La vénération de saint Georges dans la culture populaire slovaque

Alice Hura – Charles Bugan

Les Slovaques, comme d’autres peuples slaves et européens, célébrant la Saint-Georges. Cette fête est liée à l’accueil du printemps du culte rendu au feu purificateur et du soleil des anciennes divinités slaves.

Malgré la lutte acharnée de l’Église contre les vestiges des rites païens slaves, la vénération préchrétienne des forces de la nature continua dans les campagnes slovaques et ne disparaîtra qu’aux environs des années 50 du 20e siècle.

La figure de saint Georges, dans la mythologie chrétienne, retient surtout un cavalier sur son cheval blanc et qui pourfend un dragon. Il est fêté au printemps, le 24 avril.
Il est le saint patron des paysans, mineurs, selliers, maréchal-forgerons, tonneliers, voyageurs, orphelins, soldats, cavaliers et du bétail (chevaux et bestiaux). La légende du martyre de saint Georges s’est répandue dès le XIIe siècle.
Il est le saint patron de l’Angleterre et de l’ordre Teutonique.
Il fait partie des quatorze saints auxiliateurs et est invoqué contre les maux de tête, les maladies contagieuses et dartreuses.

Dans la tradition populaire slovaque, il était lié au début du printemps, à l’agriculture et, surtout, à la première sortie du bétail vers les pâturages. C’est un tournant entre l’hiver et l’été, et ce jour était lié à de nombreuses pratiques magiques, rituelles et imaginations populaires.

Cependant, les jours avant la fête de la Saint-Georges sont marqués comme défavorables, comme certains dictions slovaques le montre : un grondement de tonnerre avant cette fête signifie une année de récolte déficitaire, ou encore, jusqu’au jour de la Saint-Georges, rien ne pousse si on le tire avec la force de pince de fer mais après cette fête ″tout pousse fortement même si on le bat avec un marteau″. Mais la Saint-Georges est la figure d’accueil du printemps, c’est lui qui ouvre la terre pour l’année agricole : saint Georges viendra ouvrir le champ ou saint Georges se réveille pour ouvrir avec une clef la terre ; quand saint Georges arrive, il apporte l’été.

Certains animaux visibles et des plantes trouvées avant la Saint-Georges avaient une puissance magique. C’est le cas du trèfle à quatre feuilles, du Tussilage aussi appelé pas d’âne, du Populage des marais ou Caltha des marais ou encore Souci d’eau, du serpent, de la grenouille et du lézard. Tous avaient une vertu bénéfique qui se liait aussi à la magie de l’amour et du mariage, le mariage étant un sujet de prédilection pour les jeunes filles. Par exemple, voir un serpent avant la Saint Georges avait une importance spéciale dans la croyance populaire, il était considéré comme un gardien de trésor. Le trèfle à quatre feuilles apportait le bonheur s’il était cueilli avec les dents par un homme.

Le bétail

La première sortie du bétail au pâturage était le début officiel de la sortie commun du bétail au printemps après l’hiver et il était célébré avec solennité.

C’était surtout le cas pour les bergers de montagnes. Cette première sortie de troupeaux de moutons vers les bergeries éloignées signifiaient un changement des manières de leur vie dans les montagnes. C’était aussi le jour de la première sortie du bétail et cela recouvrait des traditions ancestrales liées avec de nombreuses pratiques de magie blanche devant assurer la prospérité et la fécondité du bétail.
Quelques exemples : pour l’élimination des forces néfastes, pour que les sorcières ne tètent pas le lait de vaches, le berger devait assurer son séjour avec le troupeau de vaches hors du village par un feu et d’autres rituels magiques. Pour cela, il recourait à un vieux rituel magique de protection de troupeaux contre les malheurs et il devait encenser le bétail ou déposer une chaîne en fer le long du chemin parcouru par le bétail, le but était d’assurer cohésion du troupeau et ne pas avoir des animaux éparpillés. On retrouve ce symbole de la chaîne dans le rituel de la Noël, sous la table du repas, pour l’union de la famille.

Le même rituel prophylactique était utilisé par les bergers dans les montagnes slovaques. C’est ainsi que chaque année, quand le berger montait avec son troupeau de brebis vers la bergerie de montagne, il devait assurer son troupeau de brebis par un rituel archaïque du feu vivant et un encensement purifiant. Le chef berger, le bača, passait trois fois autour de la bergerie et enfumait les brebis avec une fumée sortie d’un récipient en bois rempli de charbons ardents dans lequel se consumaient des herbes, des restes de cierges de Pâques, des morceaux de bâtonnet de craie qui avait servi à l’écriture des lettres des initiales des noms des Rois mages au-dessus de la porte des habitations, de la myrrhe (utilisée pour l’encens dans l’église). Puis, ce récipient était enterré à proximité de la cabane du berger et l’endroit était marqué à l’aide d’un tuteur en bois comportant un trou dans lequel on introduisait des plantes médicinales.

Les réjouissances de la jeunesse du village la nuit de la Saint-Georges

C’est une démonstration de joie, une pétulance printanière des jeunes gaillards, les jeunes hommes du village. Il représente un symbole printanier, incarné au masculin, amant de la Terre.

Une croyance veut que saint Georges marche dans le champ et fasse naître le blé. La semaine ou 10 jours après Pâques étaient des jours de sorcières, et pour les contrer, à la nuit ou à la veille de la fête de Saint-Georges, on allume un grand feu et les jeunes hommes du village sautaient par-dessus. Cette coutume va persister jusqu’au premier tiers du 20e siècle.

Mais aussi, la nuit de la Saint-Georges, les garçons du village déplaçaient les outils et objets agricoles, ils les démontaient et allaient les placer sur les toits des granges ou dans des hauteurs (arbres par ex). Cette activité espiègle était une persistance archaïque de l’idée de se protéger contre les forces maléfiques de sorcières. Autre exemple, les dents de fer des outils coupants agricoles étaient placés devant les granges et avaient une fonction de défense contre les sorcières, elles pouvaient se blesser. Ce qui pouvait permettre, le lendemain, de découvrir les ensorceleuses du village ! Cet humour et cette activité ludique des garçons étaient toléré par la commune.

Pour assurer une belle moisson, au jour de Saint Georges la jeunesse se roulent sur les pousses de blé d’hiver au champ.

Les jeux de divination traditionnels des jeunes filles

Le jour de la Saint-Georges, les jeunes filles du village chantent des chants rituels mais surtout des chants d’amour et elles tressent des couronnes de verdure ou de fleurs pour s’assurer d’un bon mariage. La couronne était jetée par la jeune fille sur certains arbres de la forêt et si la couronne restait suspendue, elle serait mariée avant la fin de l’année. Par contre si la couronne retombait par terre, la jeune fille allait rester célibataire. Pour remplir son désir à se marier avec son amoureux, la jeune fille tressait une couronne avec neuf branches de verdure avant le levé du soleil le jour de la Saint-Georges tout en prononçant des formules magiques.

L’appel du soleil par des enfants

En ce jour de Saint-Georges, dans les près et pâturages, les enfants se divertissaient en célébrant l’arrivé du printemps et du soleil par des jeux. Ces jeux rappellent l’appel du printemps des rites archaïques slaves. De nos jours, ces jeux enfantins passent par une modification stylisée et sont intégrés par les groupes folkloriques.

La tradition de la vénération de la Saint-Georges a été très intense dans les régions de la Slovaque méridionale et occidentale.

De nos jours, se sont les groupes folkloriques en Slovaquie qui assurent la mémoire des coutumes populaires.

Les représentations de saint Georges

Dans l’église Saint-Jacques de la ville de Levoča, on peut voir la statue équestre de saint Georges terrassant le dragon dont Maître Pavol (* vers 1470 – † vers 1542) serait l’auteur (une copie, plus accessible, se trouve dans le musée Dom Majstra Pavla à Levoča.

Vénéré aussi bien à l’occident qu’à l’orient, on retrouve de nombreuses icônes orthodoxes et gréco-catholiques ainsi que des représentations du saint dans l’art de l’Église catholique.

Pour terminer, signalons qu’en Belgique, le dimanche de la Trinité, lors de la ″Ducasse de Mons″ se déroule sur la Grand place, le combat du Lumeçon, le combat de saint Georges contre le dragon. C’est l’occasion de grandes réjouissances dans cette ville du Hainaut.

Sources

Encyklopedia ľudovej kultúry Slovenska 1 – 2. Ed. VEDA Slovenskej akademie vied. 1995

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

Une autre Russie. Fêtes et rites traditionnels du peuple russe. Nadia Stangé-Zhirovova. Ed. Peeters.1998

De la paysanne à la tsarine. La Russie traditionnelle côté femmes. Lise Gruel-Apert. Ed. Imago. 2007

Le monde mythologique russe. Lise Gruel-Apert. Ed. Imago. 2014

Petit dictionnaire de mythologie populaire roumaine. Ion Talos. Ed. Ellug, Université Stehdhal Grenoble. 2002

Le culte des saints catholiques en Europe centrale et orientale. Jean-Pierre Irali. Ed. Romaines. 2011

La légende dorée. Jacques de Voragine. Ed GF Flammarion. 1967

Saints guérisseurs de Wallonie et Ardennes. Daniel-Charles Luytens. Ed. Noir dessin production. 2003

Reconnaître les saints. Symboles et attributs. B. Des Graviers et T. Jacomet. Ed. Massin. 2006

Le carnaval 2020 à Ružomberok

Alice Hura – Charles Bugan

Ce lundi 24 février était le jour du défilé du cortège masqué de carnaval à Ružomberok. Emmenés par le Folklórny súbor Liptov de Ružomberok, les participants ont défilés dans les rues de la ville accompagnés de musique.

Dans le groupe, on retrouvait la présence de divers personnages déguisés comme l’ours, le cheval-jupon, la tsigane, le militaire, l’homme-femme dans sa double nature et surtout du Chriapa, animal fantastique qui précède le cortège. La particularité de ce Chriapa est d’avoir une mâchoire inférieure mobile qui lui permet, en la claquant contre la partie supérieure, de se signaler aux distraits, créant ainsi un effet de surprise. A la fin du cortège, il est symboliquement emporté par des hommes.

L’ours étant aussi associé au monde souterrain et la vie terrestre, le monde des morts et celui des vivants. Il est aussi le symbole de fécondité et du renouveau de la nature.

La présente de ces personnages symbolise l’ancienne croyance qu’ils étaient de bons intermédiaires entre le monde du bas et le monde d’en haut.

Dans le calendrier populaire slovaque, la période du carnaval est la deuxième partie de l’hiver. Il est donc normal de retrouver dans les rituels d‘anciens actes à caractère magique pour le souhait de prospérité pour les mois qui vont suivre. Prospérité au point de vue des cultures mais aussi au point de vue de la bonne santé des Hommes et … du bétail.

Les différents groupes qui participaient en jouant de la musique, en chantant et en dansant venaient de Komjatná et de Liptovská Lúžna et, bien entendu, le Folklórny súbor Liptov de Ružomberok.

La suite se déroulait dans la salle de la Kultúrny dom – la Maison de la culture, où s’est tenu la représentation de Pochovanie basy – l’enterrement de la contrebasse, qui clôturait les festivités du carnaval.

Pochovávanie basy

Le carnaval du Mardi-gras précède le Mercredi des Cendres, premier jour du carême qui va se terminer à Pâques et la journée va se terminer par la représentation de Pochovávanie basy. C’est le dernier moment fort du carnaval qui consiste en une mise en scène des funérailles d’une contrebasse, Pochovávanie basy, qui termine les festivités du mardi-gras peu avant minuit.

Il s’agit d’une parodie d’enterrement où le défunt est représenté par une contrebasse. Le défunt est précédé par un acteur dans le rôle du prêtre qui, accompagné par des enfants de chœur, en tête du cortège funèbre, asperge généreusement ″d’eau bénite″ les spectateurs. L’assistance en habits de deuil va venir gémir, en sanglotant, sur le corps du défunt pendant que le ″prêtre″ lit l’oraison funèbre. C’est la fin des jours gras, demain commence le carême.

http://www.fs-liptov.sk/

Cortège de carnaval à Hrboltová

Charles Bugan

La marche du carnaval dans les villages telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui dans les régions du Nord de la Slovaquie, porte le nom de Bursa – Fašiangova bursa.
Il s’agit d‘un cortège joyeux de mascarade dansant et les participants y chantent des formules de souhaits de bonheur et collectent des aliments auprès des villageois dans un panier (œufs, saucisses, lard, beignets frits) qu’ils se partageront ensuite lors du repas de carnaval.

