Skanzen, musée en plein air en Slovaquie

Le mot skanzen est un terme qui peut être traduit par musée en plein air et qui nous vient de Suède. C’est dans ce pays, près de Stockholm, qu’est né le premier skanzen, en 1891, dont le concept était de présenter la Suède d’autrefois.

En Slovaquie, plusieurs musées en plein air ont vu le jour au cours du 20e siècle. Ils sont « l’image » ethnographique d’une période passée, pas si lointaine. Ces institutions scientifiques spécialisées ont pour but de préserver la culture populaire sous la forme d’un musée reprenant les bâtiments dans lesquels les habitants du village vivaient leur vie familiale mais aussi la partie professionnelle, sociale, cultuelle et culturelle qui rythmait leur vie.

Ces bâtiments sont issus de l’architecture populaire, cette architecture qui ne connaissait pas d’architecte et encore moins d’urbaniste mais qui était pleine de bon sens, réalisée par de simples gens, ouvriers habiles, ayant une bonne connaissance du matériau disponible dans leur région : le bois. C’est avec ce matériau noble que les menuisiers charpentiers de ces régions ont conçus des bâtisses orientées vers leur usage quotidien pour l’homme mais pour aussi son environnement naturel qui devait lui permettre de subsister dans une nature pas toujours clémente. (1)

Chaque skanzen slovaque à ses particularités, notamment au point de vue ethnique, on peut, dans tel skanzen, découvrir la culture ruthène, dans tel autre la culture de la région d’Orava… de même que l’on peut y découvrir, durant la saison d’ouverture, des activités folkloriques et artisanales le plus souvent avec des personnes en tenues traditionnelles qui pratiquent devant vous les métiers ou travaux d’antan.

Quelques musées en plein air en Slovaquie

Le skanzen de Zuberec

L’architecture populaire est bien représentée dans les musées en plein air. Les visites de ces musées s’accompagnent souvent d’animations organisées durant la saison touristique. Le musée de plein air de Zuberec n’échappe pas à cette règle.
On peut y admirer un ensemble d’une cinquantaine de bâtiments de l’architecture rurale répartis en des zones caractéristiques pour les collections d’habitat ancien de la région d’Orava.

Múzeum oravskej dediny, Zuberec – Brestová

Le skanzen de Stará Ľubovňa

Musée de l’architecture populaire traditionnelle en plein air de Stará Ľubovňa, situé sous le château de Stará Ľubovňa « Ľubovniansky hrad » élevé sur un piton rocheux haut de 711 m, permet de se plonger quelques instants dans les habitations de la région du siècle dernier et par là de se laisser aller à imaginer la vie de ses habitants et c’est toujours avec une certaine émotion que l’on pénètre ainsi dans l’intimité de la vie passée.
De la remarquable église uniate dédiée à saint Michel archange jusqu’au moulin, en passant par la naissance d’un enfant, le mariage, la fête de Noël et… la mort, ce skanzen nous fait revivre les moments forts qui rythmaient la vie des habitants de la région de Spiš, au nord de la Slovaquie.

http://www.hradlubovna.sk/sk/home

Le skanzen – Šarišské múzeum à Bardejovské kúpele

Dans la station thermale de Bardejovské kúpele, 5 km près de la ville de Bardejov, se situe le Musée de l’architecture de la culture populaire de la région de Šariš, cette exposition représente la culture et l’architecture populaire des deux groupes ethniques slaves habités les Carpates orientales en Slovaquie du nord-est : les Ruthènes et les Slovaques.
On peut y voir deux très belles églises en bois de rite gréco-catholique (uniate).

http://www.muzeumbardejov.sk/expozic/skanzen.htm

Le skanzen de Martin

Outre l’intéressant musée ethnographique, la ville de Martin propose un musée en plein air qui offre un regard sur le type d’habitat du siècle dernier dans les régions d’Orava, Turiec, Liptov, Kysuce – Podjavorinské
143 bâtiments, dont 22 sont accessibles, se retrouvent sur une aire de 15,5 ha.
On peut aussi y découvrir l’ancienne église catholique romaine en bois du village de Rudno avec son autel et sa chaire à prêcher.

http://www.skanzenmartin.sk

Le skanzen de Pribylina

Situé sur la route qui mène aux Hautes Tatras – Vysoké Tatry, outre les bâtiments habituels d’architecture populaire, ce skanzen propose la visite d’un manoir du 14e – 16e siècle ; l’église gothique Notre-Dame avec ses fragments de peintures murales originales des 14e et 15e siècles, dont on peut toujours voir aujourd’hui la tour d’origine de cette église près du skanzen archéologique d’Havránok – Liptovská Mara ; une école et dans la partie supérieure une exposition concernant l’exploitation forestière et leur chemin de fer.

http://www.liptovskemuzeum.sk/expozicie/muzeum-liptovskej-dediny-pribylina/

Le skanzen archéologique d’Havránok (Liptovská Mara)

Situé près du lac de barrage de Liptovská Mara, l’archéoskanzen d’Havránok est situé sur un important site de la culture de Puchov. Il propose la reconstruction d’habitats et d’une ancienne fortification de même qu’un sanctuaire avec des traces de rituels religieux celtiques.

http://www.liptovskemuzeum.sk/expozicie/archeologicke-muzeum-v-prirode-liptovska-mara-havranok/

Le skanzen de Svidnik

Situé à l’entrée de la ville de Svidnik, le skanzen est dédié à la culture des Ruthènes et Ukrainiens de Slovaquie.
On peut y voir la très belle église en bois qui se trouvait dans le village de Nová Polianka et construite en 1766.

http://www.svidnik.sk/navstevnik/skanzen

Sites web d’autres skanzens

http://www.kysuckemuzeum.sk/muzeum-kysuckej-dediny

http://www.muzeumhumenne.sk/skanzen.html

http://spmnitra.sk/expozicie-a-skanzen/skanzen

http://www.staratura.sk/gazdovsky-dvor-myjava-tura-luka

http://www.banskyskanzen.sk

http://www.lesy.sk/showdoc.do?docid=6432

Notes

1 Lire notre article sur les constructions en bois de Slovaquie : http://vaheurope.eu/?p=563

Sources

Skanzeny. Iveta Zuskinová. Kultúrne Krasý Slovenska. Dajama. 2008

Le héros slovaque Jozef Gabčík

Jozef Gabčík, né le 8 avril 1912 à Poluvsie près de Rajecké Teplice en Slovaquie – mort le 18 juin 1942 à Prague en Tchéquie.

Le Slovaque Jozef Gabčík était un parachutiste tchécoslovaque intégré à l’Opération Anthropoïd, préparée par l’armée britannique. L’objectif de l’opération Anthrpoïd : un attentat sur la personne de Reinhard Heydrich, Reichsprotektor – Gouverneur du Protectorat de Bohême-Moravie, chef de la Gestapo, organisateur de la Solution finale et membre éminent du 3e Reich allemand.

Cet attentat contre Reinhard Heydrich s’est déroulé le mercredi 27 mai 1942 à Prague, il y a 75 ans.

Jozef Gabčík, est né le 8 avril 1912 à Poluvsie un hameau près de Rajecké Teplice non loin de la ville de Žilina, en Slovaquie septentrionale. Son père, František, est un ouvrier et sa mère, Mária, est une femme au foyer.

Jozef est le plus jeune des quatre enfants de la famille Gabčík. Il a deux frères, Alexandre et Michel, et une sœur Františka (Françoise).

De 1927 à 1932, il étudie à l’école professionnelle de České Kunovice le métier de ferronnier-serrurier. Dès octobre 1932, il commence son service militaire dans le 14e régiment d’infanterie à Košice et pendant ce service il termine l’école militaire de sous-officiers à Prešov.

Jozef Gabčík et son engagement patriotique

En 1934, il devient caporal et continue sa carrière militaire en contestation avec son père qui n’est pas d’accord pour la carrière militaire de son fils. Jozef Gabčík reste au service militaire à Košice, jusqu’au 1er avril 1937, quand, après la mort précoce de son frère et la demande instante de sa mère, il abandonne sa carrière militaire et commence à travailler dans l’usine d’armement produisant du gaz de combat de Žilina.

C’est là que lors d’un accident de travail, une fuite de ce gaz, Jozef Gabčík est blessé et qu’une menace pèse sur lui : la perte de la vue. Après les soins et son rétablissement, il est nommé en qualité de magasinier dans l’usine de gaz de combat de la ville de Trenčín.

Entre-temps, depuis le 14 mars 1939 et suite aux accords de Munich, en septembre 1938, et le démantèlement de la Tchécoslovaquie, il existe un État slovaque – Slovenský Štát inféodé à l’Allemagne nazie dirigé par un prêtre catholique, Monseigneur Jozef Tiso.

Craignant que les magasins de gaz de combat tombent dans les mains des nazis, Jozef Gabčík sabote un magasin de gaz. Il sait qu’il va être poursuivi au tribunal pénal et le 4 juin 1939, Jozef Gabčík émigre illégalement avec un camarade en Pologne, à Bronowice près de Cracovie, où il s’engage dans l’armée tchécoslovaque clandestine. C’est là qu’il va rencontrer Jan Kubiš et qu’ils vont se lier d’amitié.
Mais la situation en Pologne s’envenime, elle est envahie par l’Allemagne le 1er septembre 1939. Fuyant à nouveau, Jozef Gabčík et Jan Kubiš s’embarquent à Gdansk en Pologne dans le bateau Chrobry (qui peut être traduit comme « le Brave ») : direction : la France où ils vont débarquer à Boulogne-sur-Mer. Jozef Gabčík avec d’autres volontaires sont installés dans les casernes à Lille. Là, le 2 août 1939, Jozef Gabčík et Jan Kubiš s’engagent pour cinq ans dans le Légion étrangère.
Le 9 août 1939 Jozef Gabčík et Jan Kubiš embarquent au port de Marseille vers le port algérien Oran. Ils entrent dans le 1er régiment de la Légion étrangère à Sidi-Bel-Abbes en Algérie, et 18 septembre 1939 ils sont attachés au 1er régiment infanterie de la Légion étrangère à El-Arich. Mais leur contrat au service de la Légion étrangère en Algérie sera de courte durée car la Seconde guerre mondiale éclate.

Jozef Gabčík, soldat dans l’Armée tchécoslovaque en Exil

Gabčik et Kubiš reviennent en France, le 24 septembre 1939 à Marseille, puis le 26 septembre 1939 ils sont dans la ville d’Agde. C’est là que se trouvent les volontaires slovaques et tchèques qui participent aux combats français contre l’armée allemande nazie en juin 1940 avant d’être démobilisés pendant l’armistice de la France avec l’Allemagne nazie du 22 juin 1940.

C’est donc dans le Midi, à Agde que Jozef Gabčík et Jan Kubiš s’engagent dans le 1er régiment de l’infanterie tchécoslovaque en France, il s’agit de l’armée clandestine, crée par le général Rudolf Wiest, futur commandant de l’Armée tchécoslovaque pendant le Soulèvement nationale slovaque en août 1944.

Jozef Gabčík occupe la fonction d’adjoint du sergent du peloton dans la 12e compagnie. À la fin de 1939, le 29 décembre 1939, il est élevé au rang de sergent. En 1940, Jozef Gabčík participe aux combats défensifs du front français, mais au milieu du mois de juillet 1940 après la défaite de la France, il va être évacué. En effet, le 1er régiment de marche des volontaires tchécoslovaques sous le commandement de Jan Kratochvíl est arrivé à Coulommiers les 11 et 12 juin 1940. Jozef Gabčík y est en fonction en qualité de chef du groupe de la 12ème compagnie mitrailleur, mais après arrivée d’un ordre pour le déplacement du groupe sur les rives de la Seine et passer de l’autre côté de cette rivière, l’amirauté britannique envoie des bateaux dans les ports de Bézier et de Sète afin de sauver les volontaires tchécoslovaques qui sont sous la menace d’être livrés aux nazis et internés dans les camps de concentration.

C’est donc le 12 juillet 1940 qu’il part vers la Grande Bretagne par le bateau Rod el Farag pour un service militaire dans la 3e compagnie du 1er bataillon d’infanterie de la Grande Bretagne basé dans le village de Cholmondeley (en Cheshire, Angleterre), où le 7 mars 1941, Gabčík est élevé au rang d’adjudant d’infanterie. Du 2 au 22 février 1941 il fréquente le cours militaire pour les officiers.

Mais Jozef Gabčík s’intéresse aux missions militaires spéciales dans les arrières ennemis. Avec l’aide du lieutenant-colonel Barovsky, l’adjudant Jozef Gabčík est intégré dans l’entraînement militaire spéciale du SOE britannique et dès le mois de juillet 1941, jusqu’en octobre 1941, Gabčík se forme en Grande-Bretagne aux nombreux entraînements militaires de cette fonction. Jozef Gabčík devient l’un des huit premiers du groupe sélectionné à l’entraînement de parachutistes dans des cours spéciaux en Écosse et devient le commandant en chef d’un groupe de parachutistes. Un autre membre de ce groupe, le sergent Karel Svoboda (1), se blesse au cours des entraînements et est remplacé par Jan Kubiš à la demande personnelle de Jozef Gabčík.

Le 3 octobre 1941, le chef du service des renseignements tchécoslovaque Frantisek Moravec convoque les membres du groupe Anthropoïd et leur annonce que la décision d’éliminer Reinhard Heydrich a été prise.

Jozef Gabčík, le slovaque, est choisi, avec l’adjudant Jan Kubiš, le morave (tchèque), pour exécuter la mission. (2)

La mission Anthropoïd

L’avion bombardier Halifax décolle le 28 décembre 1941 vers 22 heures de l’aéroport militaire de Tangmere au sud de l’Angleterre. Avec Gabčík et Kubiš à bord se trouvent aussi les membres du groupe Silver A et Silver B. Le lendemain, vers 2h15, Gabčík et Kubiš sont parachuté à près de 2 km du village de Nehvizdy et 22 km à l’est de Prague.

Leur mission recèle deux objectifs : la collecte de renseignements, dévolue au groupe « Silver A » (Alfred Bartos, Josef Valcik et Jiři Potucek) et surtout l’élimination de Heydrich. Celle-ci est le fait du groupe « Antropoïd », avec Jan Kubis et Josef Gabcik.

Après avoir atterri, les soldats Jozef Gabčík et Jan Kubiš chargés de réaliser l’opération Anthropoïd, réussissent à nouer des contacts avec le mouvement de résistance tchèque dont les membres les cachent et les aident à mener à bien leur projet.

Les deux hommes vont se rendre à Prague et procéder au repérage de l’endroit idéal pour l’attentat.

Il était prévu, dans le projet d’attaque d’origine, que Gabčík et Kubiš attaquent Heydrich près de son siège à Panenské Březany à Prague. Mais à cause de la grande surveillance de ce lieu, ils renoncent et choisissent un autre lieu d’attentat à Prague.

C’est le carrefour de l’Avenue Kirchmayer (aujourd’hui rue Zenklova – rue du quartier Kobylisy à travers le quartier Stara Libeň) avec la rue V Holešovičkách qui est choisi. Cette rue en pente a un virage serré à droite au bas qui obligera la voiture de Heydrich de ralentir. C’est à ce moment que l’action doit être menée. Autre avantage du lieu, cette rue mène vers le pont Trojsky qui surplombe la rivière Vltava, et par là, vers le quartier Troja où les auteurs de l’attentat pourront se dissiper dans la foule. De plus, l’endroit est assez éloigné de tous les postes de police, des casernes ou des postes de la Gestapo. Il y a cependant un gros inconvénient : un arrêt de tram se trouve à proximité du lieu, et à l’heure prévue de l’attentat, onze heure, qui est l’heure du passage habituel de Heydrich, beaucoup de civils attendent leur tram.

