradoch a sviatkoch. Katarina Nádaská. Edition Fortuna Libri, 2012

La chandeleur en Slovaquie

Mgr Alice Hura – Charles Bugan

Magie des chandelles, oracles, le 2 février, jour de la Chandeleur est une ancienne coutume qui était sensée protéger les maisons, les habitants et leur apporter de bonnes récoltes et le lendemain, jour de saint Blaise, est aussi important dans l’imaginaire des gens afin d’obtenir une bonne moisson.

En Slovaquie la fête de la Chandeleur, le 2 février, est appelée Hromnice.

Un peu d’histoire

La fête de la présentation de Jésus-Christ au Temple et de la Purification de la Vierge est célébrée dans l’Église catholique et orthodoxe le 2 février en 2017.
Cette fête est honorée en mémoire de la présentation de l’Enfant Jésus au Temple raconté dans l’Évangile de Luc (1) conformément à la loi juive qui prescrivait la purification de la mère et la présentation de l’enfant au Temple de Jérusalem 40 jours après la naissance.

Cette fête a pris sa dénomination populaire de « chandeleur » en raison des chandelles et cierges bénits portés en procession ce jour pour rappeler la prophétie du vieillard Siméon qui, lors, de la présentation du Jésus, avait annoncé qu’il serait « Lumière pour toutes les nations ».
Cette fête fut instituée par le pape Vigile au 6e siècle, pour christianiser la fête païenne de Proserpine (Perséphone chez les grecs), que les païens Romains célébraient avec des torches ardentes.

Selon les ethnographes, l’évolution de la fête chrétienne de Hromnice était peu compliquée, dans la tradition des vieux Slaves c’était la fête appelée stretenie – rencontre de l’hiver avec l’été. Chez les Slaves occidentaux la fête Hromnice était probablement la célébration du dieu Pérun/Péroun, dieu de tonnerre (hrom en slovaque) et de la foudre (blesk en slovaque) et dominateur du feu. Selon d’autres, c’était le jour de Veles/Volos – fête de l’ours dans le culte païen des Slaves orientaux.

La fête dans la Rome antique appelée Lupercalia, fêtée par les Romains qui célébraient la fondation de Rome, vers le 15 février, et en l’honneur du dieu Faunus, protecteur des troupeaux contre des loups. Les luperques – prêtres de ce dieu – sacrifiaient des boucs à leur dieu à une grotte au pied du mont Palatin. La peau de bouc coupée en lanières, étaient servie aux jeunes hommes pour le « fouettage des Romains ». Les jeunes hommes couraient autour du mont Palatin en frappant les spectateurs, en fouettant surtout les femmes avec les peaux de bouc. Les processions avec des torches ardentes et le fouettage avaient un sens purificatoire magique.

A l’époque chrétienne, c’est devenu la fête de la Purification de la Vierge et le rituel de bénédiction des chandelles.

Hromnice et les chandelles

La chandelle est, pour les superstitieux, un symbole de protection contre les orages ou, plus exactement, contre la foudre qui pouvait enflammer les bâtiments. N’oublions pas que la plupart des constructions dans les villages, les montagnes slovaques étaient complètement en bois et avaient, pour certaines régions (sud-est de la Slovaquie), des toits en chaume.

Le fait de brûler une chandelle durant l’orage était – est encore pour certains – donc sensé protéger les bâtiments.

Les gens croyaient aussi, croient encore, au miracle de la bénédiction des chandelles comme thérapie contre le mal de gorge de même qu’à la possibilité de passer de vie à trépas plus facilement ou plus exactement, sans souffrir (2).

Le repas de Hromnice

Pour la chandeleur, les villageois préparaient un repas traditionnel avec des pâtes fraîches – rezance – en slovaque, ce sont des nouilles rituelles très longues, ou encore avec des pâtes appelées šúľky ou slíže – composées de pommes de terre et de farine, et roulées sous la forme de la grosseur d’un doigt.

Dans la région de Liptov, il existe un usage établi pour le rituel pour la cuisson de ces pâtes en forme de rouleau pour le repas de la Chandeleur. Hélas, de nos jours ce rituel tant à disparaître alors que depuis le début du 19e siècle, les enfants chantaient et dansaient pendant la cuisson du repas sur la formule incantatoire suivante :

Varte mamko, len šúľance, nech sú tučné ako škorce. Bryndze hodne obetujte, a škvarky tiež nešanujte. Každému nadeľte misku, nech sa rovná ľan úžitku.

Texte en patois slovaque de la région de Liptov et que l’on peut traduire en français par :

Maman cuis les pâtes roulées pour qu’elles soient grosses comme un étourneau, saupoudre-les avec beaucoup de fromage de Bryndza et de rillons et n’économise pas ! Mets-en dans chaque bol, pour que le lin croisse pour son utilisation.

Ces mets sont préparés pour un rituel de magie destiné à obtenir des pousses très longues de lin et de chanvre, de même que les pâtes sont saupoudrées de Tvaroh – un fromage blanc – pour avoir un aspect blanc, ce rituel étant accompli afin d’obtenir des toiles biens blanches plus tard.

La coutume culinaire de préparer ce jour le repas de pâtes longues saupoudrées soit de pavot, soit de fromage de lait de brebis – bryndza ou de fromage de lait de vaches – tvaroh, était très répandue partout en Slovaquie. Cette coutume disparait cependant peu après la Seconde guerre mondiale, quand disparaît la fabrication domestique des toiles du lin et du chanvre.

Les prophéties agraires et les superstitions

A cette période, en Slovaquie, la neige est bien présente et les familles vont pratiquer la luge et glisser sur la neige fêtant ainsi la nature et la Chandeleur. Jadis, ce sport était aussi sensé apporter la garantie de très longues tiges du lin et du chanvre – des plantes industrielles pour le textile qui étaient fabriqué à la maison.

Une tradition ancienne dit que le 2 février permet aussi de pronostiquer la prospérité, ou non, de l’agriculture, pour les récoltes venant de la terre – blé, orge, avoine, pommes de terre, chou, pois, haricot, lentille, pavot… – et pour la récolte de plantes industrielles ayant comme utilité le textile – lin, chanvre…

Dans le village montagnard de Podkonice, dans le district de Banská Bystrica, on disait : Na Hromnice – koniec sanice : à Hromnice (à la Chandeleur) – c’est la fin de luger.
Autrefois, pendant ce jour, les villageois de Podkonice se réconfortaient avec des boissons alcoolisées dans une taverne. On disait que cela avait une vertu préventive contre les piqûres des mauvaises mouches d’été et de taons des pluies, insectes extrêmement importuns. Et celui qui ne boit pas, les mouches le piqueront toute l’année.
Le soir, les femmes-fileuses de Podkonice se réunissaient aussi dans une taverne du village afin de fêter, en buvant une boisson, la fin des travaux domestiques du filage du lin et du chanvre.

Dictons de la Chandeleur

Na Nový rok o slepačí krok, na Hromnice je o hodinu vice – L’enjambée du poulet du Nouvel an à la Chandeleur est égale à environ une heure de plus
Na Hromnice zima zadúva ulice – Lors de la Chandeleur l’hiver souffle la neige en tas dans les rues
Na Hromnice mráz, bude ešte päťdesiat ráz – S’il gèle à la Chandeleur, il gèlera encore cinquante fois (50 jours)
Na Hromnice – zimy polovice – A la Chandeleur, l’hiver est à son milieu

Le 3 février, jour de la Saint-Blaise

Fêté depuis le Moyen Age en Slovaquie, qui était alors Royaume de Hongrie, et depuis le 18ee siècle. Il s’agit d’une marche, autour du village, de l’instituteur accompagné par les écoliers et qui vont de porte en porte souhaiter bonne vie, bonne santé, aux villageois. Ceux-ci, pour les remercier, déposent dans un panier des aliments : farine, lentilles, haricots, pavot, lardons, beurre, œufs, fromage, fruits, saucisses … et un peu d’argent de poche.

On retrouvait aussi cette tradition à la saint Grégoire le 12 mars ainsi que le jour de saint Martin le 11 décembre et de saint Havel le 16 octobre.

Dans ces régions, au 18e siècle, le poste d’instituteur de village, souvent protestant au 18e siècle, pour ceux qui en avaient la vocation, permettait d’assurer un salaire et d’obtenir aussi quelques avantages « en nature » comme du bois de chauffage, du blé, de la bière, du lard … et de petites rentrées d’argent. Il faut dire qu’à l’époque, les enfants n’allaient à l’école qu’en hiver, depuis la mi-automne, car le printemps, l’été et une partie de l’automne, les enfants étaient aux champs avec la famille.

La grande Réforme des écoles de 1774, pendant l’empire austro-hongrois, imposée par Marie-Thérèse de Habsbourg (1717 – 1780)(3), allait changer ce principe éducatif des enfants en organisant les écoles et en rendant l’enseignement obligatoire pour les garçons mais aussi pour les filles. Cela amènera la disparition de cette coutumes, que l’on ne retrouve plus que dans quelques villages où les habitants ont gardés ou remis cette « promenade » qui fait aujourd’hui partie de la mémoire collective.

PS :

Deux églises à voir. La première se trouve au sein du petit village de Smrečany, près de Liptovský Mikuláš, là on peut y voir la très jolie église gothique (vers 1349) dédiée à l’origine à l’Očisťovania Panny Márie – de la Purification de la Vierge Marie de rite catholique-romain.
La deuxième, une église en bois du rite gréco-catholique (1760), se trouve dans le petit village de Kožany, près de Bardejov, et est dédiée à Stretnutia Pána so Simeonom – Présentation du Seigneur à Siméon.
http://www.drevenechramy.sk/drevene-chramy/bardejov-a-okolie/kozany/

Notes

1 Luc 2.22 : Et, quand les jours de leur purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, Joseph et Marie le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur, –

2 Voir notre article L’Epiphanie en Slovaquie : http://vaheurope.eu/?p=545

3 Marie-Thérèse était archiduchesse d’Autriche, reine de Hongrie et de Bohême

Sources

Ľudová kultúra. Zuzana Beňušková. Kultúrne Krasý Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009.

Les Fêtes de Dieu. La foi, l’histoire, les mythes. Guy Deleury. Ed. du Félin. 1994

Dictionnaire d’iconographie romane. Marc Thoumieu. Ed. Zodiaque

La fête au Moyen Âge. Gérard Lomenec‘h. Ed.Ouest-France. 2015

Rome antique. Les yeux de la découverte. Texte Susan Mckeevers. Les compacts Gallimard jeunesse. 2008

La Sainte Bible. Par Louis Segond. Ed. La Société Biblique Canadienne. 1976

L’Épiphanie en Slovaquie

Mgr Alice Hura – Charles Bugan

En Slovaquie, comme dans plusieurs régions d’Europe centrale et orientale, à la période de Noël est affirmé un réel éclat de traditions masquées (1). On y rencontre des coutumes qui prennent la forme de jeux rituels, de spectacles bibliques, allant du passage de chanteurs de cantiques de Noël et de porteurs de Crèches de Bethléem ou de l’Étoile de Bethléem aux tournées des Rois mages à l’Épiphanie.

En Slovaquie, l’Épiphanie est appelée Traja králi ce qui signifie les Trois rois. C’est la fête du 6 janvier (2) qui tenait une grande place parmi les solennités de l’année chrétienne depuis l’époque médiévale.