Dans le petit village de Hrboltová, ce samedi 8 février était le jour du cortège carnavalesque. On y retrouvait des personnages masqués de la tradition, comme l’ours, des jeunes en costumes traditionnels qui déambulaient en musique dans le village tout en chantant et racontant des blagues dans le but d’apporter du bonheur et de la joie et au point d’arrêt une dégustation de vin chaud et de délicieuses pâtisseries typiques comme les šišky, fanky, pampúchy, un véritable régal – miam.

Quelques photos de ce bon moment sous le soleil

Fašiangy – le Carnaval rural en Slovaquie

Alice Hura – Charles Bugan

Le carnaval semble être un reste des fêtes populaires ancestrales telles que les Bacchanales, les Lupercales, les Saturnales, la Fêtes des Fous…
Le carnaval avait lieu naguère le lendemain de la fête des Rois (6 janvier) et pouvait se prolonger jusqu’au mercredi des Cendres (après le dimanche de Quinquagésime). Il s’achevait donc sur les Jours Gras dont le point culminant était la cavalcade du Mardi-Gras.
En Slovaquie, il fait partie du cycle saisonnier et annonce la période de l’avant printemps, du réveil de la nature. C’est aussi une période festive qui permet des excentricités et qui s’achève par un repas symbolique autour de l’abattage d’un porc.

L’étymologie du mot fašiangy

En Slovaquie, cette période est déjà connue depuis le Moyen Age sous l‘appellation Fašiangy. L’étymologie du mot faschang est une ancienne appellation d’origine allemande ou d’un patois allemand. Selon certaine source, le mot vast-schanc désigne un débit de boissons avant le carême ou fastnacht – fast-nacht qui désigne la nuit avant le carême. Ce mot sera dénaturé ou plus probablement ʺslaviséʺ dans la langue slovaque.

En Slovaquie, nous trouvons aussi une autre ancienne appellation – Masopust – qui est le mot slave utilisé pour désigner la période du carnaval. Il est à noter que ce terme est toujours utilisé de nos jours dans certaines régions de l’ouest de la Slovaquie, dans la région de Moravie et en Tchèquie.

Il est très probable que sur le territoire slovaque, au Haut Moyen Age, vers le IXe siècle (9. storočia), les mots Masopust, Mjesopust, Mjasnica étaient utilisés pour désigner la période carnavalesque mais que la colonisation allemande qui va succéder aux invasions Tartares, va introduire l‘appellation d’origine germanique – fašiangy.

Traditions du carnaval

Dans le calendrier populaire slovaque, la période du carnaval est la deuxième partie de l’hiver. Il est donc normal de retrouver dans les rituels d‘anciens actes à caractère magique pour le souhait de prospérité pour les mois qui vont suivre. Prospérité au point de vue des cultures mais aussi au point de vue de la bonne santé des Hommes et, bien entendu, du bétail.

Le repas traditionnel est donc la représentation de ce souhait de prospérité, comme à Noël. Le menu sera composé essentiellement de pâtes, des nouilles longues qui sont cuites le jour du 25 janvier (c’est le jour de la conversion de saint Paul), à la Chandeleur, le 2 février et puis en dernier, lors de la période du carnaval.

D‘autres anciennes traditions slovaques consistent à pratiquer la ʺglisseʺ en luge sur la neige (cela fait partie du rituel de la période), de danser des danses populaires accompagnées de bonds en hauteur dans le but d’influencer, dans le bon sens, une bonne récolte des plantes textiles, lin et chanvre.

A la maison, la période du carnaval était une étape dans le travail ménager. Jadis, c’etait le temps du filage à la main, mais aujourd’hui, évolution de la société, c’est le temps de l’abattage d’un porc et les fêtes s’organisent ensuite autour de la dégustation de charcuterie, de gratons ou de boudin.

C’est aussi le temps de mariage traditionnel et des activités de préparation des jeunes villageoises en vue de leur mariage. Les femmes des villages vont aussi organiser des réunions dansantes à la maison, activité plus rare dans la région du nord-est de la Slovaquie, où les jeunes femmes mariées préfèrent se réunir et danser dans une taverne.

Enfin, c‘est le temps de cortèges masqués accompagnés de musique qui vont déambuler dans les rues du village et qui vont récolter des aliments dans leurs paniers, œufs, saucisses, lard, beignets frits seront le butin de cette collecte afin de festoyer et danser ensemble dans l’auberge locale, en principe, le jour du carnaval avant le Mercredi des cendres.

Selon des ethnographes, les masques de carnaval plus archaïques sont les masques zoomorphes, symbolisant des animaux. C’est ainsi qu’en Slovaquie nous observons la présence d’animaux comme le taureau ou l’auroch sous le masque du Turoň, de la chèvre, de l’ours et du cheval. Nous reviendrons avec un article consacré à ces masques et à leur symbolisme.

Hélas, aujourd’hui, le carnaval est beaucoup plus modeste qu’autrefois, les jeunes de la ville le fête le plus souvent en discothèque et les adultes au bal ou en rencontre avec des amis.

Cependant, dans toutes les écoles maternelles, dans de nombreuses écoles primaires et même aux collèges, les élèves, avec l’aide des parents, organisent des bals masqués accompagnés parfois de concours.

Traditions et interdictions

Traditionnellement, dans les derniers jours de Carnaval, il est d’usage, surtout dans les villes et villages touristiques ainsi que dans les régions des montagnes, que les jeunes de groupes folkloriques habillés en costumes traditionnelles ou déguisés et portant un masque organisent des spectacles dans les rues avec des plaisanteries, des blagues dans le but d’apporter du bonheur et la joie.

Entre tradition et interdictions

Jadis, des interdictions en cette période de carnaval étaient établies dans les régions sous majorité de la religion protestante. C’est ainsi qu’une des plus vieilles interdictions qui date de 1585, stipulait dans les articles d’ordres des protestants de la ville de Muraň, dans la région de Gemer, qu’il était interdit d‘utiliser des masques, de se maquiller, de se déguiser avec de vieux manteaux de fourrure et de commettre des extravagances et loufoquerie avec des masques de carnaval.

La marche du carnaval dans les villages – Fašiangové obchôdzky

La marche du carnaval dans les villages est pratiquée aujourd’hui dans les régions du Nord de la Slovaquie sous l‘appellation de cortège carnavalesque Bursa – Fašiangova bursa. Il s’agit d‘un cortège joyeux de mascarade dansant et déambulant dans les rues, où les participants chantent des formules de souhaits de bonheur et collectent des aliments auprès des villageois dans un panier (œufs, saucisses, lard, beignets frits).

Le repas des jours du carnaval – Fašiangové jedlo

Comme nous l’avons dit plus haut, le temps du carnaval est le temps de l’abattage d’un porc et de la préparation de charcuteries. Des réunions festivent vont ensuite s’articuler autour de la dégustation de plats de viande de porc rôtie et fumée, de goulasch et de charcuterie – boudins, saucisses fumées, jambon fumé, lardons fumés, lard, fromage de tête de porc et tête de porc bouillie, chair à boudins, saindoux, langue fumée, rillettes, rillons de porc et les femmes prépareront les beignets frits traditionnels du carnaval.

On trouvera aussi de la pâtisserie frite, les beignets du carnaval šišky, fanky, pampúchy ou pampušiky, koblihy et des omelettes salées ou sucrées.

En accompagnement de ces différentes dégustations, le vin rouge chaud, l’alcool, la bière et les différents distillats traditionnels slovaques Medovina (Hydromel) et l’eau-de-vie chaude – Hriatô – sont toujours servis.

La journée se termine par l’enterrement de la contrebasse – Pochovávanie basy, une mise en scène des funérailles d’une contrebasse qui achève les festivités du mardi-gras.

Sources

Zborník Slovenského Národného Múzea
Slovenský Rok, Ratislava Stoličná-Mikolajová, Ed Vydavatel’stvo Matice Slovenskej
Lúdovej Kultury Slovenska, Mgr Kliment Ondrejka, Ed Mapa Slovakia

PS : Voir notre article suivant sur le cortège du village de Hrboltová de ce samedi 8 février 2020

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La veille du Nouvel an en Slovaquie

Alice Hura – Charles Bugan

Le jour de la Saint-Sylvestre jour du réveillon de l’an nouveau, est appelé Journée de Sylvestre dans la culture populaire slovaque.
Les coutumes traditionnelles pratiquées le jour de la Saint Sylvestre en Slovaquie ressemblent en majorité avec les coutumes de la Veille de Noël cependant, elles n’atteignent pas la même intensité ni la même ritualisation.

Les prophéties agraires et les superstitions

Dans la croyance populaire slovaque les prophéties agricoles étaient pratiquées le dernier jour de l’année, à la Saint-Sylvestre, pour assurer la bonne prospérité économique dans la ferme, la fertilité des champs et la fécondité du bétail. Par exemple un rite concernant l’étable bien peuplée de vaches et de brebis, était pratiqué dans le village de Ždiar dans les Tatras. Là, la maitresse de maison ficelait en faisceau des cuillères en bois afin d’assurer la subsistance du troupeau de bétail domestique.

Comme pendant les fêtes de Noël, on respectait de nombreuses superstitions fixées à ce jour : rien n’était prêté de la maison, et le non-respect de cette interdiction allait signifier une diminution des volailles.
De même que la visite d’une femme, tôt le matin, était mal perçue donc, si c’était possible les femmes restaient le matin de ce jour à la maison. Pour rompre cette malédiction il était pratiqué tôt le matin un cortège des vœux de polazníci composé de jeunes hommes qui circulaient de porte en porte aux maisons du village en souhaitant tout le bonheur. Leurs vœux protégeaient la maison.

D’autres coutumes :

Le maître de la maison essayait depuis le matin de casser la coquille d’une noix avec son majeur. S’il réussissait, cela devait apporter la paix et l’amour à la famille.

La maîtresse de maison, frottait avec de l’ail les portes de la maison et de l’étable pour empêcher l’entrée des puissances néfastes. Quant au maître de maison, il frottait la robe des chevaux avec la plus belle pomme pour qu’ils deviennent plus beaux.

Parfois, jadis, après le repas du réveillon, des noisettes et un morceau de pomme étaient jetés dans le puits pour assurer une eau de bonne qualité et la bonne santé.

Les vœux

Dans la région ethnographique de Zamagurie (nord de la région de Spiš) le cortège des garçons circulaient tôt le matin dans le village et ils offraient des bâtons de noisetier à chaque maison visitée.

Dans les régions de Liptov, de Spiš, de Horehronie et d’Orava, autrefois, la jeunesse attendait l’arrivée du Nouvel An dans une maison du village où se rassemblaient les fileuses pour travailler ensemble ou dans l’auberge du village.

Dans la région de Hont, les jeunes hommes chantaient les chants traditionnels sous les fenêtres des maisons du village.
Dans les environs de la ville de Rožňava, les garçons allaient chanter à minuit sur la tour de l’église.
Dans la région ethnographique de Kysuce, le cortège des polazníci circulaient de maison en maison dans le village.
Dans la région de la Haute Nitra, les filles jetaient sur les portes de maisons où habitaient les garçons des marmites en argile remplies de pommes et de noix. Ces marmites les filles les appelaient « nouvelles années ».

Les jeux déguisés et masqués Babinovanie et Kurinovanie

Babinovanie est un spectacle joué par un groupe déguisé et/ou masqué à la Saint-Silvestre dans les environs de la ville de Považská Bystrica (région de la vallée du Váh). Ce spectacle est enrichi par des éléments constitutifs d’un métier traditionnel de la région, pratiqué par un artisan le drotár qui pratique un artisanat particulier avec du fil de fer.