Le jour de l’attentat

L’opération baptisée Antropoïd se déroule le mercredi 27 mai 1942. Jozef Gabčík et Jan Kubiš se trouvent dans le virage, Gabčík d’abord puis Kubiš, Lorsque la Mercedes décapotable de Reinhard Heydrich arrive, Josef Valčik, le signaleur posté plus haut dans l’avenue, envoie le signal avec son miroir. Comme prévu, la voiture d’ Heydrich ralentit au bas dans le virage, Jozef Gabčík bondit au milieu de la rue et vise Heydrich avec sa mitraillette Sten, mais l’arme s’enraye. La voiture d’Heydrich s’arrête et celui-ci se lève et veux abattre Gabčík avec son pistolet. Jan Kubiš lance alors une grenade qui explose contre la voiture. Voyant Heydrich atteint, les deux hommes s’enfuient comme convenu vers le centre de Prague. Le dos labouré par des éclats, Heydrich est transporté à l’hôpital, où il mourra d’une septicémie une semaine plus tard.

Le chauffeur de la Mercedes, le SS Johannes Klein, part d’abord à la poursuite de Kubiš mais celui-ci parvient à s’échapper à bicyclette. Revenu auprès d’Heydrich, celui-ci lui ordonne de se lancer à la poursuite de Jozef Gabčík. Il le retrouve dans une boucherie mais Gabčík, utilisant son pistolet Colt, tire à deux reprises sur Klein le blessant sérieusement à la cuisse. Gabčik parvient alors à s’échapper.

Les représailles

Quand Heydrich succombe à ses blessures le 4 juin 1942, Hitler exige des représailles en Bohême. La loi martiale est imposée jusqu’au 3 juillet 1942. Les nazis vont exécuter 1585 habitants et en arrêter 3188 en Bohème – Moravie. Les habitants des villages de Lidice (3), dans la nuit du 9 au 10 juin 1942, à 20 km à l’ouest de Prague et de Ležáky, le 24 juin 1942, sont massacrés par un commando composé de SS et de membres de la Gestapo. Quatre ecclésiastiques orthodoxes tchèques, qui avaient fourni l’asile aux parachutistes dans l’église des Saints-Cyrile-et-Méthode à Prague, seront exécutés le 4 et 5 septembre 1942 à Kobylisy.
Le village de Poluvsie, d’où est originaire Jozef Gabčík, situé dans ce qui était la « première république slovaque », inféodée à l’Allemagne nazie ne subira pas de représailles.

La fin tragique

Après l’attentat contre le protecteur du Reich, les parachutistes se cachent dans la crypte de l’église orthodoxe des Saints-Cyrile-et-Méthode à Prague (4), Resslova ulice (rue).

Gabčík et Kubiš cachés dans l’église orthodoxe des Saints-Cyrile-et-Méthode vont alors être trahis par un autre parachutiste Karel Čurda (5). Selon une version, Čurda capturé par la Gestapo, ne supportera pas les tortures et en échange de sa vie et d’une récompense de 500 000 marks allemands, il va désigner l’endroit de la cachette des parachutistes recherchés. Une autre version affirme qu’il se serait rendu à la Gestapo de son plein gré.

Dès lors, l’église des Saints-Cyrile-et-Méthode à Prague est encerclée le 18 juin 1942 par les SS. Pour les parachutistes commence un combat pour la vie. Hélas, la fin est tragique pour les auteurs de l’attentat. Le combat se termine, quand la majorité des parachutistes sont tués. Jozef Gabčík réfugié avec trois autres compagnons dans la crypte de l’église ne trouvant pas une issue favorable face à cette situation difficile et sous la suprématie des SS qui ont essayé de les enfumer et de les noyer, se suicide lui et ses compagnons. Pas un seul parachutiste ne sera pris vivant. (6) Les assaillants dénombreront 14 tués et 21 blessés.

Les parachutistes tchécoslovaques qui se retrouveront cernés dans la crypte de l’église Saints-Cyrille-et-Méthode sont : Adolf Opálka, chef du groupe Out Distance ; Jan Hrubý et Josef Bublík du groupe de sabotage Bioscope ; Josef Valčík ; membre du groupe Silver A il aidera dans l’attentat contre Heydrich en qualité de guetteur ; Jaroslav Švarc du groupe Tin dont la mission était d’assassiner le ministre de l’Éducation Emanuel Moravec.

Les corps retrouvés ?

Des chercheurs ont identifié les tombes de Ján Kubiš et de Jozef Gabčík dans le cimetière de Dablice, Prague 8.

In memoriam

Après la Seconde guerre mondiale, Jozef Gabčík a été élevé in memoriam au rang de lieutenant et honoré aux décorations posthume des deux croix militaires tchécoslovaques ; le 24 juin 2002 il a été honoré lieutenant-colonel in memoriam, (ses décoration militaires : trois croix tchécoslovaques de guerre en 1939, une médaille commémorative tchécoslovaque de guerre et des décorations militaires tchécoslovaques – l’Etoile d’or – pour la Liberté, et le Lion blanc de 1er rang – pour la Victoire.

En Slovaquie, en son honneur, un village porte son nom, Gabčíkovo, à 49 km de la capitale slovaque, dans le district de Dunajská Streda, au bord du Danube et de même que la grande œuvre hydraulique slovaque construite de 1977 à 1992, le barrage de Gabčíkovo.

L’élite militaire du 5e Régiment des Forces spéciales de l’Armée de la République Slovaque, le PŠU – pluk špeciálneho určenia – caserné dans la base de Žilina, créé en 1995, est nommé le Régiment Jozef Gabčík de Žilina – Žilinský pluk Jozefa Gabčíka.

Un monument commémoratif se trouve depuis le 11 octobre 2014 face à la maison natale de Jozef Gabčík dans le village de Poluvsie (Rajecké Teplice). Ce monument rend hommage à Jozef Gabčík bien entendu mais aussi à tous les membres de l’opération Anthrpoïd. Un panneau explicatif se trouve à proximité.

Notes

1 Karel Svoboda devait être l’équipier de Jozef Gabčik pour l’opération Anthropoïd. Suite à sa blessure, il sera remplacé par Jan Kubiš.

2 Durant leur entraînement, le général Frantisek Moravec, chef du service du service des renseignements tchécoslovaque, a prévenu Jozef Gabčík et Jan Kubis qu’il y avait de grande possibilité qu’ils soient pris et exécutés.

3 A Lidice, tous les hommes âgés de plus de 15 ans – 173 en tout – sont fusillés dans la cour de la ferme Horák. Les 235 femmes sont déportées vers les camps de concentration (Ravensbrück). Sur les 105 enfants du village, 89 seront gazés au camp de Chelmno. Quant aux mineurs qui travaillaient la nuit, ils ont été arrêtés dès leur remontée du puits de mine et exécutés à Prague. Les nazis font creuser des fosses communes et le 10 juin 1942, le village est brûlé et rasé.
Bien que le sort du village de Ležáky ressemble à celui de Lidice, commune rasée quinze 15 jours auparavant, il y a quand même une différence. Alors que les habitants de Lidice n’ont nullement été engagés dans le mouvement de la résistance, à Ležáky, la Gestapo a localisé l’existence d’un émetteur qui permettait aux auteurs de l’attentat contre Heydrich d’entretenir le contact avec l’étranger. Bien que quelques personnes seulement aient été au courant de cette activité subversive et que la majorité des habitants de Ležáky ait ignoré l’existence de l’émetteur, les nazis ont décidé de répéter leur opération monstrueuse de Lidice et d’anéantir toute la commune.
Le 24 juin le bourg de Ležáky qui compte 9 maisons, est encerclé et tous les édifices sont pillés et incendiés. Les 47 habitants arrêtés sur place sont transportés dans la ville de Pardubice où tous les adultes sont immédiatement fusillés. 11 enfants des familles de Ležáky sont déportés dans le camp d’extermination de Chelmno où ils mourront dans des chambres à gaz. 254 membres des familles de parachutistes chargés de l’attentat contre Reinhard Heydrich ainsi que leurs collaborateurs seront exécutés le 24 octobre 1942 dans le camp de Mauthausen. D’autres hommes et femmes des environs considérés comme collaborateurs des parachutistes seront déportés dans les camps d’Auschwitz, de Buchenwald et de Ravensbrück.

« Ležáky, village témoin des atrocités commises par les nazis allemands » Václav Richter, 25-06-2012. Radio Praha

4 Cette église est située à l’angle des rues Resslova et Na Zderaze, dans le quartier historique de Nové Město, sur l’autre rive de la Vltava (Moldau), à faible distance du Château Hradčany.

5 Karel Čurda, devenu alcoolique sera, en 1947, condamné par un tribunal militaire tchécoslovaque et exécuté par pendaison pour haute trahison le 29 avril 1947. Selon l’historien tchèque Vojtech Sustek, le nom de Karel Čurda figure aussi sur un document de la Gestapo, découvert en 2003. Čurda est ensuite devenu l’un des meilleurs agents de la Gestapo et il a fait envoyer à la mort des dizaines de résistants. Selon la feuille d’émargement, la Gestapo lui a payé 5 millions de couronnes…
Parmi les dénonciateurs qui figurent aussi sur la feuille, on trouve le prieur de l’ordre des chevaliers de Malte, Franz Werner Bobe, qui dénonçait même les Allemands qui venaient se confesser à lui.

6 Mária Moravcova, qui approvisionnait en nourriture les parachutistes cachés dans la crypte de l’église Saint-Cyrille-et-Méthode se suicidera avant d’être arrêtée par la Gestapo le 17 juin 1942. Son mari et un de ses fils seront exécutés dans le camp de concentration de Mauthausen le 24 Octobre 1942. Son second fils, Miroslav, membre de la RAF, est mort en 1944.

Sources

Osobnosti slovenska. I diel. Jozef Leikert. Ed Priroda 2009-2010

Pamätník a rodný dom Jozefa Gabčíka

Jozef Gabčík. Život a smrt velitele paraskupiny Anthropoïd. Jaroslav Čvančara

Radio.cz. Jaroslava Gissübelová. 17-10-2007

www.radio.cz/fr/rubrique/histoire/les-tombes-anonymes-de-parachutistes-retrouvees-au-cimetiere-de-dablice

Besoin d’infos, écrivez-nous : www.vaheurope@gmail.com

Morena, la fin de l’hiver

Les fêtes de printemps qui vont s’étaler de la mise à mort de Morena jusqu’au dimanche de Pentecôte en passant par la semaine de Pâques, l’arbre de mai… sont des réminiscences des fêtes païennes slaves mélangées au christianisme dont le but est de chasser l’hiver et d’accueillir le renouveau de la nature et le retour de la « lumière ».

Vynášanie Moreny que l’on peut traduire en français par « À bas Morena ! Dehors Morena ! » Il s’agit de déloger Morena du village, comme les chasseurs le font avec le gibier, bref de l’éliminer. Cette coutume de printemps et le rituel qui l’accompagne ont pour but de chasser, de faire fuir l’hiver.

Le rite slave le plus archaïque est probablement celui de l’élimination de l’Hiver, anciennement synonyme de la Mort. Selon la croyance des anciens Slaves, le printemps arrive plus vite si l’on brûle et noie dans la rivière une figurine féminine de paille, représentant la déesse Morena, symbole du mal, de l’hiver, de la mort et des maladies.

Dans les villages slovaques, depuis le Moyen Âge, ce rituel est représenté surtout par un mannequin féminin en paille – Morena, rarement par un mannequin masculin en paille – Dedko, lequel sera finalement jeté dans l’eau ou brûlé.

L’authenticité de cette coutume commence à disparaître dans la première moitié du 20e siècle et aujourd’hui elle est représentée sous une forme scénique par les groupes folkloriques locaux.

Morena est représentée par une figurine féminine de paille tressée, habillée du vêtement traditionnel de fête ou parfois de mariage et décorée de rubans colorés. Ce mannequin symbolisant l’hiver et le tout mauvais, et est connu dans toutes les régions slovaques et porte plusieurs surnoms en patois slovaque : Morena/Muriena, Marmuriena, Marmariena, Marmoriena, Ma-Murienda, Mariena, Mara, Morana, Marzana, Marena, Smrť/Smrtka, Baba, Hejhana, Kyseľ, Kyselica et il en est de même dans les langues slaves des pays voisins :

En tchèque : Morena, Mařena, Mořana (Morzannie), Mařák, Smrt, Smrtka, Smrťák.

En polonais : Marzanna, Marzana, Marzena, Morzana, Morana, Morena, rituel Topienie Marzanny – Noyade de Marzanna, Smierc, Smiercicha.

En bulgare : Mora, Morena, Mara, Morana.

En croate : Morana, Morena, Marana, Marena, Mora, Mara (en Dalmatie et en Slavonie).

En ukrainien : Mara, Marena.

Les peuples slaves avaient fait du rituel archaïque de Morena qu’après les longs mois d’hiver, il fallait l’éliminer. L’hiver, représenté par la déesse Morena, devait s’achever et terminer sa domination et laisser au plus vite la place à l’arrivée de la divinité du soleil de printemps, et à la chaleur, – divinité qui portait le nom slave de Yar ou Yaro, Yarilo, Yarovit – et à la déesse slave du printemps, Vesna.

Selon une hypothèse, les anciens slaves pratiquaient un sacrifice vivant lors du rituel de passage de saison. Plus tard, ils auraient remplacé le sacrifice vivant par une figurine de paille portant le nom de Morena ou Smrtka – la Mort.

Les premiers rituels écrits de Morena sont connus dès le 16e siècle sur le territoire slovaque. Cependant, déjà au 14e siècle, des cérémonies étaient célébrées mais furent interdites par le roi tchèque Karol IV – Charles IV, pour cause de rituel païen. Ce rituel, en provenance de pays voisins slaves, était pratiqué par les adultes. Plus tard, il reprendra et sera pratiqué par la jeunesse, surtout par les filles.

Une description du 19e siècle de l’ethnographe slovaque Jan Čaplovič (1780 – 1847) évoquant une cérémonie de l’élimination de Morena par une forme active est développée. Mais, selon lui, sa structure ne permet pas de déployer des fonctions de divertissement et la vision de la superstition est disparue.

Nous savons aujourd’hui que les exécuteurs « testamentaires », dans de nombreuses zones régionales, seront les enfants ou les adolescents et que, même si aujourd’hui, plusieurs traditions se sont perdues ou sont devenues relativement rare, Morena, par son innovation en forme de spectacle, implique en particulier les groupes folkloriques locaux qui perpétuent encore cette tradition païenne, même si avec le temps, ce rituel a perdu de son sens magique.

Chaque Dimanche Noire avant Pâques (5e dimanche du carême ou le Dimanche de la Passion) en Slovaquie, les groupes folkloriques locaux présentent ce rituel comme un spectacle traditionnel.

La représentation du rituel de l’élimination de Morena en Slovaquie – Vynášanie Moreny

Le scénario prévoit de promener Morena – le mannequin de paille – en chantant, dans le village, puis de la brûler et enfin de la jeter dans la rivière.