Selon la tradition d’autrefois, les drames liturgiques représentant l’arrivée des Rois mages Gaspard, Melchior et Balthazar à Bethléem, guidés par l’étoile, venus d’Orient et qui apportaient à l’Enfant Jésus de riches présents, furent mis en scène tout d’abord dans les grandes églises des villes royales. Les rôles des personnages bibliques étaient joués par des instituteurs, des étudiants et des élèves.

En Slovaquie, la coutume de jouer la représentation théâtrale de la légende biblique, les mystères de Noël ou l’Adoration des Mages, en vogue depuis le milieu urbain médiéval s’est répandu au cours des siècles suivants dans le milieu rural. Là, le jeu biblique est alors devenu très populaire et s’est enrichi de nombreux chants populaires et de formes de souhaits en formules parlées. Souvent, la version était quelque peu modifiée localement, par exemple un texte était de plus courte durée, les rôles des personnages variaient, les épisodes de pièces différentes étaient combinés… Ils existent ainsi de nombreuses versions locales de jeux bibliques populaires des Trois Rois mages.

C’est probablement la légende Historia trium regum écrit en 1364 (3) par un moine de l’Ordre du Carmel Johannes Hildesheim (1310 – 1375), qui a créé le profilage de la fête des Rois mages dans les pays germaniques et donc aussi, indirectement, dans les régions slovaques habitées dans le passé par des communautés allemandes.

Selon l’ethnographe slovaque renommée Sonia Kovačevičová (1921-2009), le spectacle des Mystères de Noël a commencé à être joué dans les rues de la ville de Bratislava (anciennement Presbourg) en 1439. Auparavant, les Mystères de Noël étaient joués dans les églises de cette ville. Puis, d’autres villes vont suivre l’exemple et laisser jouer ce spectacle. A l’époque ce sont les villes royales libres de Bardejov, de Prešov, de Levoča, de Kežmarok

La coutume du cortège des Trois Rois mages dans les campagnes slovaques

Le cortège populaire des Trois Rois parfois appelé la Marche avec l’Étoile était, dans certaines régions slovaques, avec quelques différences toutefois, très répandu dans presque toute la Slovaquie mais surtout en Slovaquie centrale et orientale.

Anciennement, on fêtait l’Épiphanie par l’arrivée de trois jeunes hommes ou jeunes garçons déguisés en Rois mages. Ils allaient de maison en maison en récitant ou en chantant des poèmes qui paraphrasaient la légende du Nouveau Testament commémorant l’Adoration des mages à peine l’enfant Jésus né.
Pour ce cortège, les garçons portaient sur le corps une longue chemise blanche, sur la tête une haute couronne ornée d’une croix et ils tenaient à la main un bâton, parfois ils portaient un petit modèle en bois de la Crèche de Bethléem.

La soirée du jour des Trois Rois était l’occasion d’une fête pour la jeunesse slovaque, laquelle organisait un festin collectif.

La quête du cortège du clergé catholique

Encore aujourd’hui, pour l’Épiphanie en Slovaquie, il existe une tradition qui est « le cortège du curé avec les servants d’église ». Ils font du porte à porte auprès des demeures catholiques et vont bénir les maisons et écrire sur le dessus des portes des maisons trois lettres G – M – B. Il s’agit des initiales des rois mages Gaspard, Melchior et Balthazar. Ils ajoutent à ces trois lettres le millésime, ce qui donne pour cette année : G – M – B – 2017 (4)

En Slovaquie, le 6 janvier, le cortège des Trois rois mages visitant des maisons, les gens disaient « qu’ils contrôlaient l’inscription des initiales G – M – B sur les portes ». Là où ils ne trouvaient pas cette inscription ils apportaient, prétendument, tout bonheur à la famille !

Déjà au 16e siècle, l’Église protestante interdit les quêtes du clergé protestant à l’Épiphanie. Au premier tiers du 19e siècle, Jan Kollar (1793-1852), pasteur protestant, poète et collectionneur du folklore slovaque a publié de 1834 à 1835 une critique dans son œuvre Narodnie spievanky. Il s’agit d’un recueil de chants populaires, qui contient 2675 chants populaires slovaques collectés par Jan Kollar dans les dix comitats de ce qui était alors la Haute Hongrie, donc sur le territoire de la Slovaquie actuelle. Je cite : « Que chez les slovaques, la Koleda est devenue une coutume de quête ecclésiastique, selon laquelle, prêtre, recteur, sacristain, certains chanteurs du chœur et des fidèles, les hottes sur le dos, circulaient à la Nouvelle année dans les rues du village et de la ville, de porte en porte des maisons en chantant des chants religieux et en collectant de l’argent et des provisions ».

Les spectacles bibliques

Une forme ancienne des coutumes de Noël du 18e siècle d’un genre de spectacle biblique popularisé dans le milieu rural de l’ancien comitat de Zvolen (en Slovaquie centrale) est enregistrée. Selon les sources ethnographiques publiées récemment, les acteurs de ce spectacle biblique, en forme de jeu populaire, étaient la jeunesse du village qui se rassemblait en cortège des Trois Rois.
Les jeunes gens déguisés avaient en rôles principaux : un Ange, habillé d’un vêtement long blanc ceinturé et ayant sur le dos deux ailes d’oie. Il tenait un bâton sur le bout duquel se trouvait une étoile en papier et une chandelle de cire allumée qui faisait comme un lampion. Deux autres personnages, des bergers, appelés Kubo et Lauro, portaient des vêtements de bergers de la région. Un personnage biblique, Joseph, vêtu d’une pelisse de fourrure de mouton ceinturé par un cordon de paille tressée, portait sur la tête un bonnet de fourrure de mouton, et il maintenait sur l’épaule, une grosse trousse pour les cadeaux. Le personnage biblique de Marie, vêtue d’un costume féminin, tenait dans ses bras un petit berceau avec une poupée d’enfant. Les trois rois, Gaspard, Melchior et Balthazar, étaient vêtus de costumes luxueux et ils avaient le visage noirci de suie de fumée. Ce groupe visitait les maisons, les fermes. Ils se présentaient dans la cour de la maison et jouait le spectacle. Placés autour d’une scène biblique, ils récitaient des vers traditionnels de bonheur et de prospérité, de fertilité et de fécondité pour tous, bétail compris, pour l’année qui commence.

Les cortèges avec l’Adoration des Mages, joués le jour de l’Épiphanie, et la fête des Rois clôturaient les réjouissances du cycle des douze jours qui préfiguraient le Carnaval.

Dévotion à la crèche de Bethléem en Slovaquie

Le jeu populaire de la légende de l’Annonce aux bergers trouve son origine dans l’évangile de Luc 2, 6-20, quant aux « mages » c’est dans Matthieu 2, 1-11 (5).

Les bergers se rendirent à Bethléem, et c’est ainsi qu’existe une adoration des bergers qui fait pendant à l’adoration des Rois. Toutes ces légendes étaient très populaires sur le territoire slovaque et cela a donné la Marche avec l’Étoile de Bethléem, une étoile fixée sur un long bâton

Les Jeux pastoraux de Bethléem interprétés par les bergers slovaques

Les récits populaires représentant le scénario de l’Annonce aux bergers et leur arrivée à la crèche de Bethléem trouvent leur origine dans les pièces liturgiques médiévales, cependant, elles étaient enrichies par une humeur apportée par des éléments particuliers de la culture populaire slovaque même s’il est évident que le scénario, quoique réduit à une synthèse de quelques gestes répétitifs, était profondément symbolique.

Lors du déroulement de la fête dans les régions montagneuses slovaques, le cortège des bergers faisait du porte à porte dans le village en récitant des poèmes de Noël, en chantant et en dansant dans la « chambre » (6) de la maison, devant la toute famille. À la fin de la représentation, on leur offrait des friandises ou de l’argent.

Dans la région de Turiec, habitée à majorité par les protestants, c’était le cortège des jeunes bergers de la région d’Orava, pourtant catholiques, portant la Crèche de Bethléem (7). Ils visitaient les maisons des villages ou ils étaient aussi invités par des familles évangéliques protestantes. Les bergers d’Orava porteurs de la Crèche étaient vêtus d’un pantalon de drap blanc et tenaient en main un bâton. Ils chantaient en dansant en tournant comme dans une ronde et ils marquaient le rythme en frappant avec le bâton sur le sol. Ce spectacle était scandé par la récitation de souhaits de bonheur, de prospérité et de la bénédiction divine pour la santé de leurs hôtes.

Les personnages principaux du jeu de l’Annonce aux bergers, étaient l’Ange représenté par un garçon déguisé, vêtu d’une longue chemise blanche avec des ailes sur le dos et portant un modèle de Crèche de Bethléem en papier peint ou en bois sculpté. Les autres personnages étaient vêtus du costume populaire traditionnel des bergers, avec dans le rôle de Chef-berger, Bača, et trois personnages dans le rôle des Bergers valaques sous les noms de Stacho, Fedor et Kubo, ce dernier représentant un « pauvre » gars du village (8).
La structure du jeu des bergers était la même partout. Le jeu était interprété par cinq acteurs, souvent des paysans du village. L’événement du jeu se déroule depuis le moment où l’Ange leur annonce qu’un enfant merveilleux est né. Les acteurs du jeu de bergers chantent un refrain très populaire au temps de Noël dont voici pour exemple un chant de la région de Liptov :

Pásli ovce valasi
pri Betlemskom salaši,
hajdom, hajdom, tidlidom.
Anjel sa im ukázal
do Betlema ísť kázal,
hajdom, hajdom, tidlidom.
Vstante hore a iďte,
Pána Krista nájdete.
Nájdete ho v jasličkách,
ovitého v plienočkách,
hajdom, hajdom, tidlidom!

Que l’on peut traduire par :

Les bergers gardent les moutons près de la bergerie de Bethléem, hajdom, hajdom, tidlidom ;
L’Ange leur est apparu et leur disant d’aller à Bethléem, hajdom, hajdom, tidlidom ;
Il dit : Réveillez-vous, allez hajdom, hajdom, tidlidom ;
Le Seigneur Jésus-Christ vous le trouverez, hajdom, hajdom, tidlidom ;
Vous le trouverez dans la crèche, emmailloté dans un petit maillot, hajdom, hajdom, tidlidom !

Les superstitions

Voici quelques superstitions en rapport avec le jour de l’Épiphanie

L’eau bénie ce jour était ajoutée à la nourriture pour le bétail par les paysans,

La chandelle bénie, appelée la chandelle des Trois Rois, était allumée près du lit d’un mourant ou en temps d’orage,

Le cercle qui était dessiné par la craie bénie devenait un endroit sécurisant qui empêchait l’entrée des puissances obscures néfastes. Avec cette craie bénie était dessinée une ligne de contour autour de la porte et des fenêtres des étables pour empêcher aux sorcières l’entrée dans l’étable du bétail,

L’ail béni étaient porté par les gens qui étaient obligé de se déplacer sur l’eau, de traverser un gué. Cet ail était un moyen efficace contre les esprits néfastes de l’eau – Vodník – esprit des eaux, Maître des eaux douces dans les contes populaires.

Tous moyens bénis le jour de la Fête des Trois Rois étaient utilisés par les gens soit contre les mauvaises et néfastes puissances comme les enchanteresses, les sorcières, les démons, les esprits de l’eau…, soit contre une catastrophe naturelle comme tempête, sécheresse, inondation, grêle… et les incendies.