Dans la microrégion d’Uhrovská dolina (dans quelques localités autour du château-fort d’Uhrovec, dans le district de Bánovce nad Bebravou), on appelait le dernier jour de l’année « babí deň – jour de baba » et il y avait un cortège des vœux appelé babinovanie qui était une quête collective et la proclamation de souhaits de bonne année par les garçons du village. A la tête du cortège des dix ou vingt garçons, un accordéoniste avec un bailli des garçons, un autre portait un sac pour collecter les récompenses et selon la tradition, ils circulaient dans les rues du village et s’arrêtaient devant les maisons où ils chantaient d’abord un chant religieux. Après avoir été invité par le maître de maison ils entraient et continuaient en récitant des vers de souhaits de bonheur, de bonne santé, de fortune pour la nouvelle année. Ils obtenaient une récompense sous la forme de noix, de graines de blé, de pommes, de petits pois, de haricots secs, de prunes sèches et un peu d’argent.

Le « Kurinovanie » un rituel agraire ancestral

Le rituel de Kurinovanie est effectué par la tournée des kurine baby ou kuriny-babiny – appellation suivant la localité – qui constituent un groupe de garçons costumés et masqués en femmes et mené par un couple vêtu en paille, appelés kurine baby et accompagné parfois d’une vingtaine de participants qui sortent à la Saint-Sylvestre, et passaient de maison en maison dans le village. Leurs vœux étaient des gages de prospérité et étaient censés rendre féconde la volaille pour la prochaine année qui va commencer. Aujourd’hui, ces cortèges composés uniquement d’hommes sont considérés comme un simple aspect de la joie populaire, mais leur fondement le fait remonter à des croyances ancestrales.

Dans le milieu rural de la Slovaquie orientale, la tradition de kurinovanie était effectuée par le cortège des garçons déguisés en femmes Kurine baby. Ils prononçaient leurs vœux en quêtant et formulaient les souhaits selon la tradition. Le cortège était mené par deux garçons vêtus de costume féminin, l’un avait sur la tête un chapeau formant une couronne tressée de paille avec une sonnette, l’autre vêtu d’un manteau en fourrure ceinturé d’une corde de paille tressée et d’une jupe grossièrement façonnée en paille de blé. Quand le cortège de Kurine baby sortait dans les rues du village, il était déjà attendu par les maitresses de maisons car selon la coutume, chacune des maitresses de maisons attrapait une poignée de paille du déguisement porté par les Kurine baby du cortège, et tout de suite elles donnaient la paille à la couvée de poules, pour assurer que les poules pondent bien leurs œufs.

En Slovaquie septentrionale, la coutume d’un cortège similaire était enregistrée au début du 20e siècle, dans le village de Štiavnik près de Bytča (région de Žilina). Là, la coutume du cortège de garçons déguisés en femmes vêtus en paille était appelé Kuriny-bariny. Ils portaient des vêtements de paille de blé et allaient de maison en maison où ils exprimaient ensuite leurs vœux de fertilité et de fécondité pour l’année qui commence en récitant une formule drôle avec des jeux de mots populaires archaïques comme par exemple cette bienvenue à la nouvelle année : « Kuriny, bariny, babiny kury, dedove fúzy, baba mala fúzy, dedo mrňúsy. Odíde nám starý rok, a príde nám nový, vitajte ho, vitajte » formule intraduisible car utilisant de vieux mots de dialecte (1).

Dans la ville de Bytča, à la Saint-Silvestre, dernier jour de l’année, se perpétue la tradition des Kuriny-bariny. La jeunesse se rassemble le 31 décembre pour aller en mascarade, avec à la tête du cortège un couple déguisé composé d’un garçon déguisé en femme avec son visage caché sous une dentelle et tenant une poupée emmaillotée. Il est accompagné d’une fille déguisée en homme. Ce couple est entouré de personnages déguisés porteurs d’instruments de musique ou des imitations d’instruments de musique.

L’appellation dialectale « kurina baba » est dérivé des mots kura et baba au singulier : la poule – kura, la vieille – baba, et au pluriel les kurine-baby ou kuriny-babiny ce qui signifie les poules et les vieilles », représente une variante d’un calembour de mots populaires et est un élément souvent personnifié.

Le caractère magique du cortège déguisé apparait dans le but d’assurer non seulement que les poules pondent bien des œufs ou que la volaille se porte bien – la fécondité de la volaille – mais aussi de toute la prospérité agricole. Cette sorte de mascarade se déroule aussi avec d’autres masques anthropomorphes par exemple Dedo – le Papy, Baba – la Vieille ou Starý – le Vieux, appartenant à la représentation des masques plus anciens et des masques anthropomorphes authentiques des coutumes populaires slovaques. Ils trouvent leur origine dans l’ancien culte slave des ancêtres qui n’est pas le culte des morts, c’est le culte de la continuité de la vie et pour cela, ces masques réapparaîtront dans le rite des noces dans les traditions slovaques.

Le réveillon du jour de l’An

Le repas pour le dîner de la soirée de la Saint-Silvestre était presque le même que celui de la veille de Noël mais sans restrictions religieuses sur la viande qui étaient donc servie. La soupe traditionnelle de choucroute kapustnica avec saucisses ou viande de porc fumée et champignons des bois, était servie d’abord, puis suivait le repas de pâtes traditionnelles avec le pavot. Ces mets s’appellent les opekance en Slovaquie centrale et septentrionale, les bobalky en dialectes de la Slovaquie orientale et les pupáky en Slovaquie occidentale. Ce repas est accompagné de Medovina, une délicieuse boisson à base de miel, ressemblant à l’hydromel.

De nos jours, la tradition culinaire du repas du Réveillons du jour de l’An, est enrichie d’un menu type buffet froid où ne manquent pas la salade de pommes de terre classique, les cornets de jambon farcis de mousse au raifort, les sandwiches et canapés, les pâtisseries (cakes au chocolat, tartelettes, biscuits, petits gâteaux de pain d’épice, etc.), la petite pâtisserie salée et les boissons de toute sorte.

Autrefois, l’atmosphère de la soirée du dernier jour de l’année était illustrée par le bruit des claquements de fouets de bergers et par le tir d’accompagnement de coup de fusils par les garçons.

Dans les villages de la région de Hont, ce-soir-là, les hommes enflammaient des torches improvisées faites de fourches en fer et de chiffons et circulaient dans le village en entonnant des chants pour l’arrivée du Nouvel An.

En milieu urbain, la tradition du Bal de la Saint Silvestre se perpétue de même que le feu d’artifice annonçant l’arrivée de la Nouvel Année.

Texte extrait de notre conférence : Les traditions de Noël en Slovaquie

Note

1 Voici quand même un essai de traduction : « Kuriny ?, bariny ?, babiny kury ?, la moustache du vieux, la vieille à la moustache, dedo mrňúsy. La vieille année s’en va et arrive la nouvelle année, bienvenue, bienvenue ». Peut-être faut-il chercher dans d’autres traditions, nous pensons au carnaval. L’utilisation et l’origine de ces mots demeurent obscures.

Sitologie

https://www.drotaria.sk : pour l’artisanat de drotár (objet en fil de fer)

Sources

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009

Ľudová kultúra. Par Zuzana Beňušková. Kultúrne Krásy Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Z ľudovej kultúry Turca. Eva Pančuhová, Zora Mintalová a kolektiv. Matica slovenská. 2004

Rites et coutumes de Noël en Slovaquie

Alice Hura – Charles Bugan

La Noël trouve son origine bien avant l’époque chrétienne. En Europe centrale, les anciens Germains, Slaves et Celtes fêtaient le solstice d’hiver, c’est-à-dire, le retour de la lumière.
Aujourd’hui, la fête de Noël est une synthèse des éléments du paganisme de la fête solsticiale, avec le culte du soleil, et de la fête de la nativité des chrétiens.

Cela signifie concrètement que la magie et les rituels de paganisme de ces temps anciens subsistent encore dans les traditions et les coutumes des villages slovaques.

Ordres et interdiction

Dans ces traditions et coutumes, nous trouvons, ce que l’on peut appeler les ordres et les interdictions.

Commençons par les ordres : à partir du solstice et jusqu’à la fête du nouvel an, les jours sont, en principe, irrationnels, mais, sous l’aspect pratique, ils sont positifs. La maisonnée en fête doit être pure, de même que les bâtiments annexes (étables, granges…). Les femmes, lors de la semaine qui précède la Noël, doivent rendre les objets prêtés, laver tout le linge, rendre tout plus pur et préparer le lieu pour l’arrivée des fêtes.

Passons au rayon interdiction : si, dans la maison, est suspendu un manteau de fourrure les jours de Noël, le bétail va périr dans l’année. Si, par contre, des vêtements sont suspendus, c’est le propriétaire qui va mourir dans l’année.

Autre interdiction : l’interdiction « magique » pour les femmes de travailler – filer, coudre, tisser, laver du linge – les jours de Noël. Ces jours sont, pour les femmes, jours de repos… sans reproche de paresse.

Quant aux hommes, ils ne peuvent pas travailler – couper du bois, pratiquer le travail avec le bétail…. Cela signifie donc que les travaux devaient être effectués plusieurs jours auparavant.

Le 24 décembre, veille de Noël, est le jour appelé Štedrý deň, mais en fait il a, en Slovaquie, plusieurs appellations.

Ces appellations trouvent leur origine avant la période chrétienne. Le « Štedry deň » ou « Štedrý večer », que l’on peut traduire en français par le « jour d’abondance » ou « jour de profit » ou encore « jour large », dans le sens généreux. C’est l’appellation la plus répandue et la plus ancienne. Il s’agit très probablement de la réminiscence de la fête solsticiale et du riche festin païen qui l’accompagnait.

Mais, dans certains régions slovaques, ce jour est appelé « Kračun », ancienne appellation de la « Soirée étoilée (constellée) ». On a aussi une appellation mais moins utilisée, qui est « Vilija ou vigilija » venant du latin « vigilia » – veille. (1)

Dans des villages majoritairement protestants du centre de la Slovaquie, nous trouvons encore comme appellation pour le 24 décembre, l’ancien nom « Dohviezdny večer » – le soir de l’étoile.

La veille de Noël concentre beaucoup de traditions : l’assurance de la prospérité, la santé et la fortune pour la prochaine année.

Le riche festin d’abord, il symbolise la richesse pour la prochaine étape de la vie et la religion chrétienne a accompli beaucoup d’effort pour supprimer ces fêtes païennes, en commençant par le jeûne du 24 décembre. En effet, ce 24 décembre, seul la viande de poisson peut être consommée le soir lorsqu’apparaît la lumière de la première étoile.

Cependant, suivant les différentes confessions, la composition du repas de Noël est différente.

C’est ainsi que, dans les familles catholiques, on respecte le jeûne et l’on fait abstinence de viande. Mais manger du poisson est toléré le soir lorsqu’apparaît la lumière de la première étoile. Il y a aussi la soupe de Noël, la « Vianočnà kapustnica », soupe de choucroute de Noël – sans viande – mais qui peut être accompagnée de morceaux de poissons fumés. Un exemple, à Vlkolinec, vous avez de la soupe aux petits pois avec des morceaux de truite fumée.

Pour les familles protestantes, il est de coutume de dîner la veille de Noël avec de la viande de porc, la « tlačenka », le fromage de tête (tête pressée) ou la « Vianočnà kapustnica » la soupe de choucroute de Noël aux saucisses fumées.

Mais, quelque soit l’obédience, en aucune façon, au dîner de Noël, on ne peut manger de la viande de volaille (2) « mäso spod peria » – viande de dessous les plumes – car la propriété, les biens, l’argent pourraient « s’envoler » comme les plumes s’envolent quand on souffle dessus.

Revenons aux catholiques pour signaler qu’ils mangeront la viande seulement après minuit, ou plus exactement, après la messe de minuit. Ils ont simplement déplacé le riche dîner païen. On appelle cet instant « obžerstvo » que l’on peut traduire en français par, « manger gras » ou « se goinfrer », c’est-à-dire que l’on mange à satiété.

Pour les boissons, on consommera du vin, de l’eau-de-vie. A l’apéritif, on dégustera la « hriate », la vodka chaude (spécialité slovaque) et aussi la « medovina » chaude ou froide.

Les fruits, frais ou séchés, occupent aussi une place marquante sur la table de Noël.