Le mannequin de paille qui représente la déesse Morena – l’hiver est fabriqué à partir d’une ossature en bois en forme de croix sur laquelle sont empalées des gerbes de paille. Morena est habillée de vêtements traditionnels féminins de fête ou de mariage : jupe, chemisier ou corsage pailleté et foulard. La tête de Morena est aussi crée avec de la paille et emballée dans de la toile blanche sur laquelle est dessiné un visage.

Lors du dimanche noir, ce sont uniquement des jeunes filles, symbole de la virginité, qui portent la figurine féminine de Morena mais parfois, pour des raisons de poids, c’est un garçon qui porte le mannequin, et qui accompagnent le déplacement dans le village en chantant des chansons comportant des paroles à caractères magiques « Morena, Morena kde si prebývala ? – Morena, Morena où étais-tu pendant ce long temps ».

Le cortège se déplace autour et dans le village en se dirigeant vers la rivière, le ruisseau ou le lac. Là, la figurine est déshabillée, enflammée et jetée en flammes dans l’eau. Morena, symbole de l’hiver, est brûlée et noyée pour faire place à la joie d’accueillir le retour du printemps et donc de l’éveil de la nature avec toutes ses promesses d’abondantes récoltes futures.
Parfois, Morena quitte le village par une extrémité pour son funeste destin pendant qu’à l’autre extrémité entre le Mai (Maik, Letečko, letetchko, Lesola) symbole de la nature verte ou de la verdure du printemps, représenté par un petit arbre vert orné de rubans colorés et de coquilles d’œufs entiers et vides suspendus aux branches.

Le couple formé par la Morena et par Dedko

Dans la même idée de « chasser l’hiver », on retrouve dans les régions montagneuses de Liptov et d’Orava, un rituel, aujourd’hui présenté par les groupes folkloriques locaux, de Morena accompagnée, avec un rituel similaire, d’une figurine d’homme en paille appelé Dedo ou Dedko, Dido, Ďondo, Chlap, Majmurien. Le mannequin de paille représente un vieillard, Dedo – Pépé, qui symbolise la cause de la faim (ou de rester sur sa faim) en hiver. Dedo est un personnage égoïste et goinfre, qui n’a jamais assez, c’est pourquoi, il fait partie de la marche de Morena autour du village.

Dedko est aussi fabriqué à partir d’une ossature en forme de croix de bois, emballé de paille tressée et habillé de vêtement traditionnel d’homme : pantalon de toile brut, chemise, casaque ou camisole et chapeau fourré. Sa tête est crée avec de la paille et emballée dans de la toile sur laquelle est dessiné un visage d’homme.

Dedko est porté par des garçons adolescents ou des jeunes recrues militaires (dans le village de Liptovska Kokava).

Les chants de Morena et de Dedko

Des chants « magiques » les accompagnent tout au long de leur passage dans le village. Le chant a plusieurs variantes selon les régions, mais les paroles stigmatisent le fait de se débarrasser de ce qui est mauvais : la maladie, la mort, la faim, le froid dans le village. Voici quelques textes.

Vynesieme, vynesieme Morenu zo vsi,
prinesieme, prinesieme nový máj do vsi…

Morena, Morena kde si prebývala ?
V tom krajnom dome, v tej starej komore…

Variante : Vynesieme Morenu z dediny,
prinesieme novu jar do dediny…

Débusquerons-nous, débusquerons-nous la Morena du village,
Apporterons-nous, apporterons-nous le nouveau mai au village…

Morena, Morena où habites-tu ?
Dans la maison du bout du village, dans de vieux débarras…

Débusquerons-nous, débusquerons-nous la Morena du village,
Apporterons-nous, apporterons-nous le nouveau printemps au village…

Une variante du chant lors de la marche des filles dans le village dans la région de Liptov

Vynesieme, vynesieme Marmurienu zo vsi, Marmurienu zo vsi ;
Prinesieme prinesieme Máj nový do vsi, Máj nový do vsi ;
Muriena naša, kdes prebývala ?
V dedinskom dome, v novej stodole.

Au moment du rituel où Morena est brûlée et jetée dans l’eau et où les jeunes filles ornent le petit arbre nommé Mai ou Maik, Letečko, Lesola, symbolisant la nature verte ou la verdure du printemps, les jeunes entament le chant suivant:

Vyniesli sme, vyniesli sme Murienu zo vsi, Murienu zo vsi.
Nous avons débuché, nous avons débuché la Muriena du village,
Priniesli sme, priniesli sme, Máj nový do vsi, Máj nový do vsi.
Nous avons apporté, nous avons apporté, le nouveau mai au village, le nouveau mai au village
Posejeme, posejeme suržicu s ovsy, suržicu s ovsy.
Nous sèmerons, nous sèmerons le grain d’orge avec l’avoine
Navarime, navarime čierneho piva, čierneho piva.
Nous cuisinerons, nous cuisinerons la bière noire, la bière noire
Opojime, opojime, kmeťovho syna, kmeťovho syna.
Nous enivrerons, nous enivrerons, le fils du vieillard, le fils du vieillard (1)
Ak nebude piti, budeme ho biti, budeme ho biti;
S’il ne veut pas boire, nous le battrons
S troma kyjmi kyjovati, za vlasy ho ruvati;
Avec les trois massues, nous le masserons, nous le tirerons par les cheveux
Dáme mu, dáme mu šidlo i kopyto, jeho žene sito i koryto.
Nous lui donnerons, nous lui donnerons un pied de fer et un poinçon, pour sa femme un tamis et une mangeoire.

Autre chant de Morena en patois de Slovaquie occidentale :

Morena, Morena ! Za kohos umrela ?
Né za ny, né za ny !
Než za ty kresťany !

Morena, Morena ! Pour qui tu es morte ?
Pas pour eux, pas pour eux !
Mais pour les chrétiens !

Et pour Dedo, dans la chanson « magique », Vynášanie Dedka ou Dedo, les paroles disent qu’il faut se débarrasser de la cause de la faim, de l’hiver :

Dedko náš Dedko, požral si nam všetko, nič si nam nenechal, tak si sa dobre mal !

Pépé, notre Pépé, tu nous a tout mangé, tu ne nous a rien laissé, tu étais bien ainsi !

Le rituel aujourd’hui

Dans la région de Liptov, dans la ville de Ružomberok, la coutume du printemps et le rituel slave de faire fuir ou bouter hors l’hiver et l’élimination de Morena – Vynášanie Murieny est représenté, chaque année, selon la tradition populaire par, notamment, l’ensemble folklorique Liptov.

Dans le cortège du groupe Liptov de Ružomberok, Morena précède le cortège et on pouvait voir, à l’arrière-plan, une jeune fille surélevée qui représentait la déesse Vesna, annonçant l’arrivée du printemps.

Note :

1 le vieillard est Dedko

Sources :

Malý lexikon ľudovej kultúry Slovenska. Kliment ONDREJKA. Edition Mapa Slovakia Bratislava, 2003 (www.mapa.sk)

Encyklopédia ľudovej kultúry Slovenska 1. Edition SAV Bratislava, 1995

Rok vo zvykoch nášho ľudu. Emilia HORVATOVA. Edition TATRAN, 1986

Slovenský rok. Rastislava STOLIČNÁ. Edition MS, 2004

Zborník Slovenského Národného Múzea, Ethnographia à Martin année 34, éditeur SNM Bratislava, 1993

Z ľudovej kultúry Turca. Eva PANČUHOVÁ et Zora MINTALOVÁ. Edition MS Martin, 2004

U nás taká obyčaj – Slovenské ľudové tradície. Vojtech MAJLING. Edition Computer Press Brno, 2007 (http://knihy.cpress.cz)

Slovenský rok. V ľudových zvykoch, obradoch a sviatkoch. Katarina Nádaská. Edition Fortuna Libri, 2012

Gerulata, le site romain

Nous voici plongé dans le monde de la Rome antique. Le castel militaire romain de Gerulata, qui était situé sur le bord nord de la province de Pannonie, à l’extrémité septentrionale de l’Empire romain était intégré dans le système de fortification du limes romain danubien.

Ce site de Gerulata était composé d’un important camp militaire auxiliaire et d’un village civil où se trouvaient artisans et commerçants.

A proximité du camp militaire de Gerulata se trouvait probablement un gué du Danube et un quai de débarquement, mais les parties du port sur la rivière n’ont pas encore été découvertes.

L’archéosite de Gerulata abrite aussi le Musée de l’antiquité romaine et est sous la gestion du Musée de la ville de Bratislava. Situé à 12 km du centre de Bratislava, dans la rue Gerulatska, dans l’ancienne commune de Rusovce qui, en 1972, est devenue une partie urbaine de la capitale Bratislava.

Depuis 1963, le site archéologique – castel (castellum) militaire romain de Gerulata – est classé Monument culturel national slovaque.

En 2012, le site antique de Gerulata est nominé, avec le vestige du camp militaire romain Kelemantia ou Celamantia d’Iža, près de la ville de Komárno en Slovaquie, dans le projet européen Limes Danubien les frontières de l’Empire Romain (avec la participation de 8 pays européens) pour le titre de patrimoine mondial culturel de l’UNESCO.

Introduction

Pendant près de quatre siècles, les Romains vont ériger, à leurs frontières, des moyens de défense afin de protéger leur vaste empire contre les attaques de leurs adversaires. Le mur d’Hadrien et le mur d’Antonin en Grande-Bretagne. En Europe continentale, la frontière entre l’Empire et les Barbares coïncidait avec le Rhin et le Danube.

Situé précisément sur le moyen Danube, dans la plaine danubienne, sur le bord nord de la province de Pannonie, à l’extrémité septentrionale de l’Empire romain, a moins de 30 km du site important de Carnuntum en Autriche. Le Castellum Gerulata était un de ces moyens de défense construit sur le limes danubien.

A proximité du camp militaire de Gerulata se trouvait probablement un gué du Danube et un quai de débarquement, mais les parties du port sur la rivière n’ont pas encore été découvertes.
Le nom de Gerulata a probablement été pris par les romains aux Celtes y habitant (mentionné aussi comme Gerolota, Gerolate, Gerularis, Gerulara, Gerulatorum).

Ce site d’architecture romaine est le mieux conservé de la Slovaquie. Presque toute l’agglomération antique de Gerulata se trouve sous la zone urbaine médiévale et moderne de la commune actuelle de Rusovce.

Gerulata dans le limes Romain du Danube moyen

Le territoire slovaque actuel, a été peuplé depuis le 1er siècle jusqu’au 4ème siècle par des tribus germaniques et celtiques. Les régions du nord du Danube, en Slovaquie occidentale aujourd’hui, situées dans le voisinage immédiat de l’Empire romain, étaient habitées par les Marcomans et les Quades, tribus germaniques. Sous le règne de Marc-Aurèle et de Valentinien Ier, les légionnaires romains pénétraient profondément jusqu’au Nord, dans la vallée du Váh centrale et dans la vallée du Hron. En 179-180, pendant les Guerres contre les Marcomans, les légionnaires romains hivernaient dans le camp de Laugaricio – aujourd’hui Trenčín. Un texte gravé dans la pierre sous le château de Trenčin le rappelle.

La frontière du Nord de l’Empire romain – de la province de Pannonie – a été formée par le Danube – comme une barrière naturelle fluviale. Le long du parcours du fleuve du Danube, les Romains ont progressivement construit un vaste système de fortifications, les Limes Romanus danubiens, une série de places fortes reliées par une voie de rocade suivant le cours du Danube, jusqu’à son embouchure.

L’incorporation du territoire slovaque à l’empire romain faisait partie du bassin du Danube et dans la commune actuelle de Rusovce, se trouvait l’un des points forts de la frontière romaine danubienne – le site de Gerulata, un important camp militaire auxiliaire ainsi qu’une partie civile avec un arrière-plan économique regroupant artisans et commerçants.

Le castellum de Gerulata est connu par les sources antiques romaines : ltinerarium Antonini Augusti (un guide de voyage, qui recense les villes de l’Empire romain) et Notitia dignitatum imperii romanum (un document administratif romain de l’extrême fin du 4e siècle et début du 5e siècle, où sous le chapitre XXXIV. Dux Pannoniae primae, est mentionné Equites sagittarii, Gerolate (Gerulata). Ce site est aussi mentionné dans la Tabula Peutingeriana, la carte de l’humaniste Conrad Peutinger (1465 – 1547), où l’on retrouve nommée Gerulata, ou Gerulatorum, comme la ville de la Basse Pannonie du 4e siècle après J-C.

L’établissement du camp romain de Gerulata a été mis sur pied pendant le gouvernement de la dynastie d’empereurs romains des Flaviens (de 69 à 96 apr. J-C) et faisait partie du système de défense romain des Limes Romanus du Danube.

La ligne du limes Romain du Danube moyen partait des camps de légionnaires de Carnuntum (Bad Deutch Altenburg et Petronell en Autriche), et se terminait à Ad Flexum (Moson-magyaróvár en Hongrie). Le castel militaire romain Gerulata se situe à environ 28 km de Carnuntum, capitale de la province de Pannonie Superior.

Quatre étapes de la construction du camp militaire romain de Gerulata, du 1e au 4e siècle, ont été identifiées

Première étape

Sous l’ère de la dynastie romaine des Flaviens, de 69 à 96, (surtout pendant un long règne de l’empereur Domitien, de 81 à 96 apr. J-C) jusqu’aux années 70 du 2e siècle.

C’est sous Domitien – Domitianus (81 – 96) que les troupes légionnaires de Carnuntum (légions X, XIV et XV) ont construits le castel militaire Gerulata. Vers la fin du 1er siècle, le site de Gerulata eu une garnison permanente. De cette époque, les restes des bâtiments, peut-être de caractère militaire, ont été préservés. On y a trouvé en effet des briques rouges et des tuiles de construction estampillées du nom des légions romaines qui ont occupés, quelque temps, la localité du camp romain de Gerulata. En 1964, une fortification composée de doubles fossés et de remparts réalisés en terre et en bois a été partiellement identifiée pendant les premières fouilles archéologiques à l’endroit appelé Bergl à Rusovce. Un autre fossé, long de 27 mètres et le coin du camp militaire exposé au sud, sont situés actuellement dans la rue Madarská, derrière l’église évangélique de Rusovce.

Deuxième étape

Vers 170, sous le gouvernement de la dynastie des Antonins et jusqu’à l’empereur Aurélien dans les années 90 du 3e siècle.

Au début du 2e siècle apr. J-C, dans le camp de légionnaires à Gerulata, s’installa la troupe d’élite de cavalerie, l’aile – A la Prima Cananefatum qui comptait environ 500 hommes et était dirigée par un préfet d’ordre équestre. Elle était constituée par les Cananefates, hommes de la tribu germanique vivant dans le delta du Rhin. Ces hommes formaient plusieurs unités auxiliaires dans l’armée romaine. Cette aide permettait d’acquérir, en fin de service, le prestigieux titre de citoyen romain.

L’aile militaire de cavalerie des Cananefates fut établie dans la province de Pannonie après son temps au campement romain de Lopodunum, aujourd’hui Ladenburg en Allemagne.

On trouve aussi la présence d’autres unités comme la IIe légion, la cohorte XVIIIe des volontaires, la Ve cohorte Lucensium Callaecorum, et la Première cohorte d’archers Aelia Sigittariorum.