Autrefois, dans la vallée du Hornád, les habitants ruraux très superstitieux apportaient à l’église pour la bénédiction du jour de l’Épiphanie, une petite cruche contenant de l’eau et un panier contenant divers éléments comme du sel, de la craie, de l’ail, de l’oignon, de la pomme de terre, des graines de blé. Ces éléments étaient une partie des plats exposés sur la table de Noël, éléments auxquels on ajoutait un morceau de pain de Noël duquel on avait prélevé la mie remplacée alors par des miettes des gâteaux de Noël et des coquilles de noix. Au printemps, ils plaçaient le contenu de ce panier béni dans le premier sillon labouré du champ, ainsi le blé était semé et la pomme de terre était enterrée.

La coutume de la bénédiction de l’eau, du sel et de la craie à l’Épiphanie est encore pratiquée de nos jours dans les églises slovaques.

En Slovaquie, l’Église gréco-catholique fêtera le 6 janvier l’Apparition de Jésus-Christ aux Rois mages, c’est une grande fête de la religion uniate.
L’Église orthodoxe slovaque, célébrera ce 6 janvier la Nativité de Jésus-Christ, la Fête de Noël, selon l’ancien calendrier julien.
Pour l’Église catholique slovaque, le 6 janvier, et selon les anciennes coutumes, on procèdera à la bénédiction divine de la Fête des Rois mages des objets apportés par les fidèles. C’est ainsi que dans les églises sera béni l’eau, l’ail, une chandelle de cire, une craie blanche et parfois aussi le sel.

Texte extrait de notre conférence : Les traditions de Noël en Slovaquie

Notes

1 En Europe centrale et dans les Balkans, les termes « masques, masqués » ne désignent pas seulement ce qui déguise le visage mais tout un ensemble.

2 La date de la Nativité a été, en 354, à Rome déplacée du 6 janvier au 25 décembre. Le 6 janvier deviendra alors la date de l’Épiphanie.

3 Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Zuzana Drugová.

4 C – M – B, ces initiales peuvent être interprétées comme celles des Rois mages : Caspar (ou Gaspar), Melchior et Balthasar, mais peuvent également être lues comme l’acrostiche de « Christus Mansionem Benedicat », « que Christ bénisse cette maison ».

5 Le mythe des Mages fut très prisé dans les Églises du Proche-Orient, et sans doute « prescrite » sous l’influence de l’Église perse, avec l’inspiration de textes « apocryphes » comme le Protévangile de Jacques ,l’Évangile de l’enfance, les Actes de Thomas et surtout l’Opus imperfectum in Mattheum attribué à saint Jean Chrysostome. Dans la Légende dorée de Jacques de Voragine, lire « La nativité de N.S. Jésus-Christ selon la chair » et « l’Épiphanie du Seigneur ».

6 Comme déjà dit dans un article précédent, le terme « chambre » doit être compris dans ce contexte comme « pièce de séjour ».

7 L’invitation a présenter dans cette région majoritairement protestante le spectacle de la « Crèche de Bethléem » par des jeunes bergers catholiques de la région d’Orava vient du fait que ce spectacle n’existant pas chez les protestants, c’étaient les jeunes bergers venant de la région d’Orava qui assuraient la représentation. La plupart de ces bergers étaient et seront les travailleurs saisonniers chez les riches propriétaires protestants de la région de Turiec.

8 Kubo est un personnage, un homme, pas très propre, jovial, un peu « benêt » revêtu d’une veste de mouton à l’envers, il porte sur la tête un vieux chapeau de berger en mouton, son visage est noirci de suie de fumée. C’est un personnage mi-homme mi-animal (le chien du berger ?). Kubo symbolise le sans-souci, la simplicité, il fait des « bêtises ». Mais à un moment de leur danse, Bača, Stacho et Fedor vont former un triangle, tenant leur bâton à bout de bras vers le haut et Kubo est couché sur le sol au centre, sous la protection des bâtons des bergers. Le nom de Kubo est dérivé du prénom Jakub.

Voir la remarquable vidéo Vianoce v Karpatoch  par le Ballet folklorique national slovaque Lúčnica sur youtube (lien ci-dessous).

www.youtube.com/watch?v=NjYRU8pWYDo

Sources

Ľudová kultúra. Zuzana Beňušková. Kultúrne Krasý Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009.

Les Fêtes de Dieu. La foi, l’histoire, les mythes. Guy Deleury. Ed. du Félin. 1994

Dictionnaire d’iconographie romane. Marc Thoumieu. Ed. Zodiaque

La fête au Moyen Âge. Gérard Lomenec‘h. Ed.Ouest-France. 2015

La Sainte Bible. Par Louis Segond. Ed. La Société Biblique Canadienne. 1976

1er janvier, nouvelle année

Mgr Alice Hura – Charles Bugan

Le Nouvel an en Slovaquie

Le 1er janvier est considéré comme le début de l’année, mais ce n’était pas le cas autrefois. Ce n’est qu’à partir de 1582 que la date du Premier janvier a été officiellement introduite par le pape Grégoire XIII pour être abandonnée puis réintroduite par le pape Innocent XII en 1691.

C’est en 1587, que la date du calendrier grégorien est officiellement adoptée dans le Royaume de Hongrie et, bien entendu, sera en vigueur sur le territoire de la Slovaquie actuelle, l’ancienne Haute Hongrie.

Ce changement a eu un effet rapide dans les coutumes traditionnelles de la culture populaire slovaque. En effet, la conséquence de ce changement de calendrier annuel, fut que les coutumes et les rituels auraient lieu dorénavant pendant la période du nouvel an, entre le 25 décembre et le 6 janvier, alors qu’ils commençaient auparavant à la fin du mois de Novembre. Selon les ethnographes, à cause de ce changement de date, les coutumes et rites liés au Premier janvier se sont déplacés à cette nouvelle période tout en respectant les traditions précédentes dont ils ne sont, en principe, que leur répétition.

Les rites fixés au début de la matinée au Nouvel an

Le rituel du lavement et du nouveau feu dans le foyer

Sur tout le territoire slovaque cette coutume du lavement était pratiquée de bon matin du premier jour de la nouvelle année.

Selon la coutume de ce jour-là, l’homme – le maître de maison – en sa qualité de « premier de famille » se levait tôt le matin pour apporte l’eau fraiche à la maison. Selon les localités slovaques, c’est le fils cadet de la famille, qui allait, tout de suite après minuit, chercher l’eau du puits ou du ruisseau dans un seau en bois.

Le maître de maison souhaitait alors le « Bonjour » en récitant la formule magique : « Prv je voda než oheň, daj, Bože dobrý deň » que l’on peut-être traduire par : « L’eau était la première avant le feu, donne, Bon Dieu le Bon jour ». Le maître de maison va alors tremper un rameau dans cette eau et asperger la maison en commençant par le toit et l’étable en récitant cette formule magique de façon à assurer la protection contre les incendies, fréquents auparavant dans les maisons en bois du village. Puis, tous les membres de la famille se lavaient rituellement, chacun à leur tour, avec l’eau apportée dans le seau dans lequel on avait précédemment jeté, selon la localité, une pièce de monnaie pour la richesse et une pomme pour la santé ou au lieu de la pomme, on ajoutait du raifort pour la force (1).
Le rituel du « lavement » de la famille avait pour but d’assurer l’unité familiale.

Une variante de ce rite voulait qu’avant d’asperger la maison et l’étable, le maître de la maison aspergeait les membres de la famille et la chambre (2).

La puissance magique de cette matinée se retrouvait aussi avec le miel. Dans ce rituel, la mère de famille, marquait le front de chaque membre de la famille avec du miel, ainsi que la porte de la maison. On croyait que le miel était une fortune, un cadeau de joie.

Après le lavement rituel de la famille, le maître de maison allumait le feu dans le foyer et allumait la lumière de la maison.

Dans la région de Hont, de bon matin, le maître de maison, entrait dans l’étable des vaches et constatait selon la position des vaches si elles avaient été visitées pendant la nuit magique par les sorcières : si elles étaient couchées, tout était en ordre, mais si elles étaient débout, le maître de maison raisonnaient qu’elles avaient été inquiétées la nuit par les sorcières.

Les superstitions

Dans la région ethnographique de Horehronie, on croyait que le rêve du sommeil de la nuit de la Saint-Sylvestre à la Nouvelle année deviendrait réalité puisque cette nuit avait une puissance magique.

Les gens croyaient que le premier jour de l’année marquait toute l’année « tant au Nouvel-An, et tant tout l’an ». Donc, les gens faisaient attention à la manifestation d’émotions négatives ce jour-là : ils se ne querellaient pas, ils ne pleuraient pas… La fille à marier croyait que si elle tombait trois fois, ce qui n’était pas rare par ce temps en plein hiver sur le verglas, que dès lors, son nom « tomberait » trois fois à l’annonce du mariage de la chaire à l’église et qu’elle allait alors se marier dans l’année (3).

Au Nouvel an, il faut bien faire attention que la maison soit propre, sans saleté et tout rangé en ordre, chez les gens comme pour le bétail.
Comme pour d’autres moments de la période de l’avent, nous l’avons vu dans les articles précédents, il y avait l’interdiction de certains travaux féminins : pas laver la lessive et pas suspendre du linge sur un séchoir. Les femmes ne cousaient pas, car c’était une interdiction superstitieuse de prévention afin que les poules pondent bien (4) de plus, si par malheur une femme pratiquait un tel travail, ses doigts allaient devenir purulents.

La visite d’une femme tôt le matin du nouvel an était mal perçue, de même que la visite d’un malade ou d’un vieux. C’est pour cette raison que dans certaines localités autour de la ville de Bardejov, tout de suite après minuit, des musiciens tsiganes jouaient sous les fenêtres des maisons du village afin d’apporter de bons signes pour la nouvelle année.

De même, tôt le matin, la visite à la maison par une personne étrangère était aussi mal perçue. Si la visite était nécessaire, le visiteur devait apporter à la maison un gâteau ou de l’argent, de cette façon, il proclamait qu’il apportait non un dommage mais un avantage pour la maison visitée

La météo prémonitoire

Les prévisions météorologiques étaient fréquentes au jour de Nouvel-An, en voici deux :
– si au début de la matinée l’aurore est bien rouge, l’année nouvelle sera marquée par des tempêtes et par de mauvaises récoltes.
– une pluie fine mais intensive annonce de bonne récolte dans les champs et il y aura de gros épis de blé.

Les quêtes matinales du Nouvel-An par les jeunes hommes

De bon matin, un cortège de garçons faisait la tournée traditionnelle du village et ils présentaient leurs vœux en récitant en vers des vœux de bonheur et de bonne santé…
Dans certaines localités, les garçons après leurs arrivées à la maison, jetaient des graines de blé sur le seuil de maison, pratiquant ainsi un rite visant à assurer la prospérité de la maison visitée.
Dans la Slovaquie centrale, les récits de vers amusant de bonheur et de bonne santé de la nouvelle année était très répandu. Voici par exemple un vœu teinté d’humour : « Vinšujem vám šťastlivý nový rok, aby vám odpadol z pece bok a z povaly hrada, aby sa vydala vaša dievka mladá » qui peut être traduit par : « je vous souhaite une heureuse nouvelle année, afin que tombe votre coin de feu – du four – et une poutre du plafond afin que votre jeune fille se marie ».