Les décorations du sapin de Noël

Au IXXe siècle, va se propager un nouvel attribut venu d’Allemagne, il s’agit de la présence et de la décoration du sapin de Noël avec des boules en verre.

Le changement, par rapport à la tradition slave, est que le sapin est posé sur le sol ou sur un support, tête en l’air. Chez les slaves, il pend au plafond de la maison et est placé au-dessus de la table. C’est un petit sapin, naturel ou fabriqué en bois, de plus ou moins 1 m, et la table est considérée comme « magique », c’est un endroit protégé. (3)

A ce « sapin », on y accroche des pommes rouges, des rubans de diverses couleurs, des biscuits ou des sucreries emballées dans des papiers multicolores.

On trouve aussi dans chaque maison des rameaux d’arbres verts (conifères), et dans certaines régions, on trouve une couronne de paille suspendue au plafond au-dessus de la table.

L’effet magique du repas de la veille de Noël

En Slovaquie, on attache une grande importance pour la préparation des plats de Noël. Chaque repas est particulier et symbolise le souhait d’abondance.

La magie numérique du repas épouse le principe de vivre dans l’abondance, en grand nombre, des quantités de produits agricoles.

Les produits typiques en grand nombre sont les grains de pavot, les lentilles ou les petits pois, pour avoir beaucoup d’argent.

Le pain aux fines herbes pour la santé et la prospérité de la famille.

Le menu de Noël se prépare avec sept ou neuf plats, chaque membre de la famille devant goûter trois cuillerées ou gorgées du plat afin de connaître l’abondance de repas toute l’année, … avec, en plus, une assiette vide sur la table du repas de Noël. Cette assiette vide est destinée au retour des âmes mortes !

Car si de nos jours il est parfois d’usage que le 24 décembre on dispose une assiette supplémentaire sur la table du repas de Noël pour un visiteur fortuit, l’usage ancien signifie lui que l’assiette supplémentaire était réservée aux esprits des ancêtres ou de la divinité domestique – le domovoï – le génie tutélaire de la maison des anciens slaves. (4)

Autrefois, les anciens croyaient à l’existence du retour sur terre des esprits des ancêtres au temps de Noël. Les gens avaient, dès lors, l’obligation de pourvoir aux besoins des âmes de ses morts, de ses ancêtres. Aussi ils croient que les âmes des morts sont, dès leur retour, à égalité et ont les mêmes besoins que les vivants. C’est donc pour cela que dans l’assiette de cet esprit, on place une cuillerée de chaque plat de Noël.

La tradition fait aussi que l’on porte un repas dans le grenier ou que l’on lance des noix dans le coin de la chambre ou des petits pois vers les murs de la chambre, cela symbolise la récompense pour l’esprit de la maison.

Cet esprit de l’ancêtre est une aide essentielle pour le futur de la vie de la famille. Enfin, la prière pour les âmes des ancêtres est aussi un élément du rituel pour le souvenir des anciens.

Le repas s’accomplit à la table et il n’est pas question de la quitter pour laver la vaisselle ou vaquer à une occupation domestique. A la fin du repas, on époussette juste les miettes, quant aux restes de nourriture, ils restent sur la table et seront mangés le lendemain – ce qui permet aux « esprits » bons ou mauvais, de se restaurer la nuit.

Il est aussi d’usage que les miettes, les restes du dîner de Noël soient offerts le lendemain aux domestiques et/ou aux animaux domestiques afin qu’ils aient une bonne santé.

Garniture de la table

La garniture de la table fait partie des principes protecteurs et de l’abondance. C’est ainsi que l’on trouvera sur et sous la table divers éléments.

Sur la table, on dispose une bougie, du miel, de l’ail, de l’oignon, du persil, du raifort, des fleurs de noisetier. Ces éléments symbolisent les défenses contre la magie noire. Le miel pour le bien, l’ail et le rameau vert pour la santé.

Sous la table, on trouve un autre moyen efficace de magie blanche, il s’agit d’une chaîne de fer. Elle entoure les pieds de la table où se trouve le repas de Noël. Cette chaîne symbolise la défense contre la désorganisation de la famille.

Une hache ou une bêche ou d’autres ustensiles des champs en fer, sont placés sous la table de Noël, sur un lit de paille, symbolisant la prospérité et le bon travail des paysans pour l’année à venir, mais aussi un souhait de bonne santé pour tous ceux qui sont assis à la table.

Les oracles de Noël

Si, dans une pomme coupée à moitié, on aperçoit les pépins en forme d’étoile, cela signifie la fortune, mais s’ils sont en forme de croix, cela signifie la maladie ou la mort.

Un oracle d’amour, pour les jeunes filles, consiste à disposer une petite bougie allumée dans deux demi-coquilles de noix vides et de les déposer dans un récipient contenant de l’eau. Si les deux coquilles se rejoignent, il y aura mariage, si non, ce sera le célibat encore pour un an.

Autre oracle pour le mariage, dans certaines familles, les filles, après le dîner de Noël, se tiennent debout, dos à la porte et lancent une chaussure derrière elles. Lorsque la chaussure est tombée, elle se retourne et regarde, si la pointe est dirigée vers elles, ce sera le mariage dans l’année, par contre, si c’est le talon, ce sera encore le célibat pour un an.

Oracle néfaste : si l’inclinaison de la flamme de la bougie posée au centre de la table du repas de Noël se dirige vers quelqu’un, il sera le premier à mourir dans la famille

Oracle favorable : une poignée de grains de blé, de lentilles, de petits pois, de pavot posée sur la table symbolise l’abondance agricole

Trois écailles de poisson ou de l’argent sous la nappe, symbolise l’abondance d’argent tout l’année (et il ne faut pas être pingre car plus on dépose d’argent plus on en aura …).

Tout objet placé à l’extérieur cette nuit était béni. On déposait des pièces de monnaies à l’extérieur, généralement sur l’appui de fenêtre. De la sorte, leur propriétaire ne manquera pas d’argent toute l’année.

Le menu traditionnel de la veille de Noël

Le dîner de Noël procède d’un rituel ancien et stable. La quantité du menu est de sept ou neuf plats.

1 La soupe – polievka (elle varie selon la région)

2 Des pâtes – cestoviny, halušky

3 Pâtisserie – gâteaux – pečivo – koláč

4 Les gaufres, en forme de grande hostie – oblatky, avec ail et miel

5 Les fruits – ovocie, noix, noisettes, pommes, fruits secs…

6 La viande – mäso selon le rite religieux

7 Les boissons – napoje, alcools, vins, jus pour les enfants
La table est dressée avec une nappe de fête et garnie des riches plats de Noël.

La tradition veut que la table soit garnie de tous les éléments du repas de Noël, de l’apéritif au dessert car, comme déjà dit précédemment, il est « mauvais » de quitter la table.
Le repas commence dès l’apparition de la première étoile (vers 18 – 19h00).

Le plat principal, dans toute la Slovaquie, c’est la soupe de Noël. Elle varie suivant les régions, là vous aurez une vianočna kapustnica de la région de Liptov (soupe de Noël à la choucroute avec de la saucisse et des bolets séchés).

Dans la région de Zahorie, vous aurez la soupe à la choucroute et lentilles ou haricots. Dans d’autres régions, ce sera une soupe de légumineuses (lentilles, haricots, petits pois) avec des bolets séchés et des fruits secs séchés (pruneaux…).

Vous pourrez aussi déguster la très archaïque soupe de céréales, le kysel, composée de grains de blé et de farine et au goût acidulé. Pour la région frontière avec la Hongrie ce sera une soupe de poisson.

Si pour le réveillon de Noël, on prépare dans presque toutes les familles slovaques la « soupe à la choucroute », de nos jours on peut aussi avoir du poisson frit avec une salade de pommes de terre – ce que nous appelons une salade russe – qui remplace le poisson fumé du temps jadis.

Le deuxième mets traditionnel de Noël, consiste en un plat varié de produits « farineux » comme les pâtes alimentaires, des halušky – gnocchis, des pâtons saupoudrés de pavot et/ou de sucre ou les « pirohy – pyrôžky » fourrés au pavot sucré.

En Slovaquie, il est aussi typique pour le repas de Noël d’avoir un dessert sucré garni de graines de pavot, l’opekance, suivant la région de Slovaquie,  (Bobalky dans la Slovaquie orientale), ce dessert peut avoir diverses appellations. C’est le repas de pâtes (gâteaux) cuites au four.

La plus ancienne forme de gâteau de Noël est la galette appelée kračun. Il est, à l’origine, préparé en forme de galette sans levure avec au centre un trou pour y déposer du miel. Ce miel est mélangé avec des graines, des légumineuses, afin d’assurer une bonne moisson pour la prochaine année, et aussi avec de l’ail et/ou du persil, qui sont les symboles de santé et une sécurité contre la magie noire, les mauvais esprits.

Si aujourd’hui, les gaufres sont une nouvelle forme de la galette de Noël et si elles ne sont pas toujours préparées à la maison, mais achetées au magasin, la tradition persiste néanmoins et l’on mange ces gaufres de Noël avec le miel et l’ail.

Les gaufres de Noël, les Oblatky sont aussi de la fête.

Jadis, plusieurs semaines avant la Noël, les galettes étaient préparées par l’instituteur de l’école du village ou de la ville. Les jours qui précèdent la Noël, il les distribuait aux élèves pour le panier de la maison.

D’autres pâtisseries de noël existent. Elles sont très variables suivant les régions et ont plusieurs appellations. Il y a la tarte Strudel, le gâteau en forme de tresses – Vianočka, les gâteaux en formes d’animaux, de bétail ou d’oiseaux (plus particulièrement dans les régions de l’est de la Slovaquie) ou encore les Medové koláčiky (ou medovník ou medovníčky), les gâteaux de pain d’épice en forme de figures du bétail domestique ou de symboles de Noêl.

Les femmes cuisent toujours au four le Štedrak, gâteau très populaire et gâteau de tradition qui représente le gâteau de la largesse. Il s’agit d’une pâte au levain avec cinq feuilles et quatre farces (5 + 4 = 9). On y retrouve une farce composée de confiture de prunes, une de pâte de noix, une de pâte de pavot et une de pâte de fromage blanc, le tout symbolisant le souhait de prospérité.

Le folklore, le chant et le spectacle

Pendant cette période, nous avons les chants sous la forme de la koleda. (5)

Après le dîner de Noël, les jeunes hommes se réunissent, ils déambulent dans le village et ils chantent sous les fenêtres des maisons. Ces chants comprennent les souhaits de santé et de prospérité pour la nouvelle année qui vient. De nos jours, la koleda est souvent mixte et les chants comprennent aussi des chants chrétiens.

Pour recevoir la visite du groupe de chanteurs de la koleda, le propriétaire prépare des gâteaux.

Le spectacle « Jeu de Bethlehem » (Bethléem)

Jadis très populaire, la tradition du « Jeu de Bethléem ». C’est un spectacle d’origine religieux du Moyen Age, avec comme sujet, la naissance de Jésus à Bethléem. Mais, en Slovaquie, ce spectacle est enrichi de beaucoup d’humour spécifique au peuple.

C’est un jeu de groupe, pour cinq personnages : des garçons ou des bergers.

La principale structure pour ce jeu est le rôle du berger en chef, Bača et un trio de bergers qui s’appellent Kubo, Stacho et Fédor et, comme cinquième personnage, un ange qui porte une petite crèche de Bethléem ou une maison ou encore une église.

Le Jeu de Bethléem se déplace dans tout le village et le groupe joue et chante dans chaque maison. Le propriétaire prépare des gâteaux ou une récompense.

Kubo est un homme pas très propre, jovial, un peu « benêt » revêtu d’une veste de mouton à l’envers, personnage mi-homme mi animal (le chien du berger).

A un moment de leur danse, Bača, Stacho et Fedor vont former un triangle, tenant leur bâton à bout de bras et Kubo se trouve au centre, sous la protection des bâtons des bergers.

N’oublions pas qu’auparavant c’était une période où les bergers n’avaient pas de travail et cette « représentation » riche en humour populaire – la télé n’existait pas – leur rapportait quelques nourritures – fruits secs, viande gâteaux – ainsi qu’un peu d’argent.