La deuxième étape de la construction du camp en pierre n’est pas bien connue actuellement, mais sa surface de 150 à 170 mètres dépassait le premier camp romain qui a été construit en terre et en bois. La maçonnerie en pierre de la construction intérieure du camp créait un bâtiment à la fondation carrée avec l’épaisseur d’un mur de 45 à 60 cm. L’un des murs, avec une longueur allant jusque 25 mètres est exposé à l’extérieur du musée d’antiquité de Gerulata.
Plus tard, la partie nord-est du castel et du camp a été détruite par les crues du Danube, mais une partie du mur périphérique est visible au musée. Près du grenier paroissial, la partie de la ligne sud-ouest du mur défensif périphérique, construite en pierre, est large de 2,4 m et profonde de 3,2 m.

Le camp militaire, avec ses quatre portes et quatre tours d’angle, était entouré par les fossés défensifs et les remparts avec des palissades en bois, par les murs avec un système défensif dit « les fosses abattis ».

La porte principale – Porta praetoria était orientée vers l’est (vers l’ennemi), le réseau des voies inférieurs avec le système de canalisation se trouvait sous l’angle droit. La route principale – Via principalis se croisait avec la route – Via praetoria au centre du camp avant le quartier général.

Troisième étape

Elle commence à la fin du 3e siècle (les 30 dernières années du 3e siècle) et jusqu’au 375 ou 380, c’est une période pendant laquelle la reconstruction du camp romain de Gerulata était très fréquente, elle est représentée par le Castel militaire à la fondation presque carrée entouré par un mur d’enceinte en pierre. Le camp militaire était d’une surface de 200 m². Selon une supposition, le mur n° 11 (en direction du nord-ouest) qui est exposé dans l’aire du musée, bordait le port fluvial. Une preuve appréciable archéologique, exposée au musée, est un vestige d’une porte au commencement de la Via Carnuntiana – alors la voie romane reliant le camp de Gerulata avec le camp de Carnuntum (en Autriche).
Dans les 30 dernières années du 4e siècle, sous l’empereur Valentinien, les travaux de fortifications du limes danubien sont conduits par l’officier romain Tempsonius Ursicinus, son nom a été découvert aussi sur les débris de briques estampillées à Gerulata.

Quatrième étape

Après 375 – 380, c’est la période de la construction d’un fort auxiliaire, le castellum, avec des tours (turris) de guet, pendant l’antiquité tardive. L’activité principale des travaux de reconstruction, a été de bâtir un castel au coin nord du camp militaire de Gerulata. La surface totale du castel militaire a été nettement réduite.

Les vestiges de l’architecture romaine sont présentés au Musée d’antiquité de Gerulata, grâce aux résultats des fouilles. Un bâtiment de coin de 29 à 30 mètres a été identifié, situé au nord du fort militaire romain du 4e siècle, et à l’intérieur 12 colonnes en pierre entourent l’atrium avec un puits en pierre ou un bassin situé asymétriquement en son centre. Les colonnes avaient un soubassement maçonné de 3 à 4 mètres, de même que les murs périphériques avec leur épaisseur de 240 cm composant le fort auxiliaire de Gerulata. Cela fait penser qu’il s’agissait d’une structure à trois étages.
Pour la construction de cette fortification, des pierres sculptées (pierres tombales, stèles, etc. aujourd’hui exposées dans le lapidaire du musée) ont été utilisées secondairement.

La zone civile – le vicus

Il semble que sur le site de Gerulata, l’agglomération civile, le vicus, avait dans son épanouissement, une population que l’on peut estimer à environ 3000 habitants.

Le vicus entourait le camp militaire de trois côtés. Le quatrième côté « decumate » était situé vers la rivière.

Fin du site antique de Gerulata

Il semble, que le site de Gerulata, l’ancien camp militaire (castellum) et la partie civile (vicus) ont été abandonnés par ses habitants après la chute de la puissance romaine et à la suite d’invasion barbares. Les fédérâtes romains Goths se sont installés dans l’aire de Gerulata (le cimetière lombardien découvert a livré plus de 166 tombes datant du 5e au 6e siècle), puis le site sera occupé par les Slaves au 7e siècle. Ils vont s’y installer et repeupler ce site et lui donner un nouveau nom : Rusovce.

Les Fouilles

L’ancien site de Gerulata comprenait, selon les découvertes :

– le Castel militaire romain et le camp militaire ;
– les tours de guet et de signalisation ;
– le quai sur le Danube ;
– les hameaux romains civils (Vicus) ;
– les nécropoles romaines situées extra pommerium – aux bords des routes en limite des agglomérations ;
– les fermes agricoles ;
– les maisons de campagne luxueuses du type la Villa Rustica, les vestiges étaient situés à Čuňovo, ils furent découverts pendant la construction de l’autoroute D2 (autoroute qui va de la frontière tchèque à Bratislava vers la Hongrie) au sud près de Rusovce ;
– le site de campagne antique et la villa rustiqua de l’époque des Sévères de 193 à 235 – qui font partie de l’ancien environnement agricole de Gerulata.

Les fouilles dans le temps

Les premiers sondages archéologiques à Rusovce commencèrent à la fin du 19e siècle, en 1888, sous Agost Sötter, archéologue hongrois. Quelques trouvailles sont exposées au musée hongrois à Mosonmagyaróvár.

Après 1947, les archéologues slovaques commencent fouiller à Rusovce.

Quand en 1961, sur le lieu dit Bergl, une petite colline derrière l’église de Sainte Magdalena à Rusovce, pendant des travaux de construction, on découvre, par hasard, les vestiges de l’aire du bourg avec un double fossé défensif romain. Ce site a été assuré par des fouilles préventives. Mais la trouvaille exceptionnelle d’une pierre épigraphique avec le nom en latin Gervlata (Gerulata), confirmait l’existence d’un camp militaire romain et donnait une impulsion pour la fondation d’un musée archéologique in situ. Ces vestiges d’antiquité reviennent alors sous le patrimoine archéologique slovaque.

Depuis 1964, des fouilles sont programmées à Rusovce sous Jan Dekan (de 1965 au 1972) et de 1976 au 1987 sous Ladislav Snopko.

En 1998 et en 2000, les fouilles permettent la découverte du coin du camp romain à l’orientation sud-est et la ligne du double fossé défensif dans un périmètre de 27 m de long sur la rue Maďarská à Rusovce. A l’intérieur de ce camp romain, les casernes et les baraques des hommes ont aussi été fouillées.

En 1965, à Rusovce, 3 cimetières de l’époque romaine ont été découverts ainsi que des tombeaux d’inhumation, et d’incarnation. Les tombes les plus anciennes datent de la seconde moitié du 1er siècle, la plus jeune de la fin du 4ème siècle.
Selon les résultats des fouilles archéologiques réalisées dans les années 1990 – 2002 à Rusovce, les vestiges du camp militaire romain de Gerulata et le noyau d’une agglomération résidentielle civile de l’époque romaine, se trouvaient pratiquement sur tout le territoire de l’actuelle commune de Rusovce.

Dans la partie du vicus, l’agglomération civil romaine, près de la voie romaine, allant vers Carnuntum, capitale de la province Pannonie Supérieure. Selon les dernières fouilles, là ont été trouvées des bâtiments en briques crues mais aussi des vestiges d’architectures en pierres avec les fragments de riches peintures murales intérieures, des canalisations et des pièces particulièrement bien conservées ayant été chauffées par hypocauste.

Pour l’instant 5 cimetières antiques situés extra pommerium – derrière les remparts, ont été retrouvés. On y trouve des tombeaux de type d’incinération, d’inhumation, et combinés. Les tombes les plus anciennes ont été retrouvées sur le cimetière n° II. Les tombeaux sont en forme de fosse simple, de cryptes en briques, de sarcophages, de cryptes en pierres. La combinaison d’inhumation et d’incinération des morts sur les nécropoles de Gerulata, est typique pour l’époque du Haut Empire Romain.

Une coexistence de la population romanisée et des Germains est documentée dans la nécropole n° III, actuellement sur la rue Kovacsova, en direction du sud du cimetière actuel de Rusovce.

En 2003, une nécropole de l’époque de l’invasion barbare a été fouillée dans le cadastre territorial, dans la localité de Pieskový hon, de Rusovce. Parmi les 166 tombeaux, probablement Lombards ou germains, on découvrit aussi des tombes de chiens et de chevaux.

Des noms latins

Quelques noms de citoyens romains et de militaires ont été découverts à Gerulata (34 noms sont publiés). Ils appartenaient à l’unité auxiliaire – Ala Prima Cannanefatium – constituée de la cavalerie et de l’archerie romaine :

Marius Firmus – praefectus alae – préfet d’aile
P.Gavius Balbus – préfet
L.Crepius Paulus – préfet
Aelius Tutor – stator de l’Ala Prima Cannanefatium
Marcus Antonius Iulianus – stator de l’Ala Prima Cannanefatium de Gordiannus
Maximus – praefectum statorum de l’Ala Prima Cannanefatium
Titus Flavius Surillo – praefectum statorum de l’Ala Prima Cannanefatium
Titus Magnis – praefectum statorum de l’Ala Prima Cannanefatium de Sévère
Flavius Attius – buccinatore (trompettiste) musicien
Adiutor – nom sur la stèle d’un cavalier, tombé à l’âge de 42 ans. Il était au service des troupes auxiliaires pannoniennes participantes à la guerre contre les Maures dans la province romaine de la Maurétanie Césarienne sous Antonin le Pieux (règne de 138 à 161).

Le musée de l’antiquité romaine

Le musée de l’antiquité romaine Gerulata de Bratislava-Rusovce, présente les pièces les plus spectaculaires découvertes in situ lors des prospections et des fouilles systématiques qui y sont conduites depuis 1964.
Ces découvertes révèlent le passé romain de Gerulata. De l’imposante architecture antique, en passant par des objets de la vie quotidienne et des objets de la religion romaine et des cultes orientaux. Les fragments de statues et de reliefs romains, les chapiteaux et les fragments de colonnes, les fragments épigraphiques en pierre, les pierres tombales, les stèles, les autels votifs, les amphores, les lampes, les armes, les pièces de monnaies sont exposées dans le musée. On y retrouve, par exemple, un denier d’argent à la mémoire de la XIXe légion massacrée par les germains pendant la bataille de la forêt de Teutoburg en l’an 9 apr. J.-C.

Les artefacts archéologiques romains du 1er au 3e siècle apr. J-C, découverts à Gerulata

Le fragment du récipient aux serpents est considéré comme une preuve de l’existence d’un culte d’Orient du dieu perse de la lumière et du soleil, le dieu Mithra, dans le camp militaire romain Gerulata.

Les fragments des autels de la religion romaine : les autels de dédicace en latin de Jupiter Dolichenus, des fragments d’autel avec inscription votive.

Les autels dédiés au culte impérial de Salus Augusta – Salut d’Auguste, introduit après la mort d’Auguste en 14 apr. J-C. Le Sénat lui accorda l’apothéose et le plaça au rang des dieux. Les habitants dans les provinces rendaient un culte à la déesse Roma, désormais ils offrirent des sacrifices à Rome et à Auguste.

L’autel consacré à la triade divine de Jupiter, Junon et Minerve.

Le fragment d’autel de dédicace en latin de Silvanus, le dieu Silvain. Dans la mythologie romaine, il est le dieu tutélaire des forêts et des arbres, gouvernant les frontières entre le monde sauvage et celui des humains : Silvano Deo Sancto Viatori – Silvanus, dieu protecteur des voies.

Les fragments d’autel du culte d’Orient consacré à la déesse Cybèle. Culte de la Grande Mère des dieux, Matri Magnae Deum. (1)

La pierre tombale comportant un relief du dieu Attis, le dieu phrygien de la végétation dont le culte était inséparable de celui de Cybèle (2).

Un fragment d’autel du culte d’Isis, déesse de la fertilité d’origine égyptienne. (3)

Le motif des personnages mythiques Dédale et Icare.

Un relief monumental polychromé d’une pierre tombale – une pierre calcaire de 103 x 90 x 22 cm – datant de la fin du 1e siècle et du début du 2e siècle, découvert dans les ruines du site antique de Gerulata, représente le symbole mors immatura, mort d’un jeune ou le symbole d’un destin tragique.

Un récipient anthropoforme. Il s’agit d’un objet cultuel de Clotho ou de la parque Nona, en latin Neuna Fata, la fileuse de la destinée humaine, l’une des trois parques dans la religion romaine.

Les motifs d’animaux, représentés sur des reliefs : cheval, lion, taureau, aigle, dauphin, hippocampe et griffons (animaux mythologiques) ainsi que d’autres motifs végétaux comme l’acanthe, le lierre, la vigne, la pomme de pin, la grenade…

Notes

1 La déesse anatolienne Cybèle arrive à Rome vers 204 avant J-C.

2 le culte d’Attis était répandu à Rome au 3e siècle.

3 Les mystères d’Isis exercèrent une grande influence dans la Rome antique (l’empereur Caligula s’intéresse au culte d’Isis au 1ère siècle) : Isidi Magnae Matri Deum Sarapidi, Isis, la grande déesse des dieux et Sarapis.

Références

Rímske kamenné pamiatky Gerulata. Metské muzeum v Bratislave. Archeologický ústav SAV. Jaroslava Schmidtová, Jitka Jezná, Anita Kozubová, Venované pamiatke prof. PhDr. Radislava Hošeka, Csc. Bratislava – Nitra 2005

Rímsky Vojensý Tábor Gerulata, Bratilava Rusovce

Frontières de l’Empire Romain. David J Breeze, Sonja Jilek, Andreas Thiel. Published by Historic Scotland, UK and Deutsche Limes kommission, Germany Edinburgh – Esslingen – Wien 2005

Dunajský limes na Slovensu – Rímske antické pamiatky na strednom Dunaji. Rímsky vojensý kastel Gerulata v Bratislave-Rusovciach. Schmidtová J., Gáfriková O., Pinčíková Ľ. Pamiatkovy úrad Slovenskej republiky. www.pamiatky.sk

Carnuntum, c’était il y a 2000 ans. Archäologischer Park Carnuntum Betriebsges, mbH

Le Limes, les frontières de l’Empire romain. Bertrand Borie. Histoire Antique et Médiévale n° 65 janvier/février 2013. Editions FATON

PS : L’archéosite Gerulata abrite le Musée de l’antiquité et est sous la gestion du Musée de la ville de Bratislava (Bratislava City Museum) :

http://www.muzeum.bratislava.sk

http://www.muzeum.bratislava.sk/anticka-gerulata-rusovce/d-1019

Chaque année au début du mois septembre, dans le musée de l’antiquité de Gerulata, se déroule l’animation « Jeux romains » (Rímske hry) un spectacle qui, depuis 1999, est une représentation de la vie dans une ville romaine. Ce spectacle est assuré par des étudiants en arts dramatiques de Bratislava.

La chandeleur en Slovaquie

Magie des chandelles, oracles, le 2 février, jour de la Chandeleur est une ancienne coutume qui était sensée protéger les maisons, les habitants et leur apporter de bonnes récoltes et le lendemain, jour de saint Blaise, est aussi important dans l’imaginaire des gens afin d’obtenir une bonne moisson.

En Slovaquie la fête de la Chandeleur, le 2 février, est appelée Hromnice.