Dans le village de Rača, aujourd’hui un quartier de la capitale slovaque Bratislava, le fossoyeur de la commune accompagné de sa famille faisait la tournée de quête. Ils prononçaient des vœux de bonne année et obtenaient des victuailles – farine, vin, pommes de terre, saindoux, œufs…

Dans la région du nord d’Orava, de Spiš et de Horehronie, on cuisait une pâtisserie spéciale pour les quêteurs de Nouvel an, appelée novelátka ou novoročátka dans la région d’Orava.

Après le lever du soleil les voisins se rendaient visite en prononçant des vœux de bonne année et se tendaient la main. Alors, commençait le temps de paix, il arrivait même que des voisins en courroux l’un envers l’autre buvait le verre d’amitié en cette matinée du Nouvel An.

Le jeu d’Adam et Eva chassés du Paradis

Avant ce jeu était connu comme le cortège avec le serpent. Il s’agit d’un jeu selon un épisode biblique popularisé en Slovaquie depuis le Moyen Âge mais tombé en désuétude au milieu du 20e siècle.
La pièce était inspirée de l’Ancien Testament, chapitres 2 et 3 de la Genèse, consacré à la Création. La base du drame est le chant populaire au motif liturgique illustrant la création d’Adam et Éve au Paradis. Les vœux du cortège étaient prononcés par de petits garçons, de 10 à 12 ans, portant un accessoire théâtral qui était appelé le serpent. Ce « serpent » avait une tête de serpent en bois, le corps plié en accordéon. Il était porté par deux garçons qui le tenaient tel un accordéon pendant leur chant. Ce serpent portant une petite couronne avec une bougie allumée sur la tête et sur sa langue la pomme, symbole du fruit de la Tentation du jardin d’Éden. Le jeu était joué au temps de Noël et surtout au Nouvel An de porte en porte dans les villes de Krupina, de Banská Bystrica, de Banská Štiavnica et de Ružomberok, où les petits acteurs étaient récompensés.

Superstitions culinaires

Le repas du Nouvel-An était et est soigneusement préparé, sur la table ne manquent pas la viande de porc symbolisant la prospérité, MAIS la viande de volaille et de lapins était interdite car selon la croyance populaire, la fortune allait s’envoler ou courir loin de la maison après la consumation de ces viandes.

Par ailleurs on préparait, prépare encore, le potage de lentilles car selon la croyance populaire toujours, la lentille est un symbole de l’argent. Pour la même symbolique, dans d’autres endroits, on cuit des gâteaux au pavot. La cuisson des pirohy, pâtes farcies traditionnelles assurait le gros bétail de la ferme, ou la cuisson de longues nouilles assurait de grands épis de blé sur les champs.

Notes

1 La pomme ou le raifort trouve ici la même valeur symbolique : santé et force.

2 La chambre est ici prise dans le contexte de l’habitation on pourrait parler de « pièce de séjour » (voir photo).

3 Anciennement, les fiançailles étaient annoncées trois fois par le prêtre à l’église, puis le mariage pouvait avoir lieu.

4 Coudre signifiait, symboliquement, le fait de « fermer » le cloaque, l’orifice par lequel passe les œufs.

Texte extrait de notre conférence : Les traditions de Noël en Slovaquie

PS : les photos  du « serpent » d’Adam et Eve proviennent de Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003 et de « Serpent » d’Adam et Eve – région de Hont en 1910 (photo NB de : archive de l’institut ethnologie SAV Slovaquie)

Sources

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009

Ľudová kultúra. Par Zuzana Beňušková. Kultúrne Krásy Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Z ľudovej kultúry Turca. Eva Pančuhová, Zora Mintalová a kolektiv. Matica slovenská. 2004

Saint-Sylvestre, le réveillon

Mgr Alice Hura – Charles Bugan

Réveillon de la veille de la nouvelle année

Le jour de la Saint-Sylvestre est appelé Journée de Silvestre dans la culture populaire slovaque.
Les coutumes traditionnelles pratiquées le jour de la Saint-Sylvestre en Slovaquie ressemblent en majorité avec les coutumes de la Veille de Noël cependant, elles n’atteignent pas la même intensité ni la même ritualisation.

Les prophéties agraires et les superstitions

Dans la croyance populaire slovaque les prophéties agricoles étaient pratiquées le dernier jour de l’année, à la Saint-Sylvestre, pour assurer la bonne prospérité économique dans la ferme, la fertilité des champs et la fécondité du bétail. Par exemple un rite concernant l’étable bien peuplée de vaches et de brebis, était pratiqué dans le village de Ždiar dans les Tatras. Là, la maitresse de maison ficelait en faisceau des cuillères en bois afin d’assurer la subsistance du troupeau de bétail domestique.

Comme pendant les fêtes de Noël, on respectait de nombreuses superstitions fixées à ce jour : rien n’était prêté de la maison, le non-respect de cette interdiction allait signifier une diminution des volailles.
De même que la visite d’une femme, tôt le matin, était mal perçue donc, si c’était possible les femmes restaient le matin de ce jour à la maison. Pour rompre cette malédiction il était pratiqué tôt le matin un cortège des vœux de polazníci composé de jeunes hommes qui circulaient de porte en porte aux maisons du village en souhaitant tout le bonheur. Leurs vœux protégeaient la maison.

D’autres coutumes :

Le maître de la maison essayait depuis le matin de casser la coquille d’une noix avec son majeur. S’il réussissait, cela devait apporter la paix et l’amour à la famille.

La maîtresse de maison, frottait avec de l’ail les portes de la maison et de l’étable pour empêcher l’entrée des puissances néfastes. Quant au maître de maison, il frottait la robe des chevaux avec la plus belle pomme pour qu’ils deviennent plus beaux.

Parfois, jadis, après le repas du réveillon, des noisettes et un morceau de pomme étaient jetés dans le puits pour assurer une eau de bonne qualité et la bonne santé.

Les vœux

Dans la région ethnographique de Zamagurie (nord de la région de Spiš) le cortège des garçons circulaient tôt le matin dans le village et ils offraient des bâtons de noisetier à chaque maison visitée.

Dans les régions de Liptov, de Spiš, de Horehronie et d’Orava, autrefois la jeunesse attendait l’arrivée du Nouvel An dans une maison du village où se rassemblaient les fileuses pour travailler ensemble ou dans l’auberge du village.

Dans la région de Hont, les jeunes hommes chantaient les chants traditionnels sous les fenêtres des maisons du village.
Dans les environs de la ville de Rožňava, les garçons allaient chanter à minuit sur la tour de l’église.
Dans la région ethnographique de Kysuce, le cortège des polazníci circulaient de maison en maison dans le village.
Dans la région de la Haute Nitra, les filles jetaient sur les portes de maisons où habitaient les garçons des marmites en argile remplies de pommes et de noix. Cette marmite les filles les appelaient « nouvelle année ».

Les jeux déguisés et masqués Babinovanie et Kurinovanie

Babinovanie est un spectacle joué par un groupe déguisé et/ou masqué à la Saint-Silvestre dans les environs de la ville de Považská Bystrica (région de la vallée du Váh). Ce spectacle est enrichi par des éléments constitutifs d’un métier traditionnel de la région, pratiqué par un artisan le drotár qui pratique un artisanat particulier avec du fil de fer.

Dans la microrégion d’Uhrovská dolina (dans quelques localités autour du château-fort d’Uhrovec, dans le district de Bánovce nad Bebravou), on appelait le dernier jour de l’année « babí deň – jour de baba » et il y avait un cortège des vœux appelé babinovanie qui était une quête collective avec la proclamation de souhaits de bonne année par les garçons du village. A la tête du cortège des dix ou vingt garçons, un accordéoniste avec un bailli des garçons, un autre portait un sac pour collecter les récompenses et selon la tradition, ils circulaient dans les rues du village et s’arrêtaient devant les maisons où ils chantaient d’abord un chant religieux. Après avoir été invité par le maître de maison ils entraient et continuaient en récitant des vers de souhaits de bonheur, de bonne santé, de fortune pour la nouvelle année. Ils obtenaient une récompense sous la forme de noix, de graines de blé, de pommes, de petits pois, de haricots secs, de prunes sèches et un peu d’argent.

Le « Kurinovanie » un rituel agraire ancestral

Le rituel de Kurinovanie est effectué par la tournée des kurine baby ou kuriny babiny – appellation suivant la localité – qui constituent un groupe de garçons costumés et masqués en femmes et mené par un couple vêtu en paille, appelés kurine baby et accompagné parfois d’une vingtaine de participants qui sortent à la Saint-Sylvestre, et passaient de maison en maison dans le village. Leurs vœux étaient des gages de prospérité et étaient censés rendre féconde la volaille pour la prochaine année qui va commencer. Aujourd’hui, ces cortèges composés uniquement d’hommes sont considérés comme un simple aspect de la joie populaire, mais leur fondement le fait remonter à des croyances ancestrales.

Dans le milieu rural de la Slovaquie orientale, la tradition de kurinovanie était effectuée par le cortège des garçons déguisés en femmes Kurine baby. Ils prononçaient leurs vœux en quêtant et formulaient les souhaits selon la tradition. Le cortège était mené par deux garçons vêtus de costume féminin, l’un avait sur la tête un chapeau formant une couronne tressée de paille avec une sonnette, l’autre vêtu d’un manteau en fourrure ceinturé d’une corde de paille tressée et d’une jupe grossièrement façonnée en paille de blé. Quand le cortège de Kurine baby sortait dans les rues du village, il était déjà attendu par les maitresses de maisons car selon la coutume, chacune des maitresses de maisons attrapait le poignet de paille du déguisement porté par les Kurine baby du cortège, et tout de suite elles donnaient la paille à la couvée de poules, pour s’assurer que les poules pondent bien leurs œufs.

En Slovaquie septentrionale, la coutume d’un cortège similaire était enregistrée au début du 20e siècle, dans le village de Štiavnik près de Bytča (région de Žilina). Là, la coutume de cortège de garçons déguisés en femmes vêtus en paille était appelé Kuriny bariny. Ils portaient des vêtements de paille de blé et allaient de maison en maison où ils exprimaient ensuite leurs vœux de fertilité et de fécondité pour l’année qui commence en récitant une formule drôle avec des jeux de mots populaires archaïques comme par exemple cette bienvenue à la nouvelle année : « Kuriny, bariny, babiny kury, dedove fúzy, baba mala fúzy, dedo mrňúsy. Odíde nám starý rok, a príde nám nový, vitajte ho, vitajte » formule difficilement car utilisant de vieux mots de dialecte (1).

Dans la ville de Bytča, à la Saint-Sylvestre, dernier jour de l’année, se perpétue la tradition des Kuriny bariny. La jeunesse se rassemble le 31 décembre pour aller en mascarade, avec à la tête du cortège un couple déguisé : un garçon déguisé en femme avec son visage caché sous une dentelle, tenant une poupée emmaillotée, est accompagné d’une fille déguisée en homme. Ce couple est entouré de personnages déguisés porteurs d’instruments de musique ou des imitations d’instruments de musique.

L’appellation dialectale kurina baba est dérivé des mots kura et baba au singulier : la poule – kura, la vieille – baba, et au pluriel les kurine baby ou kuriny babiny ce qui signifie les poules et les vieilles. Cette appellation représente une variante d’un calembour de mots populaires et est un élément souvent personnifié.