Le Jour de Noël, le 25 décembre

C’est un jour de congé. On célèbre la fête de la nativité de Jésus, les familles se souhaitent bonheur et bonne santé et la koleda chante les cantiques de Noël.

Jadis, le matin, un membre de la famille apportait de l’eau fraîche du ruisseau. On y trempait un rameau d’arbre où les perles des gouttes d’eau représentaient les membres (en nombre) de la famille. Ce rameau était déposé dans la chambre.
Dans cette eau, on ajoutait des pommes, de l’argent ou du raifort et on lavait tout dans cette eau.

L’argent symbolise la prospérité, les pommes la santé et le raifort la force (pour être fort). Le tout, lavé, symbolise la cohésion de la famille.

Le repas de ce jour de Noël est riche en viande de porc et surtout en porc fumé.

Notes

1 En Belgique, le 24 décembre est une vigile donc un jour d’abstinence. Les plats consommés avant minuit durant la nuit de Noël devaient être des plats maigres.

2 Peut-être y aurait-il une relation avec des traditions celtes et/ou slaves car des archéologues ont découverts dans les nécropoles de Mikulčice et de Prušánky des squelettes et vestiges de l’avifaune. A Mikulčice, l’étude exhaustive sur les vestiges d’oiseaux a été menée et l’on remarque que les oiseaux majoritairement représentés sont des poules, des canards et des oies domestiques. Ils devaient donc entrer dans les pratiques funéraires des Moraves entre le 9e et le 10e siècle. (Mlikovsky 2003)

3 Si vous avez vu la « Noël de Shrek » vous aurez remarqué que le sapin est dans cette position.

4 Ce génie tutélaire de la maison est, souvent, le premier propriétaire de la maison (celui qui l’a construite) qui a sa mort se transforme en serpent blanc – en belette blanche pour la femme – et que l’on retrouve étendu au pied de la porte d’entrée. En Slovaquie, le seuil de la porte est une partie en bois en relief qu’il faut enjamber, et c’est là, à la porte d’entrée de la maison, que se trouve le domovoï, le protecteur. Il va protéger, la maison et les habitants, des incendies, des accidents domestiques, des maléfices…. Il s’agit de « bons » esprits de la maison, parfois malicieux, ils jouent des « blagues », ils déplacent des objets… – certain, chez nous prierons à cet instant saint Antoine !

5 La koleda est un groupe musical composé le plus souvent de chanteurs et chanteuses parfois accompagnés par des musiciens qui jouent de l’accordéon, du violon, de la fujara…

Sources

Ľudová kultúra. Zuzana Beňušková. Kultúrne Krasý Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Slovenský rok. V ľudových zvykoch, obradoch a sviatkoch. Katarína Nádaská. Ed. Fortuna Libri. 2012

 

 

Skanzen, musée en plein air en Slovaquie

Charles Bugan

Le mot skanzen est un terme qui peut être traduit par musée en plein air et qui nous vient de Suède. C’est dans ce pays, près de Stockholm, qu’est né le premier skanzen, en 1891, dont le concept était de présenter la Suède d’autrefois.

En Slovaquie, plusieurs musées en plein air ont vu le jour au cours du 20e siècle. Ils sont « l’image » ethnographique d’une période passée, pas si lointaine. Ces institutions scientifiques spécialisées ont pour but de préserver la culture populaire sous la forme d’un musée reprenant les bâtiments dans lesquels les habitants du village vivaient leur vie familiale mais aussi la partie professionnelle, sociale, cultuelle et culturelle qui rythmait leur vie.

Ces bâtiments sont issus de l’architecture populaire, cette architecture qui ne connaissait pas d’architecte et encore moins d’urbaniste mais qui était pleine de bon sens, réalisée par de simples gens, ouvriers habiles, ayant une bonne connaissance du matériau disponible dans leur région : le bois. C’est avec ce matériau noble que les menuisiers charpentiers de ces régions ont conçus des bâtisses orientées vers leur usage quotidien pour l’homme mais pour aussi son environnement naturel qui devait lui permettre de subsister dans une nature pas toujours clémente. (1)

Chaque skanzen slovaque à ses particularités, notamment au point de vue ethnique, on peut, dans tel skanzen, découvrir la culture ruthène, dans tel autre la culture de la région d’Orava… de même que l’on peut y découvrir, durant la saison d’ouverture, des activités folkloriques et artisanales le plus souvent avec des personnes en tenues traditionnelles qui pratiquent devant vous les métiers ou travaux d’antan.

Quelques musées en plein air en Slovaquie

Le skanzen de Zuberec

L’architecture populaire est bien représentée dans les musées en plein air. Les visites de ces musées s’accompagnent souvent d’animations organisées durant la saison touristique. Le musée de plein air de Zuberec n’échappe pas à cette règle.
On peut y admirer un ensemble d’une cinquantaine de bâtiments de l’architecture rurale répartis en des zones caractéristiques pour les collections d’habitat ancien de la région d’Orava.

Múzeum oravskej dediny, Zuberec – Brestová

Le skanzen de Stará Ľubovňa

Musée de l’architecture populaire traditionnelle en plein air de Stará Ľubovňa, situé sous le château de Stará Ľubovňa « Ľubovniansky hrad » élevé sur un piton rocheux haut de 711 m, permet de se plonger quelques instants dans les habitations de la région du siècle dernier et par là de se laisser aller à imaginer la vie de ses habitants et c’est toujours avec une certaine émotion que l’on pénètre ainsi dans l’intimité de la vie passée.
De la remarquable église uniate dédiée à saint Michel archange jusqu’au moulin, en passant par la naissance d’un enfant, le mariage, la fête de Noël et… la mort, ce skanzen nous fait revivre les moments forts qui rythmaient la vie des habitants de la région de Spiš, au nord de la Slovaquie.

http://www.hradlubovna.sk/sk/home

Le skanzen – Šarišské múzeum à Bardejovské kúpele

Dans la station thermale de Bardejovské kúpele, 5 km près de la ville de Bardejov, se situe le Musée de l’architecture de la culture populaire de la région de Šariš, cette exposition représente la culture et l’architecture populaire des deux groupes ethniques slaves habités les Carpates orientales en Slovaquie du nord-est : les Ruthènes et les Slovaques.
On peut y voir deux très belles églises en bois de rite gréco-catholique (uniate).

http://www.muzeumbardejov.sk/expozic/skanzen.htm

Le skanzen de Martin

Outre l’intéressant musée ethnographique, la ville de Martin propose un musée en plein air qui offre un regard sur le type d’habitat du siècle dernier dans les régions d’Orava, Turiec, Liptov, Kysuce – Podjavorinské
143 bâtiments, dont 22 sont accessibles, se retrouvent sur une aire de 15,5 ha.
On peut aussi y découvrir l’ancienne église catholique romaine en bois du village de Rudno avec son autel et sa chaire à prêcher.

http://www.skanzenmartin.sk

Le skanzen de Pribylina

Situé sur la route qui mène aux Hautes Tatras – Vysoké Tatry, outre les bâtiments habituels d’architecture populaire, ce skanzen propose la visite d’un manoir du 14e – 16e siècle ; l’église gothique Notre-Dame avec ses fragments de peintures murales originales des 14e et 15e siècles, dont on peut toujours voir aujourd’hui la tour d’origine de cette église près du skanzen archéologique d’Havránok – Liptovská Mara ; une école et dans la partie supérieure une exposition concernant l’exploitation forestière et leur chemin de fer.

http://www.liptovskemuzeum.sk/expozicie/muzeum-liptovskej-dediny-pribylina/

Le skanzen archéologique d’Havránok (Liptovská Mara)

Situé près du lac de barrage de Liptovská Mara, l’archéoskanzen d’Havránok est situé sur un important site de la culture de Puchov. Il propose la reconstruction d’habitats et d’une ancienne fortification de même qu’un sanctuaire avec des traces de rituels religieux celtiques.

http://www.liptovskemuzeum.sk/expozicie/archeologicke-muzeum-v-prirode-liptovska-mara-havranok/

Le skanzen de Svidnik

Situé à l’entrée de la ville de Svidnik, le skanzen est dédié à la culture des Ruthènes et Ukrainiens de Slovaquie.
On peut y voir la très belle église en bois qui se trouvait dans le village de Nová Polianka et construite en 1766.

http://www.svidnik.sk/navstevnik/skanzen

Sites web d’autres skanzens

http://www.kysuckemuzeum.sk/muzeum-kysuckej-dediny

http://www.muzeumhumenne.sk/skanzen.html

http://spmnitra.sk/expozicie-a-skanzen/skanzen

http://www.staratura.sk/gazdovsky-dvor-myjava-tura-luka

http://www.banskyskanzen.sk

http://www.lesy.sk/showdoc.do?docid=6432

Notes

1 Lire notre article sur les constructions en bois de Slovaquie : http://vaheurope.eu/?p=563

Sources

Skanzeny. Iveta Zuskinová. Kultúrne Krasý Slovenska. Dajama. 2008

Morena, la fin de l’hiver

Mgr Alice Hura – Charles Bugan

Les fêtes de printemps qui vont s’étaler de la mise à mort de Morena jusqu’au dimanche de Pentecôte en passant par la semaine de Pâques, l’arbre de mai… sont des réminiscences des fêtes païennes slaves mélangées au christianisme dont le but est de chasser l’hiver et d’accueillir le renouveau de la nature et le retour de la « lumière ».

Vynášanie Moreny que l’on peut traduire en français par « À bas Morena ! Dehors Morena ! » Il s’agit de déloger Morena du village, comme les chasseurs le font avec le gibier, bref de l’éliminer. Cette coutume de printemps et le rituel qui l’accompagne ont pour but de chasser, de faire fuir l’hiver.

Le rite slave le plus archaïque est probablement celui de l’élimination de l’Hiver, anciennement synonyme de la Mort. Selon la croyance des anciens Slaves, le printemps arrive plus vite si l’on brûle et noie dans la rivière une figurine féminine de paille, représentant la déesse Morena, symbole du mal, de l’hiver, de la mort et des maladies.

Dans les villages slovaques, depuis le Moyen Âge, ce rituel est représenté surtout par un mannequin féminin en paille – Morena, rarement par un mannequin masculin en paille – Dedko, lequel sera finalement jeté dans l’eau ou brûlé.

L’authenticité de cette coutume commence à disparaître dans la première moitié du 20e siècle et aujourd’hui elle est représentée sous une forme scénique par les groupes folkloriques locaux.

Morena est représentée par une figurine féminine de paille tressée, habillée du vêtement traditionnel de fête ou parfois de mariage et décorée de rubans colorés. Ce mannequin symbolisant l’hiver et le tout mauvais, et est connu dans toutes les régions slovaques et porte plusieurs surnoms en patois slovaque : Morena/Muriena, Marmuriena, Marmariena, Marmoriena, Ma-Murienda, Mariena, Mara, Morana, Marzana, Marena, Smrť/Smrtka, Baba, Hejhana, Kyseľ, Kyselica et il en est de même dans les langues slaves des pays voisins :

En tchèque : Morena, Mařena, Mořana (Morzannie), Mařák, Smrt, Smrtka, Smrťák.

En polonais : Marzanna, Marzana, Marzena, Morzana, Morana, Morena, rituel Topienie Marzanny – Noyade de Marzanna, Smierc, Smiercicha.

En bulgare : Mora, Morena, Mara, Morana.

En croate : Morana, Morena, Marana, Marena, Mora, Mara (en Dalmatie et en Slavonie).

En ukrainien : Mara, Marena.

Les peuples slaves avaient fait du rituel archaïque de Morena qu’après les longs mois d’hiver, il fallait l’éliminer. L’hiver, représenté par la déesse Morena, devait s’achever et terminer sa domination et laisser au plus vite la place à l’arrivée de la divinité du soleil de printemps, et à la chaleur, – divinité qui portait le nom slave de Yar ou Yaro, Yarilo, Yarovit – et à la déesse slave du printemps, Vesna.

Selon une hypothèse, les anciens slaves pratiquaient un sacrifice vivant lors du rituel de passage de saison. Plus tard, ils auraient remplacé le sacrifice vivant par une figurine de paille portant le nom de Morena ou Smrtka – la Mort.