Un peu d’histoire

La fête de la présentation de Jésus-Christ au Temple et de la Purification de la Vierge est célébrée dans l’Église catholique et orthodoxe le 2 février en 2017.
Cette fête est honorée en mémoire de la présentation de l’Enfant Jésus au Temple raconté dans l’Évangile de Luc (1) conformément à la loi juive qui prescrivait la purification de la mère et la présentation de l’enfant au Temple de Jérusalem 40 jours après la naissance.

Cette fête a pris sa dénomination populaire de « chandeleur » en raison des chandelles et cierges bénits portés en procession ce jour pour rappeler la prophétie du vieillard Siméon qui, lors, de la présentation du Jésus, avait annoncé qu’il serait « Lumière pour toutes les nations ».
Cette fête fut instituée par le pape Vigile au 6e siècle, pour christianiser la fête païenne de Proserpine (Perséphone chez les grecs), que les païens Romains célébraient avec des torches ardentes.

Selon les ethnographes, l’évolution de la fête chrétienne de Hromnice était peu compliquée, dans la tradition des vieux Slaves c’était la fête appelée stretenie – rencontre de l’hiver avec l’été. Chez les Slaves occidentaux la fête Hromnice était probablement la célébration du dieu Pérun/Péroun, dieu de tonnerre (hrom en slovaque) et de la foudre (blesk en slovaque) et dominateur du feu. Selon d’autres, c’était le jour de Veles/Volos – fête de l’ours dans le culte païen des Slaves orientaux.

La fête dans la Rome antique appelée Lupercalia, fêtée par les Romains qui célébraient la fondation de Rome, vers le 15 février, et en l’honneur du dieu Faunus, protecteur des troupeaux contre des loups. Les luperques – prêtres de ce dieu – sacrifiaient des boucs à leur dieu à une grotte au pied du mont Palatin. La peau de bouc coupée en lanières, étaient servie aux jeunes hommes pour le « fouettage des Romains ». Les jeunes hommes couraient autour du mont Palatin en frappant les spectateurs, en fouettant surtout les femmes avec les peaux de bouc. Les processions avec des torches ardentes et le fouettage avaient un sens purificatoire magique.

A l’époque chrétienne, c’est devenu la fête de la Purification de la Vierge et le rituel de bénédiction des chandelles.

Hromnice et les chandelles

La chandelle est, pour les superstitieux, un symbole de protection contre les orages ou, plus exactement, contre la foudre qui pouvait enflammer les bâtiments. N’oublions pas que la plupart des constructions dans les villages, les montagnes slovaques étaient complètement en bois et avaient, pour certaines régions (sud-est de la Slovaquie), des toits en chaume.

Le fait de brûler une chandelle durant l’orage était – est encore pour certains – donc sensé protéger les bâtiments.

Les gens croyaient aussi, croient encore, au miracle de la bénédiction des chandelles comme thérapie contre le mal de gorge de même qu’à la possibilité de passer de vie à trépas plus facilement ou plus exactement, sans souffrir (2).

Le repas de Hromnice

Pour la chandeleur, les villageois préparaient un repas traditionnel avec des pâtes fraîches – rezance – en slovaque, ce sont des nouilles rituelles très longues, ou encore avec des pâtes appelées šúľky ou slíže – composées de pommes de terre et de farine, et roulées sous la forme de la grosseur d’un doigt.

Dans la région de Liptov, il existe un usage établi pour le rituel pour la cuisson de ces pâtes en forme de rouleau pour le repas de la Chandeleur. Hélas, de nos jours ce rituel tant à disparaître alors que depuis le début du 19e siècle, les enfants chantaient et dansaient pendant la cuisson du repas sur la formule incantatoire suivante :

Varte mamko, len šúľance, nech sú tučné ako škorce. Bryndze hodne obetujte, a škvarky tiež nešanujte. Každému nadeľte misku, nech sa rovná ľan úžitku.

Texte en patois slovaque de la région de Liptov et que l’on peut traduire en français par :

Maman cuis les pâtes roulées pour qu’elles soient grosses comme un étourneau, saupoudre-les avec beaucoup de fromage de Bryndza et de rillons et n’économise pas ! Mets-en dans chaque bol, pour que le lin croisse pour son utilisation.

Ces mets sont préparés pour un rituel de magie destiné à obtenir des pousses très longues de lin et de chanvre, de même que les pâtes sont saupoudrées de Tvaroh – un fromage blanc – pour avoir un aspect blanc, ce rituel étant accompli afin d’obtenir des toiles biens blanches plus tard.

La coutume culinaire de préparer ce jour le repas de pâtes longues saupoudrées soit de pavot, soit de fromage de lait de brebis – bryndza ou de fromage de lait de vaches – tvaroh, était très répandue partout en Slovaquie. Cette coutume disparait cependant peu après la Seconde guerre mondiale, quand disparaît la fabrication domestique des toiles du lin et du chanvre.

Les prophéties agraires et les superstitions

A cette période, en Slovaquie, la neige est bien présente et les familles vont pratiquer la luge et glisser sur la neige fêtant ainsi la nature et la Chandeleur. Jadis, ce sport était aussi sensé apporter la garantie de très longues tiges du lin et du chanvre – des plantes industrielles pour le textile qui étaient fabriqué à la maison.

Une tradition ancienne dit que le 2 février permet aussi de pronostiquer la prospérité, ou non, de l’agriculture, pour les récoltes venant de la terre – blé, orge, avoine, pommes de terre, chou, pois, haricot, lentille, pavot… – et pour la récolte de plantes industrielles ayant comme utilité le textile – lin, chanvre…

Dans le village montagnard de Podkonice, dans le district de Banská Bystrica, on disait : Na Hromnice – koniec sanice : à Hromnice (à la Chandeleur) – c’est la fin de luger.
Autrefois, pendant ce jour, les villageois de Podkonice se réconfortaient avec des boissons alcoolisées dans une taverne. On disait que cela avait une vertu préventive contre les piqûres des mauvaises mouches d’été et de taons des pluies, insectes extrêmement importuns. Et celui qui ne boit pas, les mouches le piqueront toute l’année.
Le soir, les femmes-fileuses de Podkonice se réunissaient aussi dans une taverne du village afin de fêter, en buvant une boisson, la fin des travaux domestiques du filage du lin et du chanvre.

Dictons de la Chandeleur

Na Nový rok o slepačí krok, na Hromnice je o hodinu vice – L’enjambée du poulet du Nouvel an à la Chandeleur est égale à environ une heure de plus
Na Hromnice zima zadúva ulice – Lors de la Chandeleur l’hiver souffle la neige en tas dans les rues
Na Hromnice mráz, bude ešte päťdesiat ráz – S’il gèle à la Chandeleur, il gèlera encore cinquante fois (50 jours)
Na Hromnice – zimy polovice – A la Chandeleur, l’hiver est à son milieu

Le 3 février, jour de la Saint-Blaise

Fêté depuis le Moyen Age en Slovaquie, qui était alors Royaume de Hongrie, et depuis le 18ee siècle. Il s’agit d’une marche, autour du village, de l’instituteur accompagné par les écoliers et qui vont de porte en porte souhaiter bonne vie, bonne santé, aux villageois. Ceux-ci, pour les remercier, déposent dans un panier des aliments : farine, lentilles, haricots, pavot, lardons, beurre, œufs, fromage, fruits, saucisses … et un peu d’argent de poche.

On retrouvait aussi cette tradition à la saint Grégoire le 12 mars ainsi que le jour de saint Martin le 11 décembre et de saint Havel le 16 octobre.

Dans ces régions, au 18e siècle, le poste d’instituteur de village, souvent protestant au 18e siècle, pour ceux qui en avaient la vocation, permettait d’assurer un salaire et d’obtenir aussi quelques avantages « en nature » comme du bois de chauffage, du blé, de la bière, du lard … et de petites rentrées d’argent. Il faut dire qu’à l’époque, les enfants n’allaient à l’école qu’en hiver, depuis la mi-automne, car le printemps, l’été et une partie de l’automne, les enfants étaient aux champs avec la famille.

La grande Réforme des écoles de 1774, pendant l’empire austro-hongrois, imposée par Marie-Thérèse de Habsbourg (1717 – 1780)(3), allait changer ce principe éducatif des enfants en organisant les écoles et en rendant l’enseignement obligatoire pour les garçons mais aussi pour les filles. Cela amènera la disparition de cette coutumes, que l’on ne retrouve plus que dans quelques villages où les habitants ont gardés ou remis cette « promenade » qui fait aujourd’hui partie de la mémoire collective.

PS :

Deux églises à voir. La première se trouve au sein du petit village de Smrečany, près de Liptovský Mikuláš, là on peut y voir la très jolie église gothique (vers 1349) dédiée à l’origine à l’Očisťovania Panny Márie – de la Purification de la Vierge Marie de rite catholique-romain.
La deuxième, une église en bois du rite gréco-catholique (1760), se trouve dans le petit village de Kožany, près de Bardejov, et est dédiée à Stretnutia Pána so Simeonom – Présentation du Seigneur à Siméon.
http://www.drevenechramy.sk/drevene-chramy/bardejov-a-okolie/kozany/

Notes

1 Luc 2.22 : Et, quand les jours de leur purification furent accomplis, selon la loi de Moïse, Joseph et Marie le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur, –

2 Voir notre article L’Epiphanie en Slovaquie : http://vaheurope.eu/?p=545

3 Marie-Thérèse était archiduchesse d’Autriche, reine de Hongrie et de Bohême

Sources

Ľudová kultúra. Zuzana Beňušková. Kultúrne Krasý Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009.

Les Fêtes de Dieu. La foi, l’histoire, les mythes. Guy Deleury. Ed. du Félin. 1994

Dictionnaire d’iconographie romane. Marc Thoumieu. Ed. Zodiaque

La fête au Moyen Âge. Gérard Lomenec‘h. Ed.Ouest-France. 2015

Rome antique. Les yeux de la découverte. Texte Susan Mckeevers. Les compacts Gallimard jeunesse. 2008

La Sainte Bible. Par Louis Segond. Ed. La Société Biblique Canadienne. 1976

L’architecture populaire en bois de Slovaquie

En Europe, la Slovaquie fait partie des pays ayant une très grande couverture forestière. Plus de 40% de son territoire est occupé par les forêts et elle possédait auparavant une zone encore plus étendue. Il est donc normal de retrouver de nombreux bâtiments en bois. Nous réserverons d’ailleurs des articles aux églises en bois de Slovaquie. Parmi ces églises, huit de la zone des Carpates sont désormais inscrites sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis le 10 juillet 2008.

Les forêts de bois tendres d’Europe de l’Est font partie de la zone de végétation comprenant la forêt de résineux boréale qui traverse l’hémisphère nord mais diverses forêts de feuillus poussent aussi à des altitudes plus basses.

Cette richesse en bois différents est la cause de la vieille tradition de l’architecture en bois de ces régions. La construction en rondins s’étend de la Scandinavie vers l’ouest, va jusqu’à la Baltique au nord, jusqu’en Asie vers l’est et jusque la mer noire et l’ex-Yougoslavie au sud.

En Slovaquie, le bois a toujours été un matériau prédominant dans la construction, plus particulièrement à la campagne et, surtout, dans les montagnes et ce jusqu’au 19ème siècle quand va apparaître la brique crue d’abord puis la brique cuite et que va se populariser l’usage de la pierre, surtout dans les villes minières du sud de la Slovaquie centrale et de l’argile, dans les plaines du sud.

Les maisons, les fermes, les moulins et les églises étaient essentiellement construits en bois. Ces techniques traditionnelles de construction ont été abandonnées depuis. De nombreux édifices et bâtiments ont été détruits, ou ont brûlés lors d’incendie, et d’autres, abandonnés, se sont effondrés.

Technique de construction abandonnée ? Aujourd’hui, on peut remarquer que certains remettent au goût du jour ce noble matériau dans les montagnes slovaques.

Il faut aussi noter que le bois est le matériau qui accompagne l’homme tout au long de sa vie, littéralement du berceau à la tombe. Il peut donc paraître inévitable que le bois soit aussi un matériau utilisé couramment comme matériau de construction.

Mais revenons aux constructions en bois en Slovaquie pour s’apercevoir que les espèces d’arbres utilisées pour la construction, les plus communs y compris, sont les hêtres à feuilles caduques et les conifères, épicéa, mélèze.

On retrouve les maisons en bois de conception rustique plus particulièrement au nord de la Slovaquie. Là, sont construits en bois, des églises, les chapelles, des clochers, des bergeries, des greniers à céréales, des bâtiments agricoles, des moulins, des puits, des ponts… Dans ces différentes constructions, le bois prouve, par ses qualités, qu‘il apporte la meilleure solution aux divers problèmes présents dans la réalisation de ces édifices.

C’est lors de la visite des skanzens – musées de plein air, que l’on pourra le mieux appréhender l’architecture populaire. Cependant deux villages sont incontournables. Le premier est le village de Vlkolinec connu pour son ensemble d’habitations en bois, inscrit depuis 1993 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Le deuxième est le village de Čičmany où les maisons en bois sont ornées de motifs géométriques peints en blanc.

Les techniques de construction en bois en Europe centrale et de l’Est

Nous trouvons, comme techniques de base de l’architecture en bois – en russe srub – en slovaque zrub. La technique de base de l’architecture en bois appelé en slovaque – zrubenie – les constructions en rondins empilés, dont la difficulté majeur est l’assemblage des extrémités des rondins aux angles du bâtiment.

Dans le nord de la Russie, les rondins demeuraient sans traitement, à part l’écorçage. Plus au sud, en Slovaquie, en Roumanie ou en Ukraine, le bois était travaillé en madriers de section carrée. Pour ce travail, on utilisait uniquement la hache et l’herminette, on créait sur chaque pièce des entailles et on les empilait pour construire des murs.

Les madriers étaient découpés pour créer des percements et on y insérait les encadrements de porte ou les ébrasements de fenêtre.

La difficulté de réaliser des angles solides à conduit à la réalisation d’assemblages complexes. Un système d’assemblage à tenons et mortaises s’est répandu au 18e siècle, pour sa bonne stabilité, de Croatie en Ukraine.

La construction de la cabane ne possède pas de squelette, de colonnes verticales, comme les constructions en béton. Pour le bois, des troncs d’arbres entiers sont utilisés et les seuils qui constituent le périmètre de la maison sont aussi la base de la maison en rondins et dans les angles, les rondins de bois se croisent et s’encastrent pour former l’arête de la construction, les deux parois étant reliées à leurs extrémités par un assemblage ressemblant à un système de mortaises. La stabilité des bâtiments pendant l’assemblage dépend de la qualité des différents faisceaux.

Les maisons en bois classiques

On retrouve essentiellement deux types de maisons classiques. La première est la maison à deux niveaux. La deuxième, la plus courante, la maison à un niveau, ce que nous appelons aujourd’hui la maison de plain pied. Il est bien entendu que, pour tous les types de maison, lorsqu’elle est édifiée en montagne, ce type de construction était adapté à l’inclinaison du terrain.

Si dans les villes on trouve la porte d’entrée sur la façade principale côté rue, mais aussi parfois dans des cours, on peut remarquer que, généralement, pour les maisons de village, c’est un pignon qui donne sur la rue et l’entrée de la maison se fait latéralement par la cour où se trouvent également les dépendances.

La maison à deux niveaux

La maison de type classique était constituée de deux niveaux, avec souvent, un escalier extérieur. Au niveau supérieur on y trouvait le logement, souvent situé au-dessus des granges ou des étables. Cela permettait de gérer le travail de la ferme même en cas de neige ou de mauvaises conditions météorologiques et de profiter de la chaleur venant des étables ou des bergeries.