Le caractère magique du cortège déguisé apparait dans le but d’assurer non seulement que les poules pondent bien des œufs ou que la volaille se porte bien – la fécondité de la volaille – mais aussi de toute la prospérité agricole. Cette sorte de mascarade se déroule aussi avec d’autres masques anthropomorphes par exemple Dedo – le Papy, Baba – la Vieille ou Starý – le Vieux, appartenant à la représentation des masques plus anciens et des masques anthropomorphes authentiques des coutumes populaires slovaques. Ils trouvent leur origine dans l’ancien culte slave des ancêtres qui n’est pas le culte des morts, c’est le culte de la continuité de la vie et pour cela, ces masques réapparaîtront dans le rite des noces dans les traditions slovaques.

Le réveillon du jour de l’An

Le repas pour le dîner de la soirée de la Saint-Sylvestre était presque le même que celui de la veille de Noël mais sans restrictions religieuses sur la viande qui étaient donc servie. La soupe traditionnelle de choucroute kapustnica avec saucisses ou viande de porc fumée et champignons des bois, était servie d’abord, puis suivait le repas de pâtes traditionnelles avec le pavot. Ce repas s’appelle les opekance en Slovaquie centrale et septentrionale, les bobalky en dialectes de la Slovaquie orientale et les pupáky en Slovaquie occidentale. Ce repas est accompagné de Medovina, une boisson ressemblant à l’hydromel.

De nos jours, la tradition culinaire du repas du Réveillons du jour de l’An, est enrichie d’un menu type buffet froid où ne manquent pas la salade de pommes de terre classique, les cornets de jambon farcis de mousse au raifort, les sandwiches et canapés, les pâtisseries (cakes au chocolat, tartelettes, biscuits, petits gâteaux de pain d’épice, etc.), la petite pâtisserie salée et les boissons de toute sorte.

Autrefois, l’atmosphère de la soirée du dernier jour de l’année était illustrée par le bruit des claquements de fouets de bergers et par le tir d’accompagnement de fusils par les garçons.
Dans les villages de la région de Hont, ce-soir-là, les hommes enflammaient des torches improvisées faites de fourches en fer et de chiffons et circulaient dans le village en entonnant des chants pour l’arrivée du Nouvel An.

En milieu urbain, la tradition du Bal de la Saint-Sylvestre se perpétue de même que le feu d’artifice annonçant l’arrivée de la Nouvel Année.

Texte extrait de notre conférence : Les traditions de Noël en Slovaquie

Note

1 Voici quand même un essai de traduction : « Kuriny ?, bariny ?, babiny kury ?, la moustache du vieux, la vieille à la moustache, dedo mrňúsy. La vieille année s’en va et arrive la nouvelle année, bienvenue, bienvenue ». Peut-être faut-il chercher dans d’autres traditions, nous pensons au carnaval. L’utilisation et l’origine de ces mots demeurent obscures.

Sitologie

https://www.drotaria.sk : pour l’artisanat de drotár (objet en fil de fer)

Sources

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009

Ľudová kultúra. Par Zuzana Beňušková. Kultúrne Krásy Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Z ľudovej kultúry Turca. Eva Pančuhová, Zora Mintalová a kolektiv. Matica slovenská. 2004

Les Innocents, le 28 décembre

Mgr Alice Hura – Charles Bugan

Mláďatká en slovaque signifie les bébés, c’est ainsi qu’est nommé le jour de la commémoration du massacre des Innocents, un épisode sanglant cité seulement dans l’Évangile de Matthieu (2, 16-18). Beaucoup d’historiens doutent de la véracité des faits et Flavius Josèphe, l’historien juif rallié aux Romains, n’en fait pas mention (alors qu’il mentionnera l’existence du Christ vers 93).
Néanmoins, le souvenir de ce massacre est célébré le 28 décembre pour les catholiques et le 29 décembre pour les orthodoxes.

La fête religieuse des Innocents, fait référence aux nourrissons (1) qui ont été massacrés par le roi Hérode l’Ascalonite, car il voulait faire périr le « nouveau roi » annoncé par les Mages (2).

Dans le milieu populaire slovaque, l’ancienne coutume du « fouettage des filles » par des garçons à cette période rappelle ce drame biblique et le martyre des enfants innocents (3).

La coutume du « fouettage des filles » après la Noël

Autrefois, la vie populaire en Slovaquie était organisée en fonction des travaux saisonniers et rythmée par les fêtes liturgiques. Les sources ecclésiastiques du 16e siècle mentionne que la coutume du « fouettage », à l’occasion de la Fête des Innocents, était acceptable par l’Église et c’est ainsi qu’elle bénit les branches de saule qui servent à tresser le fouet qui sera utilisé le 28 décembre pour le « fouettage des filles ».

En Slovaquie, la coutume de fouettage des filles après la Noël, le 28 décembre, était pratiquée par un groupe de garçons munis d’un fouet qui rendaient visite aux jeunes filles du village. Deux garçons, portaient un gros fouet symbolique, d’autres garçons portaient de plus petits fouets dans les pochettes de leur vêtement. Dès qu’ils arrivaient dans la maison, un des garçons donnait quelques coups de fouet sur les jambes de la fille à marier visitée.

La coutume de fouettage des filles de Noël était liée à l’hospitalité dans la maison ou à la soirée de réjouissance pour la jeunesse du village. La coutume du fouettage de Noël, appelé mládenkovanie était répandue dans les régions slovaques de Spiš, Horehronie et de Novohrad ainsi que dans certaines parties de la Slovaquie occidentale, mais elle est tombée en désuétude dès la moitié du 20e siècle.

Dans la région de Hont, il était aussi de coutume le 28 décembre, d’organiser un cortège des garçons avec le raifort. Il s’agissait d’une quête accompagnée de souhaits de bonne santé, forte comme le raifort. Les garçons, munis d’un raifort accroché à la cime d’une baguette flexible de bouleau, allaient rendre visite aux jeunes filles du village. Ils présentaient leurs vœux en récitant : « Doniesli sme vám chren aby ste boli celý rok zdraví – nous vous apportons un raifort pour que vous ayez une bonne santé toute l’année » (4). On leur donnait une petite récompense, des gâteaux traditionnels appelés koláče, des gâteaux en pâte levée, ou un peu d’argent. Les petits garçons recevaient des noisettes, noix, pommes, gâteaux, ou un peu de pièces de monnaie quant aux adolescents, ils obtenaient « l’hospitalité », c’est-à-dire une boisson alcoolisée, une tranche de pain et un saucisson, un jambon ou éventuellement de l’argent.

L’interdiction de travaux de couture

Il existait une autre coutume, attesté notamment dans la région de Trenčín, où était appliqué une interdiction de certains travaux, comme la couture, pendant le jour des saints Innocents, le 28 décembre. Le non-respect de cette interdiction pouvait provoquer la mort des enfants.

Dans la région de Turiec, dans le village de Belá, se conservait une interdiction : les femmes du village ne cousaient pas le jour des Saints-Innocents, c’était une interdiction superstitieuse de prévention afin que les poules pondent bien.

L’interdiction de travaux de couture était très répandue pour les femmes du village. Si une femme pratiquait un tel travail, ses doigts allaient devenir purulents. Mais si une femme préparait les plumes pour les édredons, elle devait attendre que la volaille ponde beaucoup d’œufs, sinon les oies ne prospéreraient pas bien.

Dans la région de Gemer, à la fin du 19e siècle, le jour des Innocents, le 28 décembre, il y avait le rituel de l’interdiction de passer le balai dans les coins de la chambre de la maison, pour empêcher de se débarrasser des petits esprits domestiques – les aïeuls de la famille – qui selon la croyance populaire, séjournaient pendant les fêtes de Noël dans les maisons de leur clan.

Prophéties agraires et météorologiques

Les pronostics agraires pour la bonne prospérité sont liés avec le jour des Innocents, par exemple : « Ak je na nebi veľa hviezd, bude veľa sliepok – si le ciel est étoilé, il y aura beaucoup de volaille ».

Le pronostic météorologique du jour des Innocents : « Ak prší celý deň, bude suchý rok – si la pluie tombe pendant toute la journée, l’année sera sèche » – ce sera la sécheresse pour l’année nouvelle.

La prophétie de la mort du jour des Innocents : « Ak prší dopoludnia, budú zomierať deti, ak popoludní, dospelí – si la pluie tombe avant midi, les enfants vont mourir, si c’est après midi, ce seront les adultes ».

Le jeu d’Hérode

C’est le jeu populaire de Noël, inspiré de l’évangile de Matthieu (2, 1-16). Il s’agit de l’épisode biblique concernant le roi Hérode l’Ascalonite. La pièce était jouée sous la forme du théâtre de marionnettes ou sous la forme du théâtre joué par des acteurs vers la fête des Saints-Innocents, moment de la commémoration du massacre des petits enfants par le roi juif Hérode l’Ascalonite à Bethléem. La forme théâtrale représente un motif moral : « la culpabilité et la punition ». Certaines formes théâtrales du jeu d’Hérode sont connues dans la région ethnographique de Zamagurie (nord de la région de Spiš) habité par les Gorals. Dans le spectacle aux versions théâtralisées, joué avec des marionnettes, on pouvait voir les poupées de l’Ange, des bergers Fedor, Stacho, Junák (younak) et Kubo, les Trois rois mages, le roi Hérode et la Mort. Le spectacle se termine par les scènes comiques jouées avec des poupées appelées : Gazdina – la Maitresse de maison, le Rabbin et la poupée du berger Valaque ou encore avec d’autres poupées comme un homme du nom de Jacek, un Tsigane et un Chien. La version du théâtre amateur avait des acteurs dans les rôles d’Hérode, du Rabbin, de Soldats. Dans la version de Zamagurie avec les acteurs réels, l’histoire se concentre sur le personnage du roi Hérode.
Dans le village de Topoľovka (district de Humenné), le drame d’Hérode est toujours joué sous la forme de théâtre d’amateur avec une interpolation de marionnettes, les acteurs amateurs tiennent les rôles du roi Hérode, du Juif, deux dans le rôle de Marschalek (5) et une dans le rôle d’une jeune Fille.

PS: On peut voir la représentation de cet épisode du Massacre des Innocents sur la fresque du mur Nord dans le chœur de l’église gothique Saint-Egide dans la ville de Poprad.

Texte extrait de notre conférence : Les traditions de Noël en Slovaquie

Notes

1 Hérode « envoya tuer tous les enfants de 2 ans et au-dessous qui étaient à Bethléem et dans tous son territoire… » Matthieu 2,16
Dans l’église gothique Saint-Egide de la ville de Poprad, on peut voir dans le chœur, sur le mur sud, la scène exceptionnellement naturaliste du massacre des Innocents (voir notre photo).

2 Lire la Légende dorée sur cet épisode et l’évangile de Mathieu 2

3 Ils sont appelés « Innocents » car « n’ayant jamais nui, ni à Dieu par désobéissance, ni au prochain par injustice, ni à eux-mêmes par malice en péchant » sic La légende dorée et encore, « dans leur martyre, ils méritèrent l’innocence baptismale, c-à-d que le péché originel fut effacé en eux ».

4 Le raifort (la racine forte) était très utilisé dès l’antiquité pour ses propriétés médicinales. Toujours utilisé de nos jours dans la préparation culinaire de la salade de betterave au raifort.