Les premiers rituels écrits de Morena sont connus dès le 16e siècle sur le territoire slovaque. Cependant, déjà au 14e siècle, des cérémonies étaient célébrées mais furent interdites par le roi tchèque Karol IV – Charles IV, pour cause de rituel païen. Ce rituel, en provenance de pays voisins slaves, était pratiqué par les adultes. Plus tard, il reprendra et sera pratiqué par la jeunesse, surtout par les filles.

Une description du 19e siècle de l’ethnographe slovaque Jan Čaplovič (1780 – 1847) évoquant une cérémonie de l’élimination de Morena par une forme active est développée. Mais, selon lui, sa structure ne permet pas de déployer des fonctions de divertissement et la vision de la superstition est disparue.

Nous savons aujourd’hui que les exécuteurs « testamentaires », dans de nombreuses zones régionales, seront les enfants ou les adolescents et que, même si aujourd’hui, plusieurs traditions se sont perdues ou sont devenues relativement rare, Morena, par son innovation en forme de spectacle, implique en particulier les groupes folkloriques locaux qui perpétuent encore cette tradition païenne, même si avec le temps, ce rituel a perdu de son sens magique.

Chaque Dimanche Noire avant Pâques (5e dimanche du carême ou le Dimanche de la Passion) en Slovaquie, les groupes folkloriques locaux présentent ce rituel comme un spectacle traditionnel.

La représentation du rituel de l’élimination de Morena en Slovaquie – Vynášanie Moreny

Le scénario prévoit de promener Morena – le mannequin de paille – en chantant, dans le village, puis de la brûler et enfin de la jeter dans la rivière.

Le mannequin de paille qui représente la déesse Morena – l’hiver est fabriqué à partir d’une ossature en bois en forme de croix sur laquelle sont empalées des gerbes de paille. Morena est habillée de vêtements traditionnels féminins de fête ou de mariage : jupe, chemisier ou corsage pailleté et foulard. La tête de Morena est aussi crée avec de la paille et emballée dans de la toile blanche sur laquelle est dessiné un visage.

Lors du dimanche noir, ce sont uniquement des jeunes filles, symbole de la virginité, qui portent la figurine féminine de Morena mais parfois, pour des raisons de poids, c’est un garçon qui porte le mannequin, et qui accompagnent le déplacement dans le village en chantant des chansons comportant des paroles à caractères magiques « Morena, Morena kde si prebývala ? – Morena, Morena où étais-tu pendant ce long temps ».

Le cortège se déplace autour et dans le village en se dirigeant vers la rivière, le ruisseau ou le lac. Là, la figurine est déshabillée, enflammée et jetée en flammes dans l’eau. Morena, symbole de l’hiver, est brûlée et noyée pour faire place à la joie d’accueillir le retour du printemps et donc de l’éveil de la nature avec toutes ses promesses d’abondantes récoltes futures.
Parfois, Morena quitte le village par une extrémité pour son funeste destin pendant qu’à l’autre extrémité entre le Mai (Maik, Letečko, letetchko, Lesola) symbole de la nature verte ou de la verdure du printemps, représenté par un petit arbre vert orné de rubans colorés et de coquilles d’œufs entiers et vides suspendus aux branches.

Le couple formé par la Morena et par Dedko

Dans la même idée de « chasser l’hiver », on retrouve dans les régions montagneuses de Liptov et d’Orava, un rituel, aujourd’hui présenté par les groupes folkloriques locaux, de Morena accompagnée, avec un rituel similaire, d’une figurine d’homme en paille appelé Dedo ou Dedko, Dido, Ďondo, Chlap, Majmurien. Le mannequin de paille représente un vieillard, Dedo – Pépé, qui symbolise la cause de la faim (ou de rester sur sa faim) en hiver. Dedo est un personnage égoïste et goinfre, qui n’a jamais assez, c’est pourquoi, il fait partie de la marche de Morena autour du village.

Dedko est aussi fabriqué à partir d’une ossature en forme de croix de bois, emballé de paille tressée et habillé de vêtement traditionnel d’homme : pantalon de toile brut, chemise, casaque ou camisole et chapeau fourré. Sa tête est crée avec de la paille et emballée dans de la toile sur laquelle est dessiné un visage d’homme.

Dedko est porté par des garçons adolescents ou des jeunes recrues militaires (dans le village de Liptovska Kokava).

Les chants de Morena et de Dedko

Des chants « magiques » les accompagnent tout au long de leur passage dans le village. Le chant a plusieurs variantes selon les régions, mais les paroles stigmatisent le fait de se débarrasser de ce qui est mauvais : la maladie, la mort, la faim, le froid dans le village. Voici quelques textes.

Vynesieme, vynesieme Morenu zo vsi,
prinesieme, prinesieme nový máj do vsi…

Morena, Morena kde si prebývala ?
V tom krajnom dome, v tej starej komore…

Variante : Vynesieme Morenu z dediny,
prinesieme novu jar do dediny…

Débusquerons-nous, débusquerons-nous la Morena du village,
Apporterons-nous, apporterons-nous le nouveau mai au village…

Morena, Morena où habites-tu ?
Dans la maison du bout du village, dans de vieux débarras…

Débusquerons-nous, débusquerons-nous la Morena du village,
Apporterons-nous, apporterons-nous le nouveau printemps au village…

Une variante du chant lors de la marche des filles dans le village dans la région de Liptov

Vynesieme, vynesieme Marmurienu zo vsi, Marmurienu zo vsi ;
Prinesieme prinesieme Máj nový do vsi, Máj nový do vsi ;
Muriena naša, kdes prebývala ?
V dedinskom dome, v novej stodole.

Au moment du rituel où Morena est brûlée et jetée dans l’eau et où les jeunes filles ornent le petit arbre nommé Mai ou Maik, Letečko, Lesola, symbolisant la nature verte ou la verdure du printemps, les jeunes entament le chant suivant:

Vyniesli sme, vyniesli sme Murienu zo vsi, Murienu zo vsi.
Nous avons débuché, nous avons débuché la Muriena du village,
Priniesli sme, priniesli sme, Máj nový do vsi, Máj nový do vsi.
Nous avons apporté, nous avons apporté, le nouveau mai au village, le nouveau mai au village
Posejeme, posejeme suržicu s ovsy, suržicu s ovsy.
Nous sèmerons, nous sèmerons le grain d’orge avec l’avoine
Navarime, navarime čierneho piva, čierneho piva.
Nous cuisinerons, nous cuisinerons la bière noire, la bière noire
Opojime, opojime, kmeťovho syna, kmeťovho syna.
Nous enivrerons, nous enivrerons, le fils du vieillard, le fils du vieillard (1)
Ak nebude piti, budeme ho biti, budeme ho biti;
S’il ne veut pas boire, nous le battrons
S troma kyjmi kyjovati, za vlasy ho ruvati;
Avec les trois massues, nous le masserons, nous le tirerons par les cheveux
Dáme mu, dáme mu šidlo i kopyto, jeho žene sito i koryto.
Nous lui donnerons, nous lui donnerons un pied de fer et un poinçon, pour sa femme un tamis et une mangeoire.

Autre chant de Morena en patois de Slovaquie occidentale :

Morena, Morena ! Za kohos umrela ?
Né za ny, né za ny !
Než za ty kresťany !

Morena, Morena ! Pour qui tu es morte ?
Pas pour eux, pas pour eux !
Mais pour les chrétiens !

Et pour Dedo, dans la chanson « magique », Vynášanie Dedka ou Dedo, les paroles disent qu’il faut se débarrasser de la cause de la faim, de l’hiver :

Dedko náš Dedko, požral si nam všetko, nič si nam nenechal, tak si sa dobre mal !

Pépé, notre Pépé, tu nous a tout mangé, tu ne nous a rien laissé, tu étais bien ainsi !

Le rituel aujourd’hui

Dans la région de Liptov, dans la ville de Ružomberok, la coutume du printemps et le rituel slave de faire fuir ou bouter hors l’hiver et l’élimination de Morena – Vynášanie Murieny est représenté, chaque année, selon la tradition populaire par, notamment, l’ensemble folklorique Liptov.

Dans le cortège du groupe Liptov de Ružomberok, Morena précède le cortège et on pouvait voir, à l’arrière-plan, une jeune fille surélevée qui représentait la déesse Vesna, annonçant l’arrivée du printemps.

Note :

1 le vieillard est Dedko

Sources :

Malý lexikon ľudovej kultúry Slovenska. Kliment ONDREJKA. Edition Mapa Slovakia Bratislava, 2003 (www.mapa.sk)

Encyklopédia ľudovej kultúry Slovenska 1. Edition SAV Bratislava, 1995

Rok vo zvykoch nášho ľudu. Emilia HORVATOVA. Edition TATRAN, 1986

Slovenský rok. Rastislava STOLIČNÁ. Edition MS, 2004

Zborník Slovenského Národného Múzea, Ethnographia à Martin année 34, éditeur SNM Bratislava, 1993

Z ľudovej kultúry Turca. Eva PANČUHOVÁ et Zora MINTALOVÁ. Edition MS Martin, 2004

U nás taká obyčaj – Slovenské ľudové tradície. Vojtech MAJLING. Edition Computer Press Brno, 2007 (http://knihy.cpress.cz)

Slovenský rok. V ľudových zvykoch, obradoch a sviatkoch. Katarina Nádaská. Edition Fortuna Libri, 2012

La chandeleur en Slovaquie

Mgr Alice Hura – Charles Bugan

Magie des chandelles, oracles, le 2 février, jour de la Chandeleur est une ancienne coutume qui était sensée protéger les maisons, les habitants et leur apporter de bonnes récoltes et le lendemain, jour de saint Blaise, est aussi important dans l’imaginaire des gens afin d’obtenir une bonne moisson.

En Slovaquie la fête de la Chandeleur, le 2 février, est appelée Hromnice.

Un peu d’histoire

La fête de la présentation de Jésus-Christ au Temple et de la Purification de la Vierge est célébrée dans l’Église catholique et orthodoxe le 2 février en 2017.
Cette fête est honorée en mémoire de la présentation de l’Enfant Jésus au Temple raconté dans l’Évangile de Luc (1) conformément à la loi juive qui prescrivait la purification de la mère et la présentation de l’enfant au Temple de Jérusalem 40 jours après la naissance.

Cette fête a pris sa dénomination populaire de « chandeleur » en raison des chandelles et cierges bénits portés en procession ce jour pour rappeler la prophétie du vieillard Siméon qui, lors, de la présentation du Jésus, avait annoncé qu’il serait « Lumière pour toutes les nations ».
Cette fête fut instituée par le pape Vigile au 6e siècle, pour christianiser la fête païenne de Proserpine (Perséphone chez les grecs), que les païens Romains célébraient avec des torches ardentes.

Selon les ethnographes, l’évolution de la fête chrétienne de Hromnice était peu compliquée, dans la tradition des vieux Slaves c’était la fête appelée stretenie – rencontre de l’hiver avec l’été. Chez les Slaves occidentaux la fête Hromnice était probablement la célébration du dieu Pérun/Péroun, dieu de tonnerre (hrom en slovaque) et de la foudre (blesk en slovaque) et dominateur du feu. Selon d’autres, c’était le jour de Veles/Volos – fête de l’ours dans le culte païen des Slaves orientaux.

La fête dans la Rome antique appelée Lupercalia, fêtée par les Romains qui célébraient la fondation de Rome, vers le 15 février, et en l’honneur du dieu Faunus, protecteur des troupeaux contre des loups. Les luperques – prêtres de ce dieu – sacrifiaient des boucs à leur dieu à une grotte au pied du mont Palatin. La peau de bouc coupée en lanières, étaient servie aux jeunes hommes pour le « fouettage des Romains ». Les jeunes hommes couraient autour du mont Palatin en frappant les spectateurs, en fouettant surtout les femmes avec les peaux de bouc. Les processions avec des torches ardentes et le fouettage avaient un sens purificatoire magique.

A l’époque chrétienne, c’est devenu la fête de la Purification de la Vierge et le rituel de bénédiction des chandelles.