Ces plus grands bâtiments, avec étage, possédaient de petites chambres à l’étage disposées sous les versants de la toiture, un grenier et une cave

Dans certaine région, le plus souvent en montagne, le soubassement de la maison était réalisé en pierre afin de protéger le bois de l’humidité et de récupérer la pente du terrain.

Le bois des madriers était soit laissé « brut » soit enduit d’un plafonnage composé d’argile et peint ensuite avec de la chaux blanche ou teintée d’ocre ou de bleu.

Le chaulage à pour but essentiel de protéger le bois contre les insectes, les microbes et les bactéries. Quant à l’utilisation de peinture, les tons utilisés, ocre, bleu… outre l’aspect esthétique, elle avait aussi pour objectif de chasser les insectes, rampants comme volants (1).

Composition de la maison

Les éléments clés de la maison de plain pied étaient : la cuisine, le cellier, la pièce de séjour comprenant le lit.

Plan d’une maison traditionnelle de plain pied comportant : 1 l’entrée centrale avec perron ; 2 le cellier ou débarras ; 3 antichambre ; 4 l’izba, la chambre principale (pièce de séjour) et 4a le four maçonné.

A l’intérieur d’une maison en bois slovaque

En Slovaquie, la disposition de la maison avait un caractère d’utilité et de simplicité. Voyons cela un peu plus en détail.

La simplicité tout d’abord. Pour y vivre, les habitants avaient un logement comprenant une pièce, qui servait de cuisine dans le vestibule de l’entrée (antichambre) – 1 – ; une chambre et pièce de séjour – izba en slovaque – 4 – où se trouvait un four maçonné – 4a-.
Dans la cuisine – 3 -, on trouvait le poêle et la cheminée ou plus tard, le poêle et des meubles de bureau, bureau, lit, coffre à vêtement. Les pièces d’entreposage des aliments étaient situées à proximité – 2 -.

Comme éclairage, on a d’abord utilisé les lanternes et les bougies, plus tard les lampes à pétrole – kahance et ensuite l’électricité.

L’espace de vie principal était bien entendu centré dans la maison et devait faciliter la vie et le travail de ses habitants, comme la préparation des repas, le repos, l’accueil des visiteurs, les cérémonies…

La pièce principale (2), l’izba, était pourvue d’un lit, d’une table, de bancs, de chaises, d’étagères, d’armoire d’angle, d’objets décoratifs comme des articles en bois décorés de sculptures ou de peinture sur bois ainsi que les petits ustensiles de cuisine en bois comme le casier support pour les cuillères à soupe – lyžičník ; les récipients à épices; les planchettes à découper – lopár, le fouet mélangeur – habarka que l’on fait tourner en se frottant les mains, pilon, plat…

Lorsqu’il y avait un bébé, le berceau était à proximité du lit des parents, soit accroché au plafond, soit posé au sol.

On retrouve un endroit particulier dans l’izba, le coin sacré – svätý kút en slovaque. C’est le coin d’apparat ou d’honneur. Il se trouve à l’opposé du coin où se trouve le poêle, souvent c’est à cet endroit, près de la fenêtre, au sud, que l’on place la table et l’étagère des icônes où des peintures saintes, selon le rite, sur verre, sur toile, sur papier ou d’autres objets « sacrés » pour les habitants du lieu comme la toile brodée, la gerbe de la dernière moisson…

Dans la cuisine, on retrouvait bien entendu les différents ustensiles de cuisine comme des plats en terre cuite. On y trouvait les pots à lait en argile avec une anse – mliečnik, les divers pots à eau, cruche, pichet, bassine, casserole, conçus pour la cuisine, le stockage de lait et de levure. De même que les pots de grès ou en faïence, les pots à ventre avec poignées ou les pots à col étroit. On y trouvait aussi l’évier moulé pour stocker l’eau potable dans le froid pour le travail du terrain, des bols en faïence, en grès, ou encore des pots en étain, en cuivre, en porcelaine ou d’autres contenants métalliques à corps bulbeux, utilisés pour le stockage à court terme de boissons, de liquides et d’autres récipients dont le ballon était plus étroit (pour emporter lors de déplacement, de voyage) et des bouteilles en verre pour l’alcool. S’y trouvait encore la truhlica – le coffre ou la boîte en bois, le súdok – un tonnelet en bois ou en grès pour la choucroute.

La finition intérieure comportait des tableaux, des peintures sur verre à motif religieux, Madone, saints patrons… mais aussi des motifs à caractère populaire comme les motifs de Jánošík en rappel à la légende de Janošik, des chiffres en forme de fleurs…

Sur les étagères, on plaçait des poteries peintes, mais on déposait aussi la literie – les oreillers et la couverture avec des motifs tissés ou en tissus coloré ou imprimés bleu-indigo.

Et, bien entendu, une partie de la décoration des logements était composée de sculptures populaires en bois : jouets, personnages civils ou de personnages saints de Bethléem comme Madone, Pietà, saints bienfaiteurs…

A l’intérieur encore, les troncs étaient soit laissé « brut » soit, pour récupérer les « bosses », enduit d’un plafonnage composé d’argile et peint ensuite avec de la chaux blanche ou tout simplement enduit de chaux. La chaux était utilisée pour son effet antiseptique et aussi parce qu’elle laissait « respirer » la cloison et empêchait la condensation de la vapeur d’eau.
Mais, auparavant, afin de rendre étanche aux vents les interstices entre les troncs, ces espaces étaient complétés soit de mousse végétale, soit d’une latte coupée en triangle ou soit encore, le procédé le plus courant, d’une corde de chanvre tressée chassée dans l’interstice du joint.

Le sol

Le sol de la partie habitée consistait le plus souvent en un plancher en bois sur lequel un (ou plusieurs) tapis était posé.

Mais le sol était parfois en terre battue, lissée. Parfois, un tapis posé à même la terre améliorait le confort de cet intérieur d’habitation.

Les parties « non-habitables » de la maison comme le cellier, le débarras, l’atelier… étaient, la plupart du temps, en terre battue.

Le toit

Le plus ancien type de matériau de couverture fut l’écorce d’arbre, qui une fois déposée sur le toit de la maison, était complétée par des roches plates ou, parfois, par de la mousse végétale voire du gazon séché.
Plus tard, les hommes ont utilisé un revêtement plus durable et notamment les bardeaux de bois – šindeľ en slovaque, qui sont devenu une des caractéristiques de l’architecture en bois.

Dans certaines régions, on utilisait la paille, comme pour les maisons des Habáni – Anabaptistes à Velké Leváre ou encore des roseaux, en particulier dans le sud de la Slovaquie, dans la plaine du Danube.

L’eau pluviale qui ruisselle sur les versants n’est pas toujours canalisée par une gouttière au pied du versant de la toiture. Ce pied de versants débordent largement des murs, de cette façon l’eau est rejetée à distance des murs (c’est le principe de la gargouille dans la construction des cathédrales). C’est aussi pour cette raison que le soubassement de la maison est réalisé en pierre.

L’autre partie de la maison comportaient les bâtiments agricoles, la grange, le grenier à blé et/ou à pommes de terre, la fosse à grains de blé…

Dans le village de Martinček, près de la ville de Ružomberok, on peut voir sur la colline, en-dessous de l’église gothique Saint-Martin (3), 35 petites constructions étranges. En fait, ce sont de petits toits en bois, appelés dáška (des dášky) mot dérivé de l‘allemand dach – petit toit qui couvrent une fosse de 5 mètres de profondeur environ et qui servent, pour les habitants, au stockage de pommes de terre ou de légumes.

PS : vous pouvez découvrir ces constructions de maisons dans le village classé au Patrimoine de l’UNESCO de Vlkolinec mais aussi dans le village de Podbiel… auprès des remarquables églises en bois de Sväty Križ, Kežmarok, Hervartov, Ladomirová… et, bien entendu, dans les Musées de plein air – Skanzen où là vous pouvez aussi pénétrer à l’intérieur de certains bâtiments.

Notes

1 Certains bleus comme le « bleu de Prusse » ou le « Pastel des teinturiers » sont connus pour leur qualité d’action répulsive contre les insectes.

2 L’izba, la chambre « traditionnelle » prise dans le contexte de l’habitation est la pièce de vie,  c’est pour nous, notre « living room, notre pièce de séjour ».

3 Cette église dédiée à saint Martin comporte de très jolies fresques d’origine (13e – 14e siècle).

Cet article en pdf : Slovaquie, batiments en Bois

Sources

Perly ľudovej architektúry. Miroslav Sopoliga. DINO. 1996

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Le monde mythologique russe. Lise Gruel-Apert. Ed. Imago. 2014

Une histoire symbolique du Moyen Age occidental. Michel Pastoureau. Ed. du Seuil. 2004

Histoire de l’habitation humaine. Viollet-le-Duc. Ed. Pierre Mardaga. 1978

 

 

Découvrir la Slovaquie

La Slovaquie – Slovenská republika – est une jeune république. Indépendante depuis le 1er janvier 1993 située au centre de l’Europe et est membre de l’Union Européenne depuis le 1er mai 2004. L’Euro est devenu la monnaie officielle depuis le 1er janvier 2009.

On peut dire que la Slovaquie est un pays mosaïque. Une mosaïque composée d’une nature, flore et faune, très diversifiée et composée de forêts, de prés, de vergers, de montagnes, de vignobles, de hameaux, de villages, de petites et grandes villes, de villes d’eau, de lacs naturels ou artificiels, de parcs naturels, de grottes, de musées en plein air appelés skanzen, de splendides églises en bois, de châteaux, d’églises romanes, gothiques… Tous ces éléments ont forgé ce petit pays de 49.036 km2 et de 5.432.438 habitants (1) où l’art populaire et la culture sont mis en valeur aux travers de différentes activités tout au long de l’année.

Géographiquement, la Slovaquie est au centre de l’Europe et est entourée par l’Autriche, la Tchéquie, la Pologne, l’Ukraine et la Hongrie.

Le Danube, venant de Vienne, passe au pied des ruines du château de Devin, près de Bratislava, qui surplombe le confluent de la Morava et du Danube. Le Danube va ensuite continuer son parcours vers la capitale de la Slovaquie, Bratislava, où il passera au pied du château de Bratislava, notamment habité, au milieu du 18e siècle, par l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche alors « roi de Hongrie » et aujourd’hui restauré ainsi qu’au pied de la cathédrale gothique Saint-Martin, avant de poursuivre son cours vers l’écluse et la centrale hydroélectrique de Gabčíkovo avant de quitter le territoire slovaque après la ville frontière hongroise d’Esztergom.

Les rivières les plus importantes sont le Váh d’une longueur de 403 km de long et le Hron ,298 km, qui prennent leur source dans les Tatras et qui se jettent dans le Danube.

Les montagnes, à l’Est de la Slovaquie, font partie du massif des Carpates. Le point culminant est le mont Gerlach – Gerlachovský štít – 2655 m situé dans les Hautes Tatras – Vysoké Tatry. Le parc national des Basses Tatras – Nízke Tatry – est le plus grand parc national de Slovaquie et le Parc du Paradis slovaque – Slovenský raj – protège la zone de Karst slovaque et compte l’une des plus grandes grottes glaciaires du monde. De plus, sur le territoire slovaque on compte 9 parcs nationaux et 16 zones territoriales protégées.

L’architecture populaire est mise en valeur dans plusieurs villages comme à Podbiel, Čičmany et surtout dans les skanzens, les musées en plein air qui permettent de découvrir le cadre de vie des habitants et les constructions en bois, matériau de constitution privilégié par la quantité importante des forêts d’une grande partie de la Slovaquie. En saison, de nombreuses activités folkloriques se déroulent dans ces musées en plein air.

De nombreux châteaux, souvent les ruines, côtoient les castels et manoirs. La liste est trop longue mais nous en citerons trois : le château romantique de Bojnice – Bojnický zámok, le château d’Orava – Oravský hrad et le manoir de Betliar qui sont des lieux incontournables.

Le vin et la bière font aussi partie du patrimoine slovaque. Dans les Petites Carpates près de Bratislava se perpétue une tradition viticole vieille de 700 ans, comme dans la région de Nitra, sans oublier le Tokaj slovaque dans la région de Zemplin ni la medovina.

Autre partie de la mosaïque, les églises romanes, gothiques et les églises en bois avec leurs caractéristiques suivant le rite pratiqué : greco-catholique, catholique romain, orthodoxe et les églises articulaires protestantes qui sont le reflet d’une partie du passé historique de ce pays.

Puisque nous évoquons le passé historique de la Slovaquie, nous terminons cette brève présentation du pays par un passé plus récent, la deuxième guerre mondiale. Dans la ville de Banská Bystrica se trouve le musée SNP – le Soulèvement national slovaque du 29 août 1944 auquel des partisans français ont participé (2) et les sites de Dukla près de la ville de Svidnik.

UNESCO

Sept sites sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial culturel et naturel de l’UNESCO :

1 Banská Štiavnica – ville historique avec des monuments techniques dans les environs (1993)
2 Château-fort de Spiš (Spišský hrad) et ses monuments culturels associés : de Spišská Kapitula et de Spišské Podhradie, l’église médiévale de Žehra, le site Dreveník, la ville historique de Levoča et les œuvres de Maître Paul de Levoča (1993)
3 Bardejov – réserve de conservation du centre historique de la ville (2000)
4 Vlkolínec – réserve d’architecture vernaculaire du village en bois près de Ružomberok (1993)
5 Grottes du Karst slovaque (1995)
6 Forêts primaires de hêtres des Carpates (2007)
7 Églises en bois de la zone des Carpates (2008)

Bref de quoi satisfaire la curiosité de plus d’un touriste.

Et tout cela sans parler de la gastronomie…

Voyager en Slovaquie

Se restaurer

Krčma, Hostinec, Koliba, sont des auberges qui proposent des repas traditionnels et qui sont ouvertes souvent tôt le matin et ferment tard (22h00). Quant aux Salaš – Bergeries ce sont des fermes-restaurants combinant l’élevage de brebis et la restauration – parfois le logement -. Ces bergeries proposent des produits de leur fabrication Halušky, Pirohy, Goulash de mouton…

Camping, logement chez le privé – Pension

A Liptovská Mara notamment, autour du lac du barrage, il existe plusieurs possibilités de camping de même que près du Paradis slovaque.

Le logement chez le privé – zimmer frei, sukromny – est assez répandu dans le pays.

Les pensions sont très fréquentes aussi.

La location de logement est un peu plus rare, mais il en existe de très beaux. Voyez, par exemple, sur le site www.panskydom.sk et cliquez sur « chalupa » dans Ubytovanie, vous découvrirez quelques photos. Ce logement peut accueillir de 6 à 10 personnes.

Sports d’hiver

Les stations des Hautes Tatras – Štrsbské Pleso, Starý Smokovec ; des Basses Tatras, Jasná ; des Fatras (Grandes et Petites) – Donovaly, Ski Park Ružomberok… disposent de toutes les infrastructures et sont très fréquentées.

Rafting et descente de rivières sont possibles

Infos pratiques

Magasins – musées

Fermeture des magasins le samedi à midi, sauf les grandes surfaces qui sont aussi ouvertes le dimanche (Kaufland, Tesco, Billa, Coop Jednota, CBA, Lidl…). De plus, ces magasins fonctionnent souvent de 6h00 à 22h00.