5 Voir la photo avec les 2 personnages « Marschalek » en uniforme sur www.topolovka.estranky.sk/fotoalbum/caro-vianoc-obohatili-kolednici_/kolednici.jpg.html

Sources

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009

Ľudová kultúra. Par Zuzana Beňušková. Kultúrne Krásy Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Z ľudovej kultúry Turca. Eva Pančuhová, Zora Mintalová a kolektiv. Matica slovenská. 2004

La légende dorée. Jacques de Voragine. Ed GF Flammarion. 1967

2000 ans de chrétientés. Guide historique. Gérard Chaliand et Sophie Mousset. Ed Odile Jacob. 2000

Icônes et saints d’Orient. Alfredo Tradigo. Guide des Arts. Ed. Hazan. 2005

La Sainte Bible. Par Louis Segond. Ed. La Société Biblique Canadienne. 1976

Saint Thomas, le 21 décembre, le solstice d’hiver

Mgr Alice Hura – Charles Bugan

La fête de la Saint-Thomas était célébrée liturgiquement le 21 décembre, mais depuis 1969, l’Église catholique romaine a transféré cette fête à la date du 3 juillet. Mais rien ne change pas dans les anciennes traditions slovaques de ce-jour-là, cette ancienne fête de Saint-Thomas est restée fixé sur le solstice d’hiver, le jour le plus court jour de l’année.

En Slovaquie, selon les anciennes coutumes, le jour le plus court était lié avec des interprétations de la magie de la naissance (création) de l’univers dans les anciens mythes slaves. Ces interprétations rendues à la nature et aux forces élémentaires constituent l’aspect majeur du paganisme slave qui remonte à une époque bien antérieure. Parmi ceux-ci, il y avait notamment le culte du renouveau solaire, sous le nom du dieu du feu céleste représenté par le soleil personnifié sous la figure de Dažbog/Dazhbog/Dabog un fils de Svarog, dieu suprême, éternel, inactif, antérieure aux dieux slaves, au-dessus de tous dieux slaves.

À la suite de la conversion au christianisme, le peuple ne mit pas longtemps avant d’abandonner leurs divinités anciennes, mais la croyance ancienne continua à coexister avec la nouvelle dans les traditions sacrées pré-chrétiennes notamment dans les régions rurales slovaques. On avait recours, pour que des vœux soient exaucés, tout à la fois aux prières chrétiennes et aux incantations païennes. Les gens voyant briller la justice de la divinité pure du Christ dans leurs diverses superstitions, allaient oublier les actes devenus sacrilèges du passé et cesser de les pratiquer à l’avenir. Mais on sait que les superstitions vont persister et former une forme de syncrétisme avec la religion chrétienne et les cultes païens dans certaines couches de la population.

C’est ainsi qu’autrefois en Slovaquie des superstitions vont persister comme sur le premier visiteur à la maison le jour de la Saint-Thomas (1), le 21 décembre, la prophétie de l’avenir, l’interdiction des visites des femmes et de certains travaux domestiques qui étaient rigoureusement interdits. Mais, pendant le jour du 21 décembre, les cortèges des vœux des petits garçons appelés polaznici étaient bienvenus.

Tandis que le jour de Sainte-Lucie, au regard des coutumes populaires slovaques, signifie le couronnement de la période avant la Noël, le jour de Saint-Thomas, le 21 décembre, avait moins d’importance.

Thomas se dit Tomáš (prononcer tomach) en slovaque. Il est le saint patron des métiers : rouliers – marchands, des maçons et des forêts.

Sur la majorité du territoire montagneux de la Slovaquie, l’ancienne fête de la Saint-Thomas, le 21 décembre, était connue comme la fête de la forêt. On disait : « Na Tomáša seď doma – à la fête de Saint-Thomas tu restes assis à la maison », cela signifie qu’en ce jour il faut éviter d’aller dans les montagnes. Ou, encore, dans la région de Kysuce : « Na Tomáša hora nie je naša – à la fête de Saint-Thomas, la forêt n’est pas pour nous », cela veut peut-être dire que la forêt, ce-jour-là, est sous la puissance impure du démon de la forêt.

Le 21 décembre on pratiquait le rituel de la magie du Premier jour, puisque le jour de la Saint-Thomas est le précurseur du solstice d’hiver. On respectait de nombreuses superstitions fixées à ce jour : rien n’était prêté de la maison, par exemple un objet quelconque, un œuf, du sel, une casserole… Le non-respect de cette interdiction allait signifier une diminution des provisions, une diminution du bétail, etc.
Les gens craignaient la visite d’une femme étrangère, mais aussi l’arrivée d’un mendiant à la maison. Si un mendiant venait quand même par arriver à la maison, les habitants, pour interrompre la sorcellerie éventuelle, jetaient devant les jambes du mendiant un balai composé de branches de sapin.

Les croyances agricoles et les travaux interdits

En Slovaquie, traditionnellement, obtenir les meilleures récoltes était très important pour la vie des paysans à l’époque et les rites païens d’origine étaient donc toujours pratiqués à l’occasion des fêtes religieuses et notamment le jour de la Saint-Thomas.

Parmi les coutumes et superstitions du jour on retrouve, au point de vue santé, que le beurre battu le jour de la Saint-Thomas était conservé comme un remède. Que, pour rester, en bonne santé, il était bon de nettoyer et blanchir la chambre pour le jour de la Saint-Thomas.

Au niveau interdictions, comme pour d’autres jours (2), les femmes du village ne pouvaient pas filer le jour de la Saint-Thomas. Cette superstition pouvait être suspendue mais seulement pour une fille à marier qui allait alors réaliser la prophétie d’avoir un mari en filant. La jeune fille pouvait filer du lin sous une condition : pendant le filage, elle devait inspirer profondément puis tout en expirant lentement, elle devait amener rapidement le fil de la filasse de lin – un fil le plus long possible – et ce fil va servir le soir de Noël. De retour de la messe de minuit, la jeune fille va s’attacher symboliquement à la table préparée pour la fête de Noël avec ce fil de Saint-Thomas. C’est alors que son futur mari va venir la détacher.

Les vœux des quêtes du cortège des petits garçons

Les petits garçons du village vont ensemble en cortège de porte en porte aux maisons du village, là, ils récitent de petites formules magiques bienfaisantes à l’approche des fêtes de Noël et ils tiennent en mains un fusil à aiguiser en métal. Ils souhaitent tout le bien et la bonne santé pour les maîtres de la maison, l’abondance d’animaux domestiques et pour la prochaine récolte et, bien entendu, la bonne fortune et la protection sous les ailes des anges.

En Slovaquie, les gens attentent avec impatience et espoir le cortège des polazníci – les petits garçons.

Dans les régions de Kysuce, Orava, Hont, très tôt le matin, les petits garçons venaient quêter tout en assurant le bonheur de la maison en récitant « Nesieme vám polazniky, Krista Pána radostníky – Nous vous apportons des polazniky, les joies de Notre Seigneur Jésus-Christ » et offraient un polazník, un rameau de sapin tressé avec des épis d’avoine et noué avec un ruban. Ces épis d’avoine faisaient auparavant partie de la couronne de la Fête de la moisson de blé.

Les vœux des Polazníci

On connaissait dans d’autres régions un cortège similaire mais composé de jeunes hommes. Ce cortège masculin était appelé « polazníci » (3). Ce groupe de jeunes hommes sélectionnés représentaient la force virile. C’était la manifestation physique d’un acte magique qui assurait la prospérité pour les habitants des maisons visitées. Les membres du cortège qui visitaient une maison étaient obligés de venir toujours par le bas côté du village ou de la maison. Cela signifiait un acte magique bienfaisant pour l’essor de chaque exploitation agricole visitée par le cortège de polazníci.
Un acte rituel de magie se déroulait alors dans la chambre de la maison et était réalisé avec l’aide d’animaux domestiques, souvent une brebis. Le maître de maison amenait la brebis dans la chambre, préparée pour ce jour (4), au moment où arrivait le cortège des polaznici. Cet acte magique était réalisé afin d’obtenir les meilleurs récoltes possibles lors de la saison prochaine. Il arrivait parfois que c’était un cheval, si sa taille le permettait, que le maître de maison amenait dans la chambre.

La valeur et le mérite des membres sélectionnés pour ce cortège de polazníci sera vérifié selon la qualité de la récolte de l’année suivante.

Dans le village de Terchová, le jour de la Saint-Thomas le jour de polaznik se nommait polazňa en dialecte local.

Dans la région de Kysuce, l’arbre de Noël était appelé polaznička, dans la région d’Orava, la partie le plus au nord de la Slovaquie, l’arbre de Noël était appelé podlaz en dialecte local.

En Slovaquie, la coutume de venir quêter avec l’acier était très répandue uniformément. Les cortèges des vœux des quêtes non seulement des petits garçons mais aussi des bergers étaient effectués, surtout dans les régions montagneuses. Les bergers, selon le rituel, restaient derrière la porte de la maison et prononçaient leurs vœux avec la formule : « Nesieme vám podlaz, panny Marie odkaz – Nous vous apportons un Podlaz – un message de la Vierge Marie ».

Le bon polazník qui prononçait un vœu et formulait un souhait selon la tradition, était choisi pour ses qualités physiques : il devait être jeune, en bonne santé et en force physique. Il devait arriver aux maisons du village pour prononcer son vœu de quête – de koleda – par le côté aval du ruisseau, de la rivière, pour que l’économie agricole soit florissante et pour qu’il n’y ait pas de régression économique de la vie agricole. Il ne pouvait être vêtu de fourrure le 21 décembre, c’était un mauvais signe car le port de fourrure signifiait la perte du bétail.

D’autres vœux

Dans les régions de la Slovaquie centrale (de Turiec, de Gemer, de Hont et de Novohrad), le cortège des vœux au jour de Saint-Thomas – la marche avec l’acier, était pratiqué jusqu’à la moitié du 20e siècle. Ce-jour-là, les femmes et les enfants prononçaient des vœux de quêtes avec l’acier ou un morceau de fer selon la tradition populaire. Ils venaient quêter tout en assurant le bonheur de la maison, on disait qu’ils accomplissaient la « Marche avec l’acier ».

Le fer symbolise la santé, la force physique « Je vous ai apporté de l’acier – Doniesol som vám ocele »… Leurs vœux de quêtes « je vous souhaite, nous vous souhaitons… », sont toujours dirigés vers l’abondance des récoltes, la bonne santé, le bonheur, beaucoup de volailles, beaucoup d’argent, les riches futur époux pour les filles à marier, les fiancées pour les garçons-jouvenceaux…

Dans certaines communes des régions de Šariš et de Kysuce, la pratique de la coutume du cortège des vœux le jour de Saint-Thomas était la même sauf que les membres du cortège apportaient des cailloux roulés par le ruisseau et sortis du ruisseau. Ils récitaient un souhait ardent de voir accomplir par la formule magique bienfaisante et offraient le caillou pour chaque maître de maison du village. Au printemps, ce caillou était apporté par le maître de maison sur le champ au moment de pratiquer le semis du blé. Il était alors assuré d’une bonne récolte avec de grands épis de blé.

La coutume de tuer le porc

Habituellement, le jour de la Saint-Thomas, il est de coutume de tuer le porc, ce qui est toujours usuelle en Slovaquie aujourd’hui. Les gens sont persuadés que la viande du cochon tué ce jour reste bonne très longtemps. Il est un fait que la viande mise à saler par temps froid se conserve mieux et que la charcuterie est l’un des mets favoris pour les fêtes de Noël.