Hromnice et les chandelles

La chandelle est, pour les superstitieux, un symbole de protection contre les orages ou, plus exactement, contre la foudre qui pouvait enflammer les bâtiments. N’oublions pas que la plupart des constructions dans les villages, les montagnes slovaques étaient complètement en bois et avaient, pour certaines régions (sud-est de la Slovaquie), des toits en chaume.

Le fait de brûler une chandelle durant l’orage était – est encore pour certains – donc sensé protéger les bâtiments.

Les gens croyaient aussi, croient encore, au miracle de la bénédiction des chandelles comme thérapie contre le mal de gorge de même qu’à la possibilité de passer de vie à trépas plus facilement ou plus exactement, sans souffrir (2).

Le repas de Hromnice

Pour la chandeleur, les villageois préparaient un repas traditionnel avec des pâtes fraîches – rezance – en slovaque, ce sont des nouilles rituelles très longues, ou encore avec des pâtes appelées šúľky ou slíže – composées de pommes de terre et de farine, et roulées sous la forme de la grosseur d’un doigt.

Dans la région de Liptov, il existe un usage établi pour le rituel pour la cuisson de ces pâtes en forme de rouleau pour le repas de la Chandeleur. Hélas, de nos jours ce rituel tant à disparaître alors que depuis le début du 19e siècle, les enfants chantaient et dansaient pendant la cuisson du repas sur la formule incantatoire suivante :

Varte mamko, len šúľance, nech sú tučné ako škorce. Bryndze hodne obetujte, a škvarky tiež nešanujte. Každému nadeľte misku, nech sa rovná ľan úžitku.

Texte en patois slovaque de la région de Liptov et que l’on peut traduire en français par :

Maman cuis les pâtes roulées pour qu’elles soient grosses comme un étourneau, saupoudre-les avec beaucoup de fromage de Bryndza et de rillons et n’économise pas ! Mets-en dans chaque bol, pour que le lin croisse pour son utilisation.

Ces mets sont préparés pour un rituel de magie destiné à obtenir des pousses très longues de lin et de chanvre, de même que les pâtes sont saupoudrées de Tvaroh – un fromage blanc – pour avoir un aspect blanc, ce rituel étant accompli afin d’obtenir des toiles biens blanches plus tard.

La coutume culinaire de préparer ce jour le repas de pâtes longues saupoudrées soit de pavot, soit de fromage de lait de brebis – bryndza ou de fromage de lait de vaches – tvaroh, était très répandue partout en Slovaquie. Cette coutume disparait cependant peu après la Seconde guerre mondiale, quand disparaît la fabrication domestique des toiles du lin et du chanvre.

Les prophéties agraires et les superstitions

A cette période, en Slovaquie, la neige est bien présente et les familles vont pratiquer la luge et glisser sur la neige fêtant ainsi la nature et la Chandeleur. Jadis, ce sport était aussi sensé apporter la garantie de très longues tiges du lin et du chanvre – des plantes industrielles pour le textile qui étaient fabriqué à la maison.

Une tradition ancienne dit que le 2 février permet aussi de pronostiquer la prospérité, ou non, de l’agriculture, pour les récoltes venant de la terre – blé, orge, avoine, pommes de terre, chou, pois, haricot, lentille, pavot… – et pour la récolte de plantes industrielles ayant comme utilité le textile – lin, chanvre…

Dans le village montagnard de Podkonice, dans le district de Banská Bystrica, on disait : Na Hromnice – koniec sanice : à Hromnice (à la Chandeleur) – c’est la fin de luger.
Autrefois, pendant ce jour, les villageois de Podkonice se réconfortaient avec des boissons alcoolisées dans une taverne. On disait que cela avait une vertu préventive contre les piqûres des mauvaises mouches d’été et de taons des pluies, insectes extrêmement importuns. Et celui qui ne boit pas, les mouches le piqueront toute l’année.
Le soir, les femmes-fileuses de Podkonice se réunissaient aussi dans une taverne du village afin de fêter, en buvant une boisson, la fin des travaux domestiques du filage du lin et du chanvre.

Dictons de la Chandeleur

Na Nový rok o slepačí krok, na Hromnice je o hodinu vice – L’enjambée du poulet du Nouvel an à la Chandeleur est égale à environ une heure de plus
Na Hromnice zima zadúva ulice – Lors de la Chandeleur l’hiver souffle la neige en tas dans les rues
Na Hromnice mráz, bude ešte päťdesiat ráz – S’il gèle à la Chandeleur, il gèlera encore cinquante fois (50 jours)
Na Hromnice – zimy polovice – A la Chandeleur, l’hiver est à son milieu

Le 3 février, jour de la Saint-Blaise

Fêté depuis le Moyen Age en Slovaquie, qui était alors Royaume de Hongrie, et depuis le 18ee siècle. Il s’agit d’une marche, autour du village, de l’instituteur accompagné par les écoliers et qui vont de porte en porte souhaiter bonne vie, bonne santé, aux villageois. Ceux-ci, pour les remercier, déposent dans un panier des aliments : farine, lentilles, haricots, pavot, lardons, beurre, œufs, fromage, fruits, saucisses … et un peu d’argent de poche.

On retrouvait aussi cette tradition à la saint Grégoire le 12 mars ainsi que le jour de saint Martin le 11 décembre et de saint Havel le 16 octobre.

Dans ces régions, au 18e siècle, le poste d’instituteur de village, souvent protestant au 18e siècle, pour ceux qui en avaient la vocation, permettait d’assurer un salaire et d’obtenir aussi quelques avantages « en nature » comme du bois de chauffage, du blé, de la bière, du lard … et de petites rentrées d’argent. Il faut dire qu’à l’époque, les enfants n’allaient à l’école qu’en hiver, depuis la mi-automne, car le printemps, l’été et une partie de l’automne, les enfants étaient aux champs avec la famille.

La grande Réforme des écoles de 1774, pendant l’empire austro-hongrois, imposée par Marie-Thérèse de Habsbourg (1717 – 1780)(3), allait changer ce principe éducatif des enfants en organisant les écoles et en rendant l’enseignement obligatoire pour les garçons mais aussi pour les filles. Cela amènera la disparition de cette coutumes, que l’on ne retrouve plus que dans quelques villages où les habitants ont gardés ou remis cette « promenade » qui fait aujourd’hui partie de la mémoire collective.

PS :

Deux églises à voir. La première se trouve au sein du petit village de Smrečany, près de Liptovský Mikuláš, là on peut y voir la très jolie église gothique (vers 1349) dédiée à l’origine à l’Očisťovania Panny Márie – de la Purification de la Vierge Marie de rite catholique-romain.
La deuxième, une église en bois du rite gréco-catholique (1760), se trouve dans le petit village de Kožany, près de Bardejov, et est dédiée à Stretnutia Pána so Simeonom – Présentation du Seigneur à Siméon.
http://www.drevenechramy.sk/drevene-chramy/bardejov-a-okolie/kozany/

Notes

1 Luc 2.22 : Et, quand les jours de leur purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, Joseph et Marie le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur, –

2 Voir notre article L’Epiphanie en Slovaquie : http://vaheurope.eu/?p=545

3 Marie-Thérèse était archiduchesse d’Autriche, reine de Hongrie et de Bohême

Sources

Ľudová kultúra. Zuzana Beňušková. Kultúrne Krasý Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009.

Les Fêtes de Dieu. La foi, l’histoire, les mythes. Guy Deleury. Ed. du Félin. 1994

Dictionnaire d’iconographie romane. Marc Thoumieu. Ed. Zodiaque

La fête au Moyen Âge. Gérard Lomenec‘h. Ed.Ouest-France. 2015

Rome antique. Les yeux de la découverte. Texte Susan Mckeevers. Les compacts Gallimard jeunesse. 2008

La Sainte Bible. Par Louis Segond. Ed. La Société Biblique Canadienne. 1976

L’Épiphanie en Slovaquie

Mgr Alice Hura – Charles Bugan

En Slovaquie, comme dans plusieurs régions d’Europe centrale et orientale, à la période de Noël est affirmé un réel éclat de traditions masquées (1). On y rencontre des coutumes qui prennent la forme de jeux rituels, de spectacles bibliques, allant du passage de chanteurs de cantiques de Noël et de porteurs de Crèches de Bethléem ou de l’Étoile de Bethléem aux tournées des Rois mages à l’Épiphanie.

En Slovaquie, l’Épiphanie est appelée Traja králi ce qui signifie les Trois rois. C’est la fête du 6 janvier (2) qui tenait une grande place parmi les solennités de l’année chrétienne depuis l’époque médiévale.

Selon la tradition d’autrefois, les drames liturgiques représentant l’arrivée des Rois mages Gaspard, Melchior et Balthazar à Bethléem, guidés par l’étoile, venus d’Orient et qui apportaient à l’Enfant Jésus de riches présents, furent mis en scène tout d’abord dans les grandes églises des villes royales. Les rôles des personnages bibliques étaient joués par des instituteurs, des étudiants et des élèves.

En Slovaquie, la coutume de jouer la représentation théâtrale de la légende biblique, les mystères de Noël ou l’Adoration des Mages, en vogue depuis le milieu urbain médiéval s’est répandu au cours des siècles suivants dans le milieu rural. Là, le jeu biblique est alors devenu très populaire et s’est enrichi de nombreux chants populaires et de formes de souhaits en formules parlées. Souvent, la version était quelque peu modifiée localement, par exemple un texte était de plus courte durée, les rôles des personnages variaient, les épisodes de pièces différentes étaient combinés… Ils existent ainsi de nombreuses versions locales de jeux bibliques populaires des Trois Rois mages.

C’est probablement la légende Historia trium regum écrit en 1364 (3) par un moine de l’Ordre du Carmel Johannes Hildesheim (1310 – 1375), qui a créé le profilage de la fête des Rois mages dans les pays germaniques et donc aussi, indirectement, dans les régions slovaques habitées dans le passé par des communautés allemandes.

Selon l’ethnographe slovaque renommée Sonia Kovačevičová (1921-2009), le spectacle des Mystères de Noël a commencé à être joué dans les rues de la ville de Bratislava (anciennement Presbourg) en 1439. Auparavant, les Mystères de Noël étaient joués dans les églises de cette ville. Puis, d’autres villes vont suivre l’exemple et laisser jouer ce spectacle. A l’époque ce sont les villes royales libres de Bardejov, de Prešov, de Levoča, de Kežmarok

La coutume du cortège des Trois Rois mages dans les campagnes slovaques

Le cortège populaire des Trois Rois parfois appelé la Marche avec l’Étoile était, dans certaines régions slovaques, avec quelques différences toutefois, très répandu dans presque toute la Slovaquie mais surtout en Slovaquie centrale et orientale.

Anciennement, on fêtait l’Épiphanie par l’arrivée de trois jeunes hommes ou jeunes garçons déguisés en Rois mages. Ils allaient de maison en maison en récitant ou en chantant des poèmes qui paraphrasaient la légende du Nouveau Testament commémorant l’Adoration des mages à peine l’enfant Jésus né.
Pour ce cortège, les garçons portaient sur le corps une longue chemise blanche, sur la tête une haute couronne ornée d’une croix et ils tenaient à la main un bâton, parfois ils portaient un petit modèle en bois de la Crèche de Bethléem.

La soirée du jour des Trois Rois était l’occasion d’une fête pour la jeunesse slovaque, laquelle organisait un festin collectif.

La quête du cortège du clergé catholique

Encore aujourd’hui, pour l’Épiphanie en Slovaquie, il existe une tradition qui est « le cortège du curé avec les servants d’église ». Ils font du porte à porte auprès des demeures catholiques et vont bénir les maisons et écrire sur le dessus des portes des maisons trois lettres G – M – B. Il s’agit des initiales des rois mages Gaspard, Melchior et Balthazar. Ils ajoutent à ces trois lettres le millésime, ce qui donne pour cette année : G – M – B – 2017 (4)

En Slovaquie, le 6 janvier, le cortège des Trois rois mages visitant des maisons, les gens disaient « qu’ils contrôlaient l’inscription des initiales G – M – B sur les portes ». Là où ils ne trouvaient pas cette inscription ils apportaient, prétendument, tout bonheur à la famille !