Le lundi est généralement le jour de fermeture des musées.

Sur la route

Alcool interdit pour les chauffeurs, tolérance zéro.

Il est obligatoire de rouler les phares allumés (feux de croisement).

Vignette obligatoire pour emprunter les autoroutes

Il s’agit maintenant d’une vignette électronique que l’on peut acquérir dans les stations-services. On vous demandera votre carnet d’immatriculation afin d’enregistrer votre immatriculation qui sera reprise sur le document papier, preuve du paiement, qui vous est remis. Il n’y a donc plus de vignette à coller sur le pare-brise.

Voir https://eznamka.sk/selfcare/purchase/

Prix de la vignette autoroutière en 2017

10 jours : 10 €

Un mois : 14 €

Un an : 50 €

PS : si vous souhaitez des renseignements n’hésitez pas à nous solliciter via notre adresse mail : www.vaheurope@gmail.com.

Nous vous garantissons une réponse dans les 48 heures

Notes

1 Chiffre au 17 janvier 2017 selon http://countrymeters.info/fr/Slovakia

2 Lire nos articles :

« Célestin Joubier, porté disparu » http://vaheurope.eu/?p=152

« Le monument de Strečno » http://vaheurope.eu/?p=255

« 29 août, jour du Soulèvement national slovaque SNP » : http://vaheurope.eu/?p=236

Photos : Alice Hura et Charles Bugan

Sitologie

http://slovakia.travel

http://www.muzeum.sk

http://www.muzeumsnp.sk

http://www.vhu.sk/dukla

http://www.drevenechramy.sk/drevene-chramy

http://www.tokaj.sk/

Sources

Ottova praktická encyklopédia Slovensko. Ottovo Nakladateľstvo. 2008

Slovaquie en bref. Ján Lacika. Ed Vydavateľstvo Príroda. 2005

L’Épiphanie en Slovaquie

En Slovaquie, comme dans plusieurs régions d’Europe centrale et orientale, à la période de Noël est affirmé un réel éclat de traditions masquées (1). On y rencontre des coutumes qui prennent la forme de jeux rituels, de spectacles bibliques, allant du passage de chanteurs de cantiques de Noël et de porteurs de Crèches de Bethléem ou de l’Étoile de Bethléem aux tournées des Rois mages à l’Épiphanie.

En Slovaquie, l’Épiphanie est appelée Traja králi ce qui signifie les Trois rois. C’est la fête du 6 janvier (2) qui tenait une grande place parmi les solennités de l’année chrétienne depuis l’époque médiévale.

Selon la tradition d’autrefois, les drames liturgiques représentant l’arrivée des Rois mages Gaspard, Melchior et Balthazar à Bethléem, guidés par l’étoile, venus d’Orient et qui apportaient à l’Enfant Jésus de riches présents, furent mis en scène tout d’abord dans les grandes églises des villes royales. Les rôles des personnages bibliques étaient joués par des instituteurs, des étudiants et des élèves.

En Slovaquie, la coutume de jouer la représentation théâtrale de la légende biblique, les mystères de Noël ou l’Adoration des Mages, en vogue depuis le milieu urbain médiéval s’est répandu au cours des siècles suivants dans le milieu rural. Là, le jeu biblique est alors devenu très populaire et s’est enrichi de nombreux chants populaires et de formes de souhaits en formules parlées. Souvent, la version était quelque peu modifiée localement, par exemple un texte était de plus courte durée, les rôles des personnages variaient, les épisodes de pièces différentes étaient combinés… Ils existent ainsi de nombreuses versions locales de jeux bibliques populaires des Trois Rois mages.

C’est probablement la légende Historia trium regum écrit en 1364 (3) par un moine de l’Ordre du Carmel Johannes Hildesheim (1310 – 1375), qui a créé le profilage de la fête des Rois mages dans les pays germaniques et donc aussi, indirectement, dans les régions slovaques habitées dans le passé par des communautés allemandes.

Selon l’ethnographe slovaque renommée Sonia Kovačevičová (1921-2009), le spectacle des Mystères de Noël a commencé à être joué dans les rues de la ville de Bratislava (anciennement Presbourg) en 1439. Auparavant, les Mystères de Noël étaient joués dans les églises de cette ville. Puis, d’autres villes vont suivre l’exemple et laisser jouer ce spectacle. A l’époque ce sont les villes royales libres de Bardejov, de Prešov, de Levoča, de Kežmarok

La coutume du cortège des Trois Rois mages dans les campagnes slovaques

Le cortège populaire des Trois Rois parfois appelé la Marche avec l’Étoile était, dans certaines régions slovaques, avec quelques différences toutefois, très répandu dans presque toute la Slovaquie mais surtout en Slovaquie centrale et orientale.

Anciennement, on fêtait l’Épiphanie par l’arrivée de trois jeunes hommes ou jeunes garçons déguisés en Rois mages. Ils allaient de maison en maison en récitant ou en chantant des poèmes qui paraphrasaient la légende du Nouveau Testament commémorant l’Adoration des mages à peine l’enfant Jésus né.
Pour ce cortège, les garçons portaient sur le corps une longue chemise blanche, sur la tête une haute couronne ornée d’une croix et ils tenaient à la main un bâton, parfois ils portaient un petit modèle en bois de la Crèche de Bethléem.

La soirée du jour des Trois Rois était l’occasion d’une fête pour la jeunesse slovaque, laquelle organisait un festin collectif.

La quête du cortège du clergé catholique

Encore aujourd’hui, pour l’Épiphanie en Slovaquie, il existe une tradition qui est « le cortège du curé avec les servants d’église ». Ils font du porte à porte auprès des demeures catholiques et vont bénir les maisons et écrire sur le dessus des portes des maisons trois lettres G – M – B. Il s’agit des initiales des rois mages Gaspard, Melchior et Balthazar. Ils ajoutent à ces trois lettres le millésime, ce qui donne pour cette année : G – M – B – 2017 (4)

En Slovaquie, le 6 janvier, le cortège des Trois rois mages visitant des maisons, les gens disaient « qu’ils contrôlaient l’inscription des initiales G – M – B sur les portes ». Là où ils ne trouvaient pas cette inscription ils apportaient, prétendument, tout bonheur à la famille !

Déjà au 16e siècle, l’Église protestante interdit les quêtes du clergé protestant à l’Épiphanie. Au premier tiers du 19e siècle, Jan Kollar (1793-1852), pasteur protestant, poète et collectionneur du folklore slovaque a publié de 1834 à 1835 une critique dans son œuvre Narodnie spievanky. Il s’agit d’un recueil de chants populaires, qui contient 2675 chants populaires slovaques collectés par Jan Kollar dans les dix comitats de ce qui était alors la Haute Hongrie, donc sur le territoire de la Slovaquie actuelle. Je cite : « Que chez les slovaques, la Koleda est devenue une coutume de quête ecclésiastique, selon laquelle, prêtre, recteur, sacristain, certains chanteurs du chœur et des fidèles, les hottes sur le dos, circulaient à la Nouvelle année dans les rues du village et de la ville, de porte en porte des maisons en chantant des chants religieux et en collectant de l’argent et des provisions ».

Les spectacles bibliques

Une forme ancienne des coutumes de Noël du 18e siècle d’un genre de spectacle biblique popularisé dans le milieu rural de l’ancien comitat de Zvolen (en Slovaquie centrale) est enregistrée. Selon les sources ethnographiques publiées récemment, les acteurs de ce spectacle biblique, en forme de jeu populaire, étaient la jeunesse du village qui se rassemblait en cortège des Trois Rois.
Les jeunes gens déguisés avaient en rôles principaux : un Ange, habillé d’un vêtement long blanc ceinturé et ayant sur le dos deux ailes d’oie. Il tenait un bâton sur le bout duquel se trouvait une étoile en papier et une chandelle de cire allumée qui faisait comme un lampion. Deux autres personnages, des bergers, appelés Kubo et Lauro, portaient des vêtements de bergers de la région. Un personnage biblique, Joseph, vêtu d’une pelisse de fourrure de mouton ceinturé par un cordon de paille tressée, portait sur la tête un bonnet de fourrure de mouton, et il maintenait sur l’épaule, une grosse trousse pour les cadeaux. Le personnage biblique de Marie, vêtue d’un costume féminin, tenait dans ses bras un petit berceau avec une poupée d’enfant. Les trois rois, Gaspard, Melchior et Balthazar, étaient vêtus de costumes luxueux et ils avaient le visage noirci de suie de fumée. Ce groupe visitait les maisons, les fermes. Ils se présentaient dans la cour de la maison et jouait le spectacle. Placés autour d’une scène biblique, ils récitaient des vers traditionnels de bonheur et de prospérité, de fertilité et de fécondité pour tous, bétail compris, pour l’année qui commence.

Les cortèges avec l’Adoration des Mages, joués le jour de l’Épiphanie, et la fête des Rois clôturaient les réjouissances du cycle des douze jours qui préfiguraient le Carnaval.

Dévotion à la crèche de Bethléem en Slovaquie

Le jeu populaire de la légende de l’Annonce aux bergers trouve son origine dans l’évangile de Luc 2, 6-20, quant aux « mages » c’est dans Matthieu 2, 1-11 (5).

Les bergers se rendirent à Bethléem, et c’est ainsi qu’existe une adoration des bergers qui fait pendant à l’adoration des Rois. Toutes ces légendes étaient très populaires sur le territoire slovaque et cela a donné la Marche avec l’Étoile de Bethléem, une étoile fixée sur un long bâton

Les Jeux pastoraux de Bethléem interprétés par les bergers slovaques

Les récits populaires représentant le scénario de l’Annonce aux bergers et leur arrivée à la crèche de Bethléem trouvent leur origine dans les pièces liturgiques médiévales, cependant, elles étaient enrichies par une humeur apportée par des éléments particuliers de la culture populaire slovaque même s’il est évident que le scénario, quoique réduit à une synthèse de quelques gestes répétitifs, était profondément symbolique.

Lors du déroulement de la fête dans les régions montagneuses slovaques, le cortège des bergers faisait du porte à porte dans le village en récitant des poèmes de Noël, en chantant et en dansant dans la « chambre » (6) de la maison, devant la toute famille. À la fin de la représentation, on leur offrait des friandises ou de l’argent.

Dans la région de Turiec, habitée à majorité par les protestants, c’était le cortège des jeunes bergers de la région d’Orava, pourtant catholiques, portant la Crèche de Bethléem (7). Ils visitaient les maisons des villages ou ils étaient aussi invités par des familles évangéliques protestantes. Les bergers d’Orava porteurs de la Crèche étaient vêtus d’un pantalon de drap blanc et tenaient en main un bâton. Ils chantaient en dansant en tournant comme dans une ronde et ils marquaient le rythme en frappant avec le bâton sur le sol. Ce spectacle était scandé par la récitation de souhaits de bonheur, de prospérité et de la bénédiction divine pour la santé de leurs hôtes.

Les personnages principaux du jeu de l’Annonce aux bergers, étaient l’Ange représenté par un garçon déguisé, vêtu d’une longue chemise blanche avec des ailes sur le dos et portant un modèle de Crèche de Bethléem en papier peint ou en bois sculpté. Les autres personnages étaient vêtus du costume populaire traditionnel des bergers, avec dans le rôle de Chef-berger, Bača, et trois personnages dans le rôle des Bergers valaques sous les noms de Stacho, Fedor et Kubo, ce dernier représentant un « pauvre » gars du village (8).
La structure du jeu des bergers était la même partout. Le jeu était interprété par cinq acteurs, souvent des paysans du village. L’événement du jeu se déroule depuis le moment où l’Ange leur annonce qu’un enfant merveilleux est né. Les acteurs du jeu de bergers chantent un refrain très populaire au temps de Noël dont voici pour exemple un chant de la région de Liptov :

Pásli ovce valasi
pri Betlemskom salaši,
hajdom, hajdom, tidlidom.
Anjel sa im ukázal
do Betlema ísť kázal,
hajdom, hajdom, tidlidom.
Vstante hore a iďte,
Pána Krista nájdete.
Nájdete ho v jasličkách,
ovitého v plienočkách,
hajdom, hajdom, tidlidom!

Que l’on peut traduire par :

Les bergers gardent les moutons près de la bergerie de Bethléem, hajdom, hajdom, tidlidom ;
L’Ange leur est apparu et leur disant d’aller à Bethléem, hajdom, hajdom, tidlidom ;
Il dit : Réveillez-vous, allez hajdom, hajdom, tidlidom ;
Le Seigneur Jésus-Christ vous le trouverez, hajdom, hajdom, tidlidom ;
Vous le trouverez dans la crèche, emmailloté dans un petit maillot, hajdom, hajdom, tidlidom !

Les superstitions

Voici quelques superstitions en rapport avec le jour de l’Épiphanie

L’eau bénie ce jour était ajoutée à la nourriture pour le bétail par les paysans,

La chandelle bénie, appelée la chandelle des Trois Rois, était allumée près du lit d’un mourant ou en temps d’orage,

Le cercle qui était dessiné par la craie bénie devenait un endroit sécurisant qui empêchait l’entrée des puissances obscures néfastes. Avec cette craie bénie était dessinée une ligne de contour autour de la porte et des fenêtres des étables pour empêcher aux sorcières l’entrée dans l’étable du bétail,

L’ail béni étaient porté par les gens qui étaient obligé de se déplacer sur l’eau, de traverser un gué. Cet ail était un moyen efficace contre les esprits néfastes de l’eau – Vodník – esprit des eaux, Maître des eaux douces dans les contes populaires.

Tous moyens bénis le jour de la Fête des Trois Rois étaient utilisés par les gens soit contre les mauvaises et néfastes puissances comme les enchanteresses, les sorcières, les démons, les esprits de l’eau…, soit contre une catastrophe naturelle comme tempête, sécheresse, inondation, grêle… et les incendies.

Autrefois, dans la vallée du Hornád, les habitants ruraux très superstitieux apportaient à l’église pour la bénédiction du jour de l’Épiphanie, une petite cruche contenant de l’eau et un panier contenant divers éléments comme du sel, de la craie, de l’ail, de l’oignon, de la pomme de terre, des graines de blé. Ces éléments étaient une partie des plats exposés sur la table de Noël, éléments auxquels on ajoutait un morceau de pain de Noël duquel on avait prélevé la mie remplacée alors par des miettes des gâteaux de Noël et des coquilles de noix. Au printemps, ils plaçaient le contenu de ce panier béni dans le premier sillon labouré du champ, ainsi le blé était semé et la pomme de terre était enterrée.

La coutume de la bénédiction de l’eau, du sel et de la craie à l’Épiphanie est encore pratiquée de nos jours dans les églises slovaques.

En Slovaquie, l’Église gréco-catholique fêtera le 6 janvier l’Apparition de Jésus-Christ aux Rois mages, c’est une grande fête de la religion uniate.
L’Église orthodoxe slovaque, célébrera ce 6 janvier la Nativité de Jésus-Christ, la Fête de Noël, selon l’ancien calendrier julien.
Pour l’Église catholique slovaque, le 6 janvier, et selon les anciennes coutumes, on procèdera à la bénédiction divine de la Fête des Rois mages des objets apportés par les fidèles. C’est ainsi que dans les églises sera béni l’eau, l’ail, une chandelle de cire, une craie blanche et parfois aussi le sel.