Dans toutes les régions slovaques, selon l’ancienne coutume, le jour de la Saint-Thomas débute de bon matin par l’abattage du cochon élevé dans presque chaque maison du village. C’était un des grands moments et une occasion de convivialité festive persistant jusqu’à la fin du 20e siècle (5).

Les hommes de la maison préparent une grande cuve d’eau bouillante et une grande table, alors que les femmes préparent les récipients, les torchons, le sel et les épices. A l’arrivée de l’abatteur qui va tuer le cochon, les hommes boivent un gobelet d’eau-de-vie en honneur de l’animal qui sera tué. Après l’abattage, le sang est précieusement recueilli dans un récipient et brassé afin d’éviter la coagulation. Puis le porc est nettoyé, découpé en portions pour les cochonnailles (boudin, saucisses, saucissons, jambons, noix, etc.). La viande de porc se prête à la préparation de nombreux mets traditionnels et surtout à la conservation par salage et au fumage pour les saucisses fumées, le lard fumé, le saindoux et les rillettes, mets qui sont largement utilisés dans la cuisine traditionnelle slovaque. Un boudin blanc localement appelé Tomáš, est un témoignage du jour de la Saint-Thomas et de l’abattage traditionnel du cochon avant la Noël.

Dans la région de Turiec, au début du 20e siècle, toute la viande de porc était fumée (lard et viande) et une bouillie préparée avec le sang du cochon était servies aux invités à cette occasion, de même que la soupe à la choucroute avec les abats blancs du cochon (poumon, cœur, morceau de foie, sang ou les morceaux de viande rouge), soupe qui était offerte aux voisins qui avaient participé aux préparations de ce jour et à la famille. L’épaule du cochon était fumée, conservée et était préparée au menu de Pâques. Les côtes de porc étaient fumées et conservées pour la consommation avec des soupes de légumineuses pour les faucheurs, les ouvriers saisonniers de l’été.

Dans les régions de Liptov et de Turiec, les boyaux du cochon, bien lavés, sont préparés à la façon de boudins blancs mais ils sont remplis d’une farce composée de pâte de pommes de terre qui ont été préalablement râpées et assaisonnées avec de l’ail, du sel, du cumin et du poivre noir moulu, parfois avec de la marjolaine selon le goût local. Ensuite, rapidement ces boudins sont cuits à l’eau bouillante salée. Cette délicieuse préparation s’appelle droby, Liptovské droby.

L’amour et le mariage

Sur ce point, les croyances existaient dans de nombreux domaines. Par exemple, le 21 décembre, la jeune fille en âge de mariage qui voulait connaître son futur époux jetait sur le sol les os du porc (reste de l’abattage), pour la prophétie d’avoir un mari.

Les filles du village se ressemblaient dans la cour de la ferme et selon une coutume divinatoire, elles choisissaient des os du porc presque identiques et les arrangeaient sur le sol et elles appelaient le chien. Celui-ci saisissait un os et s’il l’apportait à une jeune fille, la première, elle pourrait se marier en premier dans l’année. Dans le village de Horný Vadičov (région de Žilina), on y raconte, que jadis, les filles se battaient pour ces os du porc et celle qui était la plus prompte, emportait tous les os et les offrait les au chien, si tout de suite il sautait (de contentement), elle serait mariée dans l’année. Mais il paraît aussi, que la plus prompte fille qui emportait la queue du porc et le suçait, son mariage était assuré.

Dans les régions de Kysuce et d’Orava, les jeunes hommes ou les bergers distribuaient, en se dissimulant, de petits arbres de Noël devant les maisons jusqu’à la Veille de Noël. Quand il voulait se faire connaître, la veille de Noël, en pendant la koleda, il se faisait connaître en jetant une poignée de grains d’avoine sur le sol chez le maître de maison lors de sa visite, il obtenait alors une récompense sous la forme d’un peu d’argent.

La prophétie agricole

Dans le village de Skalité (région de Kysuce), le matin de la Saint-Thomas, le maître de maison allumait le feu dans le poêle avec des bûches de bois dur, puis quand le bois brûlait bien, des tisons brûlants étaient sélectionnés, autant de tisons que le nombre du bétail qui était dans l’étable du maître de maison. Les tisons brûlants étaient alors placés sur le bord du poêle et chaque tison portait le nom d’une des bêtes domestiques. Il procédait alors à la prophétie pour la santé du bétail : si le tison brûlant s’enflammait en premier, cela signifiait un bon avenir pour la santé de cet animal domestique, si par contre le tison s’éteignait tout de suite, la bête allait être malade.

Autres interdictions à la Saint-Thomas

Autres interdictions : personne ne pouvait marcher dans le village en portant un vêtement déchiré, personne ne pouvait arriver dans la maison vêtu de fourrure, rien n’était prêter de la maison pour personne. Ne pas respecter ces interdictions apportait le malheur.

Notes

1 Le saint patron du jour, saint Thomas, est décrit comme ayant un caractère réaliste et qui faisait parfois carrément preuve de scepticisme. Il est, de ce fait, l’apôtre célèbre pour avoir touché les plaies de Jésus pour croire en sa résurrection, Il aurait alors poussé un cri de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jacques de Voragine). C’est dans cette scène qu’il est le plus souvent représenté. Son attribut principal est une équerre, en allusion à la légende qui raconte qu’il aurait construit un palais aux Indes. Mais au 13e siècle il possédait un autre attribut qui était l’épée de son martyre. Au 15e siècle, selon une autre tradition, il porte la pique de son martyre.

2 Voir les fêtes de la Sainte-Catherine, de la Sainte-Lucie…

3 Le polaznik en singulier, les polaznici en pluriel, Polaznik dans la mythologie slave, est un personnage des fêtes du nouvel-an en tant que symbole de fécondité et de bonheur.

4 La chambre était nettoyée et blanchie pour le jour de la Saint-Thomas.

5 et encore pratiquée par endroit de nos jours même si les villages ont évolués et sont aujourd’hui aussi habités par des citadins venus « vivre à la campagne » et qui ne pratiquent donc plus l’élevage, la tradition est toujours respectée chez les villageois.

Texte extrait de notre conférence : Les traditions de Noël en Slovaquie

Sources

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009

Ľudová kultúra. Par Zuzana Beňušková. Kultúrne Krásy Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Z ľudovej kultúry Turca. Eva Pančuhová, Zora Mintalová a kolektiv. Matica slovenská. 2004

Le monde mythologique russe. Lise Gruel-Apert. Ed. Imago. 2014

Les saints compagnons du Christ. Emile Mâle. Ed. Beauchesne. 1958

La légende dorée. Jacques de Voragine. Ed GF Flammarion. 1967

La fête au Moyen Âge. Gérard Lomenec‘h. Ed.Ouest-France. 2015

Le temps de Noël. Tradition wallonne. Ed. Traditions et Parlers populaires Wallonie-Bruxelles asbl. 1992

Sainte-Lucie, les superstitions

Mgr Alice Hura – Charles Bugan

Voici la suite de notre article « Lucie, la fête d’hiver du 13 décembre ». Elle concerne les superstitions liées au jour de Sainte-Lucie, considéré, selon l’ancienne coutume, comme le jour fatal et le jour le plus important des « Jours de Sorcières ».

Superstition, interdictions et magie de l’amour

La superstition des Douze jours

Il s’agit de la période de douze jours qui commence le jour de Lucie et qui dure jusque la veille de Noël. Chaque matin, pendant ces douze jours, et selon la croyance populaire, les hommes fabriquaient des objets rituels ou exécutaient des rituels servant à repousser les sorcières ou servant à identifier les sorcières du village parmi les vieilles femmes suspectées de pratiques magiques néfastes. Au 19e siècle, en milieu rural slovaque et selon la croyance populaire, presque chaque village avait sa sorcière ou plusieurs. Autrement dit, les femmes ou surtout les sages-femmes qui avaient un don de clairvoyance et de prophétie, ou les guérisseuses âgées qui possédaient un pouvoir de guérison, étaient parfois suspectes car leur talent pouvait être utilisé à bon ou à mauvaise escient, pour ou contre les habitants du village.

Une remarque qui a son importance, les chasseurs de sorcières étaient toujours des hommes.

Dans toute la Slovaquie, un moyen efficace très populaire pour identifier une sorcière du village était le tabouret de Lucie – luciovy stolček.

Dans la région de Horehronie (haute vallée du Hron), notamment dans le village de Heľpa, d’après les témoignages ethnographiques, on y a enregistré de nombreux anciens petits tabourets de Lucie de même que des instructions de rituel pour découvrir les sorcières à la Veille de Noël.

Voici quelques exemples de ces superstitions :

– Lors de la fabrication des bardeaux, travail hivernal pour les hommes, il arrivait que lors du choix de la planchette qui allait être travaillée pour en faire un bardeau, il arrivait que celle-ci comporte un défaut majeur : un nœud. Dès lors cette planchette était écartée du lot (il s’agissait d’une planche en bois d’épicéa avec un trou où se trouvait un nœud isolé, de plus petit diamètre, et sélectionnée pendant le rabotage de bardeaux des toits). La planchette était récupérée pour servir de « lunette à sorcière ». Pour cela, on faisait tomber le nœud de cette planchette d’épicéa et dans le trou qui restait, chaque jour de la période de Douze jours (allant donc du jour de Lucie jusqu’à la veille de Noël), on agrandissait ce petit trou à l’aide d’une queue-de-cochon (d’une vrille), mais en tournant seulement une fois chaque jour. Son utilisation pour « découvrir » une sorcière sera la même que pour le tabouret de Lucie ;

– Pendant la période de Douze jours, on fabriquait un fouet en cuir (travail d’homme) et chaque jour on nouait UN nœud sur la tresse du fouet. Le fouet en cuir était terminé la Veille de Noël. Ce fouet servait à chasser les sorcières en le faisant claquer le soir de la veille de Noël ;

– Le jour de Lucie, le maître de la maison chassait un clou dans un coin de la maison. Pendant la période de Douze jours, chaque jour on enfonçait un peu plus ce clou en lui donnant UN coup de marteau. De cette manière, le soir de la veille de Noël, il devenait plus difficile à la sorcière de le retirer, surtout s’il était complètement enfoncé. Si la sorcière parvenait à enlever le clou en tirant dessus avec les mains, ce serait une année de malheur pour les habitants de la maison (maladie, perte d’argent, mortalité chez les humains mais aussi chez les animaux…) ;

– Le maître de maison allait dans l’étable la veille du jour de Lucie. Il introduisait un bâton sous le plancher en bois soulevant ainsi une première planche. Chaque jour de la période de Douze jours, il faisait avancer le bâton en le poussant un peu plus sous la planche suivante de façon à ce que le bâton soit contre la treizième planches le soir de la veille de Noël (avant minuit).

Dans d’autres régions on retrouve la fabrication d’objets pendant la période allant du jour de Lucie jusqu’à la veille de Noël et notamment le fouet en cuir tressé mais aussi une galette spéciale appelée « pagáč de Lucie » qui avaient la même fonction rituelle servant à chasser les sorcières

Dans la commune de Nová Baňa, (dans le district de Žarnovica, région de Banská Bystrica) la coutume était que de jeunes hommes clouaient chacun un clou dans le coin de leur maison chaque matin pendant la période de douze jours (du jour de Sainte-Lucie jusqu’à la veille de Noël). Selon la croyance populaire, le soir de la veille de Noël, les sorcières se rencontraient près de ce clou et malheur au garçon dont les sorcières retiraient le clou en tirant dessus avec les mains.