Déjà au 16e siècle, l’Église protestante interdit les quêtes du clergé protestant à l’Épiphanie. Au premier tiers du 19e siècle, Jan Kollar (1793-1852), pasteur protestant, poète et collectionneur du folklore slovaque a publié de 1834 à 1835 une critique dans son œuvre Narodnie spievanky. Il s’agit d’un recueil de chants populaires, qui contient 2675 chants populaires slovaques collectés par Jan Kollar dans les dix comitats de ce qui était alors la Haute Hongrie, donc sur le territoire de la Slovaquie actuelle. Je cite : « Que chez les slovaques, la Koleda est devenue une coutume de quête ecclésiastique, selon laquelle, prêtre, recteur, sacristain, certains chanteurs du chœur et des fidèles, les hottes sur le dos, circulaient à la Nouvelle année dans les rues du village et de la ville, de porte en porte des maisons en chantant des chants religieux et en collectant de l’argent et des provisions ».

Les spectacles bibliques

Une forme ancienne des coutumes de Noël du 18e siècle d’un genre de spectacle biblique popularisé dans le milieu rural de l’ancien comitat de Zvolen (en Slovaquie centrale) est enregistrée. Selon les sources ethnographiques publiées récemment, les acteurs de ce spectacle biblique, en forme de jeu populaire, étaient la jeunesse du village qui se rassemblait en cortège des Trois Rois.
Les jeunes gens déguisés avaient en rôles principaux : un Ange, habillé d’un vêtement long blanc ceinturé et ayant sur le dos deux ailes d’oie. Il tenait un bâton sur le bout duquel se trouvait une étoile en papier et une chandelle de cire allumée qui faisait comme un lampion. Deux autres personnages, des bergers, appelés Kubo et Lauro, portaient des vêtements de bergers de la région. Un personnage biblique, Joseph, vêtu d’une pelisse de fourrure de mouton ceinturé par un cordon de paille tressée, portait sur la tête un bonnet de fourrure de mouton, et il maintenait sur l’épaule, une grosse trousse pour les cadeaux. Le personnage biblique de Marie, vêtue d’un costume féminin, tenait dans ses bras un petit berceau avec une poupée d’enfant. Les trois rois, Gaspard, Melchior et Balthazar, étaient vêtus de costumes luxueux et ils avaient le visage noirci de suie de fumée. Ce groupe visitait les maisons, les fermes. Ils se présentaient dans la cour de la maison et jouait le spectacle. Placés autour d’une scène biblique, ils récitaient des vers traditionnels de bonheur et de prospérité, de fertilité et de fécondité pour tous, bétail compris, pour l’année qui commence.

Les cortèges avec l’Adoration des Mages, joués le jour de l’Épiphanie, et la fête des Rois clôturaient les réjouissances du cycle des douze jours qui préfiguraient le Carnaval.

Dévotion à la crèche de Bethléem en Slovaquie

Le jeu populaire de la légende de l’Annonce aux bergers trouve son origine dans l’évangile de Luc 2, 6-20, quant aux « mages » c’est dans Matthieu 2, 1-11 (5).

Les bergers se rendirent à Bethléem, et c’est ainsi qu’existe une adoration des bergers qui fait pendant à l’adoration des Rois. Toutes ces légendes étaient très populaires sur le territoire slovaque et cela a donné la Marche avec l’Étoile de Bethléem, une étoile fixée sur un long bâton

Les Jeux pastoraux de Bethléem interprétés par les bergers slovaques

Les récits populaires représentant le scénario de l’Annonce aux bergers et leur arrivée à la crèche de Bethléem trouvent leur origine dans les pièces liturgiques médiévales, cependant, elles étaient enrichies par une humeur apportée par des éléments particuliers de la culture populaire slovaque même s’il est évident que le scénario, quoique réduit à une synthèse de quelques gestes répétitifs, était profondément symbolique.

Lors du déroulement de la fête dans les régions montagneuses slovaques, le cortège des bergers faisait du porte à porte dans le village en récitant des poèmes de Noël, en chantant et en dansant dans la « chambre » (6) de la maison, devant la toute famille. À la fin de la représentation, on leur offrait des friandises ou de l’argent.

Dans la région de Turiec, habitée à majorité par les protestants, c’était le cortège des jeunes bergers de la région d’Orava, pourtant catholiques, portant la Crèche de Bethléem (7). Ils visitaient les maisons des villages ou ils étaient aussi invités par des familles évangéliques protestantes. Les bergers d’Orava porteurs de la Crèche étaient vêtus d’un pantalon de drap blanc et tenaient en main un bâton. Ils chantaient en dansant en tournant comme dans une ronde et ils marquaient le rythme en frappant avec le bâton sur le sol. Ce spectacle était scandé par la récitation de souhaits de bonheur, de prospérité et de la bénédiction divine pour la santé de leurs hôtes.

Les personnages principaux du jeu de l’Annonce aux bergers, étaient l’Ange représenté par un garçon déguisé, vêtu d’une longue chemise blanche avec des ailes sur le dos et portant un modèle de Crèche de Bethléem en papier peint ou en bois sculpté. Les autres personnages étaient vêtus du costume populaire traditionnel des bergers, avec dans le rôle de Chef-berger, Bača, et trois personnages dans le rôle des Bergers valaques sous les noms de Stacho, Fedor et Kubo, ce dernier représentant un « pauvre » gars du village (8).
La structure du jeu des bergers était la même partout. Le jeu était interprété par cinq acteurs, souvent des paysans du village. L’événement du jeu se déroule depuis le moment où l’Ange leur annonce qu’un enfant merveilleux est né. Les acteurs du jeu de bergers chantent un refrain très populaire au temps de Noël dont voici pour exemple un chant de la région de Liptov :

Pásli ovce valasi
pri Betlemskom salaši,
hajdom, hajdom, tidlidom.
Anjel sa im ukázal
do Betlema ísť kázal,
hajdom, hajdom, tidlidom.
Vstante hore a iďte,
Pána Krista nájdete.
Nájdete ho v jasličkách,
ovitého v plienočkách,
hajdom, hajdom, tidlidom!

Que l’on peut traduire par :

Les bergers gardent les moutons près de la bergerie de Bethléem, hajdom, hajdom, tidlidom ;
L’Ange leur est apparu et leur disant d’aller à Bethléem, hajdom, hajdom, tidlidom ;
Il dit : Réveillez-vous, allez hajdom, hajdom, tidlidom ;
Le Seigneur Jésus-Christ vous le trouverez, hajdom, hajdom, tidlidom ;
Vous le trouverez dans la crèche, emmailloté dans un petit maillot, hajdom, hajdom, tidlidom !

Les superstitions

Voici quelques superstitions en rapport avec le jour de l’Épiphanie

L’eau bénie ce jour était ajoutée à la nourriture pour le bétail par les paysans,

La chandelle bénie, appelée la chandelle des Trois Rois, était allumée près du lit d’un mourant ou en temps d’orage,

Le cercle qui était dessiné par la craie bénie devenait un endroit sécurisant qui empêchait l’entrée des puissances obscures néfastes. Avec cette craie bénie était dessinée une ligne de contour autour de la porte et des fenêtres des étables pour empêcher aux sorcières l’entrée dans l’étable du bétail,

L’ail béni étaient porté par les gens qui étaient obligé de se déplacer sur l’eau, de traverser un gué. Cet ail était un moyen efficace contre les esprits néfastes de l’eau – Vodník – esprit des eaux, Maître des eaux douces dans les contes populaires.

Tous moyens bénis le jour de la Fête des Trois Rois étaient utilisés par les gens soit contre les mauvaises et néfastes puissances comme les enchanteresses, les sorcières, les démons, les esprits de l’eau…, soit contre une catastrophe naturelle comme tempête, sécheresse, inondation, grêle… et les incendies.

Autrefois, dans la vallée du Hornád, les habitants ruraux très superstitieux apportaient à l’église pour la bénédiction du jour de l’Épiphanie, une petite cruche contenant de l’eau et un panier contenant divers éléments comme du sel, de la craie, de l’ail, de l’oignon, de la pomme de terre, des graines de blé. Ces éléments étaient une partie des plats exposés sur la table de Noël, éléments auxquels on ajoutait un morceau de pain de Noël duquel on avait prélevé la mie remplacée alors par des miettes des gâteaux de Noël et des coquilles de noix. Au printemps, ils plaçaient le contenu de ce panier béni dans le premier sillon labouré du champ, ainsi le blé était semé et la pomme de terre était enterrée.

La coutume de la bénédiction de l’eau, du sel et de la craie à l’Épiphanie est encore pratiquée de nos jours dans les églises slovaques.

En Slovaquie, l’Église gréco-catholique fêtera le 6 janvier l’Apparition de Jésus-Christ aux Rois mages, c’est une grande fête de la religion uniate.
L’Église orthodoxe slovaque, célébrera ce 6 janvier la Nativité de Jésus-Christ, la Fête de Noël, selon l’ancien calendrier julien.
Pour l’Église catholique slovaque, le 6 janvier, et selon les anciennes coutumes, on procèdera à la bénédiction divine de la Fête des Rois mages des objets apportés par les fidèles. C’est ainsi que dans les églises sera béni l’eau, l’ail, une chandelle de cire, une craie blanche et parfois aussi le sel.

Texte extrait de notre conférence : Les traditions de Noël en Slovaquie

Notes

1 En Europe centrale et dans les Balkans, les termes « masques, masqués » ne désignent pas seulement ce qui déguise le visage mais tout un ensemble.

2 La date de la Nativité a été, en 354, à Rome déplacée du 6 janvier au 25 décembre. Le 6 janvier deviendra alors la date de l’Épiphanie.

3 Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Zuzana Drugová.

4 C – M – B, ces initiales peuvent être interprétées comme celles des Rois mages : Caspar (ou Gaspar), Melchior et Balthasar, mais peuvent également être lues comme l’acrostiche de « Christus Mansionem Benedicat », « que Christ bénisse cette maison ».

5 Le mythe des Mages fut très prisé dans les Églises du Proche-Orient, et sans doute « prescrite » sous l’influence de l’Église perse, avec l’inspiration de textes « apocryphes » comme le Protévangile de Jacques ,l’Évangile de l’enfance, les Actes de Thomas et surtout l’Opus imperfectum in Mattheum attribué à saint Jean Chrysostome. Dans la Légende dorée de Jacques de Voragine, lire « La nativité de N.S. Jésus-Christ selon la chair » et « l’Épiphanie du Seigneur ».

6 Comme déjà dit dans un article précédent, le terme « chambre » doit être compris dans ce contexte comme « pièce de séjour ».

7 L’invitation a présenter dans cette région majoritairement protestante le spectacle de la « Crèche de Bethléem » par des jeunes bergers catholiques de la région d’Orava vient du fait que ce spectacle n’existant pas chez les protestants, c’étaient les jeunes bergers venant de la région d’Orava qui assuraient la représentation. La plupart de ces bergers étaient et seront les travailleurs saisonniers chez les riches propriétaires protestants de la région de Turiec.

8 Kubo est un personnage, un homme, pas très propre, jovial, un peu « benêt » revêtu d’une veste de mouton à l’envers, il porte sur la tête un vieux chapeau de berger en mouton, son visage est noirci de suie de fumée. C’est un personnage mi-homme mi-animal (le chien du berger ?). Kubo symbolise le sans-souci, la simplicité, il fait des « bêtises ». Mais à un moment de leur danse, Bača, Stacho et Fedor vont former un triangle, tenant leur bâton à bout de bras vers le haut et Kubo est couché sur le sol au centre, sous la protection des bâtons des bergers. Le nom de Kubo est dérivé du prénom Jakub.

Voir la remarquable vidéo Vianoce v Karpatoch  par le Ballet folklorique national slovaque Lúčnica sur youtube (lien ci-dessous).

www.youtube.com/watch?v=NjYRU8pWYDo

Sources

Ľudová kultúra. Zuzana Beňušková. Kultúrne Krasý Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009.

Les Fêtes de Dieu. La foi, l’histoire, les mythes. Guy Deleury. Ed. du Félin. 1994

Dictionnaire d’iconographie romane. Marc Thoumieu. Ed. Zodiaque

La fête au Moyen Âge. Gérard Lomenec‘h. Ed.Ouest-France. 2015

La Sainte Bible. Par Louis Segond. Ed. La Société Biblique Canadienne. 1976