Le Tabouret de Lucie

Et que pensez de cet autre rituel qui était très populaire. Il s’agit du Tabouret de Lucie qui va servir à « découvrir » les sorcières. C’était une coutume très répandue partout en Slovaquie, selon la croyance populaire.

L’homme construit un tabouret à trois ou quatre pieds (voir la symbolique de ces nombres) en sapin, sans clou (de fer) qui s’appelle le stolček luciovy – le petit tabouret de Lucie.

Petit tabouret qu’il utilisera le soir de la veille de Noël, lorsqu’il se rendra à l’église pour la messe de minuit ou qu’il utilisera au carrefour, de croisement des chemins, afin de reconnaître la ou les sorcières.

Dans l’église, la Veille de Noël à la messe de minuit, l’homme s’installe afin d’apercevoir l’autel. A cet emplacement, sur le sol, il trace un cercle à la craie, il place le tabouret à l’intérieur de ce cercle et s’y assoit – le cercle étant une barrière contre les sorcières – ou, suivant la région, il se mettra à l’intérieur du cercle, et regardera par l’ouverture du siège du tabouret. S’il aperçoit une sorcière, il rentre de suite à la maison en semant du pavot derrière lui. Le pavot faisant office de protection contre la sorcière car celle-ci aurait pu le reconnaître et le suivre afin de lui jeter un sort.

Après son utilisation, le tabouret de Lucie sera brûlé, ou caché dans les combles, au grenier ou dans le cellier, et sur la dernière porte fermant ce local, on tracera « la marque de la sorcière » c’est-à-dire un pentagone barré d’un trait ! Symbole contre la sorcière et aussi symbole de protection de la maison. Par ce symbole, on lui interdit ainsi l’entrée de la maison.

Les petits enfants apprennent ce tracé dès leur plus jeune âge et ils le tracent à la craie sur l’asphalte, sur un tableau sans savoir pourquoi, ils l’apprendront plus tard.

Les interdictions superstitieuses du jour de Sainte-Lucie

Dans les ouvrages ethnographiques, on constate que encore au 19e siècle, le sentiment de volonté divine, du religieux, du magique, s’étend fortement à toute la réalité de la vie rurale quotidienne des paysans slovaques. Bien que la religion chrétienne officielle ait supprimé les dieux païens slaves, elle a suscité un certain de croyances populaires liées à la vénération de la nature et due au culte des morts, selon des ethnographes slovaques à partir d’études anciennes du 19e siècle, notamment par Pavol Dobšinský (1828 – 1885). Et les études récentes publiées par l’institut ethnographique slovaque SAV à Bratislava dès 1951, et aussi par les livres ethnographiques populaires : Emília Horváthová (1931-1996), Kliment Ondrejka (1929-2011), Rastislava Stoličná-Mikolajová, Zuzana Drugová, et d’autres, et un livre de Vojtech Majling, photo-documentariste du folklore slovaque.

Autrefois à Bánovce nad Ondavou (région de Zemplín), le jour de Lucie, les femmes ne préparaient pas une lessiveuse pour le lavage du linge à l’eau bouillante car la femme qui lessivait ce jour-là était précipitée dans le feu par la sorcière ; 3
L’autre superstition pour les femmes, au jour de Sainte-Lucie, il était interdit de cuire le pain, de laver la lessive, et déjà mentionné de filer le lin, sous peine de voir la sorcière Lucka se venger.

Dans le village de Rykynčice (district de Krupina, région de Banská Bystrica), on y raconte, que jadis, une femme du village cuisait son pain le matin de la Sainte-Lucie. Ce jour-là, chez cette femme, la sorcière Lucie (localement appelée en diminutif Lucka) se dévoilera sous l’apparition d’une fille réclamant un morceau de ce pain en chantant d’une formule :
« Ja som dievča pondelníča, pýtam kúštik podobníčka – Je suis la fille du lundi, je demande un morceau de ce pain ».
La fille du lundi – appelée pondelníča ou pondelča – (en slovaque, pondelok signifie lundi) était un esprit démoniaque qui apparaissait aux femmes si le lundi matin elle lessivait du linge ou cuisait du pain.4

Le podobník, podobníček, était aussi appelé le materák. C’était une galette composée de pâte de pain. A l’époque, c’était une offrande pour le cortège des Lucies (en diminutif les Lucky – prononcer loutsky) dans certaines régions de la Slovaquie.

Dans la région du Hont, si une femme étrangère arrivait à la maison le matin du 13 décembre, elle était tout de suite soupçonnée d’être une sorcière et on l’installait de force sur le dos d’une vache. 5

Quant à la visite d’un homme vêtu de fourrure le 13 décembre c’était un mauvais signe car le port de fourrure signifiait qu’il était porteur d’une maladie.

La prophétie d’amour du jour de Lucie, le 13 décembre

Autre croyance populaire et encore pratiquée de nos jours par les adolescentes en Slovaquie : la prophétie d’amour ou de futur mari.

Ainsi, dans la région de Liptov, selon une ancienne coutume, le 12 décembre au soir, les jeunes filles préparent 13 petits feuillets de papier. Sur 12 feuillets, elles écrivent le nom d’un homme célibataire et le 13e est vierge de nom. Elles froissent ces papiers ou les plient et, par après, chaque matin un feuillet est brûlé (le premier le 13 décembre). Le matin de la veille de la Noël, elles brûlent l’avant dernier feuillet. Le soir, elles ouvrent le dernier et découvrent le nom de celui qui sera leur futur mari. Cependant, si le dernier feuillet est vierge de nom, cela signifie qu’elles resteront encore un an, au moins, sans mari.

Cette prophétie d’amour qui commençait au jour de Sainte-Lucie était pratiquée de la même manière par la jeunesse, filles et même par des garçons de Nová Baňa.

Le jour de Lucie, dans le village de Svätý Anton, les filles à marier font la magie d’amour avec l’aide d’une étoile à six branches découpées dans du papier. A chaque pointe de l’étoile des noms masculins sont inscrits, autant il y a de jours de Lucie jusqu’à Noël, autant il y a de noms de garçons. Chaque jour, les jeunes filles déchirent un morceau de l’étoile sans connaître le nom et le brûlent. Le nom qui reste la veille de Noël est le nom du futur mari de la jeune fille.

Dans le village de Kysuca, dans la région ethnographique de Gemer, les filles à marier allait frapper avec une cuillère en bois sur le toit du poulailler. Si en retour le coq chantait ou coquelinait, la jeune fille serait mariée dans l’année qui commence, mais si c’était une poule qui caquetait elle allait rester célibataire.

Dans la commune de Horné Lefantovce (région de Nitra), les jeunes filles au jour de Sainte-Lucie s’imposent un jeûne volontaire afin de bien accomplir la magie d’amour le soir. Le soir venu, chaque fille à marier place un récipient rempli d’eau sous son lit puis, pendant la nuit, elle découvre, avec l’effet miroir de la surface de l’eau, le visage de son futur mari.

Dans la région de Trenčín, les filles à marier font aussi la prophétie de l’amour. La jeune fille cache un œuf pondu par une poule le jour de Sainte-Lucie. Puis, la Veille de Noël, et après un jeûne volontaire pendant ce-jour-là, le soir après le retour de l’église à la suite de la messe de minuit, elle découvre le métier de son futur époux dans le blanc d’œuf.

Dans la région du Hont, les filles à marier qui font la prophétie de l’amour claquent avec une cuillère en bois sur le toit du puits et selon l’écho du son, on découvre le métier du futur mari : si l’écho sonne comme un tir de fusil, ce sera un chasseur ; si l’écho sonne creux, ce sera un bûcheron…

Dans la Slovaquie occidentale, les filles à marier au jour de Sainte-Lucie, font la prophétie de l’amour très tôt le matin avant le lever du soleil. Elles vont se laver le visage au ruisseau en récitant une formule magique qui assure ou attire l’amour d’un homme.

Très populaire parmi les jeunes filles slovaques, autrefois, était la prophétie de l’amour accompli à l’aide d’une pomme. Chaque matin avant le lever du soleil la fille à marier croquait un petit morceau d’une même pomme et si cette pomme commençait à pourrir cela signifiait qu’elle resterait célibataire jusqu’à sa mort.

D’autres prophéties du jour de Sainte-Lucie

A la Sainte-Lucie il y avait aussi la coutume de mettre des rameaux d’arbre fruitier dans l’eau d’une cruche afin d’obtenir une floraison le jour de Noël. Ce jour-là, suivant l’abondance de fleurs au rameau fruitier on établissait une prédiction pour la prochaine récolte.

Il était aussi d’usage de mettre à germer du seigle. Ce rituel, appelé la pousse du seigle de Lucie, annonçait les prémices des moissons sous la forme du blé en herbe : s’il est bien vert, l’année sera riche, fertile. Ce rituel, très populaire, est encore accompli de nos jours et une assiette de seigle germé vert ornera la table du souper de la veille de Noël ou la crèche de Noël.

Dans les régions de Gemer et de Novohrad (Sud de la Slovaquie centrale), autrefois, la maîtresse de maison préparait pour le jour de Sainte-Lucie une galette, sous la forme d’une petite miche de pain, pour chaque membre de sa famille. Une petite plume était piquée dans chaque petite miche avant la cuisson, si elle brûlait dans le four pendant la cuisson, cela signifiait la mort dans l’année qui allait commencer.

Dans la région Horehronie, il existait une coutume qui agissait en prophétie d’accroissement du bétail. Dans un verre d’eau, on versait juste une goutte de lait de la traite matinale. Si la goutte de lait descendait jusqu’au fond du verre, la vache aurait un veau.

Notes

3 En ce temps-là, les lessiveuses électriques n’existaient pas et pour préparer l’eau chaude de la lessive, on remplissait un chaudron placé au-dessus d’un feu de bois, d’un brasero…

4 Selon les anciennes coutumes slaves préchrétiennes il existait des interdictions de travaux féminins domestiques pour certains jours de la semaine.

5 Il ne pouvait s’agir que d’une « sorcière » car les femmes du village et des alentours connaissaient l’interdiction liée à la superstition.

Texte extrait de notre conférence : Les traditions de Noël en Slovaquie

Sources

Ľudová kultúra. Zuzana Beňušková. Kultúrne Krasý Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – Ottovo Nakladatelstvi, 2009

Z ľudovej kultúry Turca. Eva Pančuhová, Zora Mintalová a kolektiv. Matica slovenská. 2004

La légende dorée. Jacques de Voragine. Ed GF Flammarion. 1967

Le culte des saints catholiques en Europe centrale et orientale. Jean-Pierre Irali. Ed. Romaines. 2011

Reconnaître les saints. Symboles et attributs. B. Des Graviers et T. Jacomet. Ed. Massin. 2006

Le monde mythologique russe. Lise Gruel-Apert. Ed. Imago. 2014

Une autre Russie. Fêtes et rites traditionnels du peuple russe. Nadia Stangé-Zhirovova. Ed. Peeters.1998

http://www.rtvs.sk/televizia/archiv/9185/87823 (Folklore slovaque, durée 1h14)