Texte extrait de notre conférence : Les traditions de Noël en Slovaquie

Notes

1 En Europe centrale et dans les Balkans, les termes « masques, masqués » ne désignent pas seulement ce qui déguise le visage mais tout un ensemble.

2 La date de la Nativité a été, en 354, à Rome déplacée du 6 janvier au 25 décembre. Le 6 janvier deviendra alors la date de l’Épiphanie.

3 Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Zuzana Drugová.

4 C – M – B, ces initiales peuvent être interprétées comme celles des Rois mages : Caspar (ou Gaspar), Melchior et Balthasar, mais peuvent également être lues comme l’acrostiche de « Christus Mansionem Benedicat », « que Christ bénisse cette maison ».

5 Le mythe des Mages fut très prisé dans les Églises du Proche-Orient, et sans doute « prescrite » sous l’influence de l’Église perse, avec l’inspiration de textes « apocryphes » comme le Protévangile de Jacques ,l’Évangile de l’enfance, les Actes de Thomas et surtout l’Opus imperfectum in Mattheum attribué à saint Jean Chrysostome. Dans la Légende dorée de Jacques de Voragine, lire « La nativité de N.S. Jésus-Christ selon la chair » et « l’Épiphanie du Seigneur ».

6 Comme déjà dit dans un article précédent, le terme « chambre » doit être compris dans ce contexte comme « pièce de séjour ».

7 L’invitation a présenter dans cette région majoritairement protestante le spectacle de la « Crèche de Bethléem » par des jeunes bergers catholiques de la région d’Orava vient du fait que ce spectacle n’existant pas chez les protestants, c’étaient les jeunes bergers venant de la région d’Orava qui assuraient la représentation. La plupart de ces bergers étaient et seront les travailleurs saisonniers chez les riches propriétaires protestants de la région de Turiec.

8 Kubo est un personnage, un homme, pas très propre, jovial, un peu « benêt » revêtu d’une veste de mouton à l’envers, il porte sur la tête un vieux chapeau de berger en mouton, son visage est noirci de suie de fumée. C’est un personnage mi-homme mi-animal (le chien du berger ?). Kubo symbolise le sans-souci, la simplicité, il fait des « bêtises ». Mais à un moment de leur danse, Bača, Stacho et Fedor vont former un triangle, tenant leur bâton à bout de bras vers le haut et Kubo est couché sur le sol au centre, sous la protection des bâtons des bergers. Le nom de Kubo est dérivé du prénom Jakub.

Voir la remarquable vidéo Vianoce v Karpatoch  par le Ballet folklorique national slovaque Lúčnica sur youtube (lien ci-dessous).

www.youtube.com/watch?v=NjYRU8pWYDo

Sources

Ľudová kultúra. Zuzana Beňušková. Kultúrne Krasý Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009.

Les Fêtes de Dieu. La foi, l’histoire, les mythes. Guy Deleury. Ed. du Félin. 1994

Dictionnaire d’iconographie romane. Marc Thoumieu. Ed. Zodiaque

La fête au Moyen Âge. Gérard Lomenec‘h. Ed.Ouest-France. 2015

La Sainte Bible. Par Louis Segond. Ed. La Société Biblique Canadienne. 1976

1er janvier, nouvelle année

Le Nouvel an en Slovaquie

Le 1er janvier est considéré comme le début de l’année, mais ce n’était pas le cas autrefois. Ce n’est qu’à partir de 1582 que la date du Premier janvier a été officiellement introduite par le pape Grégoire XIII pour être abandonnée puis réintroduite par le pape Innocent XII en 1691.

C’est en 1587, que la date du calendrier grégorien est officiellement adoptée dans le Royaume de Hongrie et, bien entendu, sera en vigueur sur le territoire de la Slovaquie actuelle, l’ancienne Haute Hongrie.

Ce changement a eu un effet rapide dans les coutumes traditionnelles de la culture populaire slovaque. En effet, la conséquence de ce changement de calendrier annuel, fut que les coutumes et les rituels auraient lieu dorénavant pendant la période du nouvel an, entre le 25 décembre et le 6 janvier, alors qu’ils commençaient auparavant à la fin du mois de Novembre. Selon les ethnographes, à cause de ce changement de date, les coutumes et rites liés au Premier janvier se sont déplacés à cette nouvelle période tout en respectant les traditions précédentes dont ils ne sont, en principe, que leur répétition.

Les rites fixés au début de la matinée au Nouvel an

Le rituel du lavement et du nouveau feu dans le foyer

Sur tout le territoire slovaque cette coutume du lavement était pratiquée de bon matin du premier jour de la nouvelle année.

Selon la coutume de ce jour-là, l’homme – le maître de maison – en sa qualité de « premier de famille » se levait tôt le matin pour apporte l’eau fraiche à la maison. Selon les localités slovaques, c’est le fils cadet de la famille, qui allait, tout de suite après minuit, chercher l’eau du puits ou du ruisseau dans un seau en bois.

Le maître de maison souhaitait alors le « Bonjour » en récitant la formule magique : « Prv je voda než oheň, daj, Bože dobrý deň » que l’on peut-être traduire par : « L’eau était la première avant le feu, donne, Bon Dieu le Bon jour ». Le maître de maison va alors tremper un rameau dans cette eau et asperger la maison en commençant par le toit et l’étable en récitant cette formule magique de façon à assurer la protection contre les incendies, fréquents auparavant dans les maisons en bois du village. Puis, tous les membres de la famille se lavaient rituellement, chacun à leur tour, avec l’eau apportée dans le seau dans lequel on avait précédemment jeté, selon la localité, une pièce de monnaie pour la richesse et une pomme pour la santé ou au lieu de la pomme, on ajoutait du raifort pour la force (1).
Le rituel du « lavement » de la famille avait pour but d’assurer l’unité familiale.

Une variante de ce rite voulait qu’avant d’asperger la maison et l’étable, le maître de la maison aspergeait les membres de la famille et la chambre (2).

La puissance magique de cette matinée se retrouvait aussi avec le miel. Dans ce rituel, la mère de famille, marquait le front de chaque membre de la famille avec du miel, ainsi que la porte de la maison. On croyait que le miel était une fortune, un cadeau de joie.

Après le lavement rituel de la famille, le maître de maison allumait le feu dans le foyer et allumait la lumière de la maison.

Dans la région de Hont, de bon matin, le maître de maison, entrait dans l’étable des vaches et constatait selon la position des vaches si elles avaient été visitées pendant la nuit magique par les sorcières : si elles étaient couchées, tout était en ordre, mais si elles étaient débout, le maître de maison raisonnaient qu’elles avaient été inquiétées la nuit par les sorcières.

Les superstitions

Dans la région ethnographique de Horehronie, on croyait que le rêve du sommeil de la nuit de la Saint-Sylvestre à la Nouvelle année deviendrait réalité puisque cette nuit avait une puissance magique.

Les gens croyaient que le premier jour de l’année marquait toute l’année « tant au Nouvel-An, et tant tout l’an ». Donc, les gens faisaient attention à la manifestation d’émotions négatives ce jour-là : ils se ne querellaient pas, ils ne pleuraient pas… La fille à marier croyait que si elle tombait trois fois, ce qui n’était pas rare par ce temps en plein hiver sur le verglas, que dès lors, son nom « tomberait » trois fois à l’annonce du mariage de la chaire à l’église et qu’elle allait alors se marier dans l’année (3).

Au Nouvel an, il faut bien faire attention que la maison soit propre, sans saleté et tout rangé en ordre, chez les gens comme pour le bétail.
Comme pour d’autres moments de la période de l’avent, nous l’avons vu dans les articles précédents, il y avait l’interdiction de certains travaux féminins : pas laver la lessive et pas suspendre du linge sur un séchoir. Les femmes ne cousaient pas, car c’était une interdiction superstitieuse de prévention afin que les poules pondent bien (4) de plus, si par malheur une femme pratiquait un tel travail, ses doigts allaient devenir purulents.

La visite d’une femme tôt le matin du nouvel an était mal perçue, de même que la visite d’un malade ou d’un vieux. C’est pour cette raison que dans certaines localités autour de la ville de Bardejov, tout de suite après minuit, des musiciens tsiganes jouaient sous les fenêtres des maisons du village afin d’apporter de bons signes pour la nouvelle année.

De même, tôt le matin, la visite à la maison par une personne étrangère était aussi mal perçue. Si la visite était nécessaire, le visiteur devait apporter à la maison un gâteau ou de l’argent, de cette façon, il proclamait qu’il apportait non un dommage mais un avantage pour la maison visitée

La météo prémonitoire

Les prévisions météorologiques étaient fréquentes au jour de Nouvel-An, en voici deux :
– si au début de la matinée l’aurore est bien rouge, l’année nouvelle sera marquée par des tempêtes et par de mauvaises récoltes.
– une pluie fine mais intensive annonce de bonne récolte dans les champs et il y aura de gros épis de blé.

Les quêtes matinales du Nouvel-An par les jeunes hommes

De bon matin, un cortège de garçons faisait la tournée traditionnelle du village et ils présentaient leurs vœux en récitant en vers des vœux de bonheur et de bonne santé…
Dans certaines localités, les garçons après leurs arrivées à la maison, jetaient des graines de blé sur le seuil de maison, pratiquant ainsi un rite visant à assurer la prospérité de la maison visitée.
Dans la Slovaquie centrale, les récits de vers amusant de bonheur et de bonne santé de la nouvelle année était très répandu. Voici par exemple un vœu teinté d’humour : « Vinšujem vám šťastlivý nový rok, aby vám odpadol z pece bok a z povaly hrada, aby sa vydala vaša dievka mladá » qui peut être traduit par : « je vous souhaite une heureuse nouvelle année, afin que tombe votre coin de feu – du four – et une poutre du plafond afin que votre jeune fille se marie ».

Dans le village de Rača, aujourd’hui un quartier de la capitale slovaque Bratislava, le fossoyeur de la commune accompagné de sa famille faisait la tournée de quête. Ils prononçaient des vœux de bonne année et obtenaient des victuailles – farine, vin, pommes de terre, saindoux, œufs…

Dans la région du nord d’Orava, de Spiš et de Horehronie, on cuisait une pâtisserie spéciale pour les quêteurs de Nouvel an, appelée novelátka ou novoročátka dans la région d’Orava.

Après le lever du soleil les voisins se rendaient visite en prononçant des vœux de bonne année et se tendaient la main. Alors, commençait le temps de paix, il arrivait même que des voisins en courroux l’un envers l’autre buvait le verre d’amitié en cette matinée du Nouvel An.

Le jeu d’Adam et Eva chassés du Paradis

Avant ce jeu était connu comme le cortège avec le serpent. Il s’agit d’un jeu selon un épisode biblique popularisé en Slovaquie depuis le Moyen Âge mais tombé en désuétude au milieu du 20e siècle.
La pièce était inspirée de l’Ancien Testament, chapitres 2 et 3 de la Genèse, consacré à la Création. La base du drame est le chant populaire au motif liturgique illustrant la création d’Adam et Éve au Paradis. Les vœux du cortège étaient prononcés par de petits garçons, de 10 à 12 ans, portant un accessoire théâtral qui était appelé le serpent. Ce « serpent » avait une tête de serpent en bois, le corps plié en accordéon. Il était porté par deux garçons qui le tenaient tel un accordéon pendant leur chant. Ce serpent portant une petite couronne avec une bougie allumée sur la tête et sur sa langue la pomme, symbole du fruit de la Tentation du jardin d’Éden. Le jeu était joué au temps de Noël et surtout au Nouvel An de porte en porte dans les villes de Krupina, de Banská Bystrica, de Banská Štiavnica et de Ružomberok, où les petits acteurs étaient récompensés.

Superstitions culinaires

Le repas du Nouvel-An était et est soigneusement préparé, sur la table ne manquent pas la viande de porc symbolisant la prospérité, MAIS la viande de volaille et de lapins était interdite car selon la croyance populaire, la fortune allait s’envoler ou courir loin de la maison après la consumation de ces viandes.

Par ailleurs on préparait, prépare encore, le potage de lentilles car selon la croyance populaire toujours, la lentille est un symbole de l’argent. Pour la même symbolique, dans d’autres endroits, on cuit des gâteaux au pavot. La cuisson des pirohy, pâtes farcies traditionnelles assurait le gros bétail de la ferme, ou la cuisson de longues nouilles assurait de grands épis de blé sur les champs.

Notes

1 La pomme ou le raifort trouve ici la même valeur symbolique : santé et force.

2 La chambre est ici prise dans le contexte de l’habitation on pourrait parler de « pièce de séjour » (voir photo).

3 Anciennement, les fiançailles étaient annoncées trois fois par le prêtre à l’église, puis le mariage pouvait avoir lieu.

4 Coudre signifiait, symboliquement, le fait de « fermer » le cloaque, l’orifice par lequel passe les œufs.

Texte extrait de notre conférence : Les traditions de Noël en Slovaquie

PS : les photos  du « serpent » d’Adam et Eve proviennent de Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003 et de « Serpent » d’Adam et Eve – région de Hont en 1910 (photo NB de : archive de l’institut ethnologie SAV Slovaquie)

Sources

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009

Ľudová kultúra. Par Zuzana Beňušková. Kultúrne Krásy Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Z ľudovej kultúry Turca. Eva Pančuhová, Zora Mintalová a kolektiv. Matica slovenská. 2004

Saint-Sylvestre, le réveillon

Réveillon de la veille de la nouvelle année

Le jour de la Saint-Sylvestre est appelé Journée de Silvestre dans la culture populaire slovaque.
Les coutumes traditionnelles pratiquées le jour de la Saint-Sylvestre en Slovaquie ressemblent en majorité avec les coutumes de la Veille de Noël cependant, elles n’atteignent pas la même intensité ni la même ritualisation.

Les prophéties agraires et les superstitions

Dans la croyance populaire slovaque les prophéties agricoles étaient pratiquées le dernier jour de l’année, à la Saint-Sylvestre, pour assurer la bonne prospérité économique dans la ferme, la fertilité des champs et la fécondité du bétail. Par exemple un rite concernant l’étable bien peuplée de vaches et de brebis, était pratiqué dans le village de Ždiar dans les Tatras. Là, la maitresse de maison ficelait en faisceau des cuillères en bois afin d’assurer la subsistance du troupeau de bétail domestique.

Comme pendant les fêtes de Noël, on respectait de nombreuses superstitions fixées à ce jour : rien n’était prêté de la maison, le non-respect de cette interdiction allait signifier une diminution des volailles.
De même que la visite d’une femme, tôt le matin, était mal perçue donc, si c’était possible les femmes restaient le matin de ce jour à la maison. Pour rompre cette malédiction il était pratiqué tôt le matin un cortège des vœux de polazníci composé de jeunes hommes qui circulaient de porte en porte aux maisons du village en souhaitant tout le bonheur. Leurs vœux protégeaient la maison.

D’autres coutumes :

Le maître de la maison essayait depuis le matin de casser la coquille d’une noix avec son majeur. S’il réussissait, cela devait apporter la paix et l’amour à la famille.

La maîtresse de maison, frottait avec de l’ail les portes de la maison et de l’étable pour empêcher l’entrée des puissances néfastes. Quant au maître de maison, il frottait la robe des chevaux avec la plus belle pomme pour qu’ils deviennent plus beaux.

Parfois, jadis, après le repas du réveillon, des noisettes et un morceau de pomme étaient jetés dans le puits pour assurer une eau de bonne qualité et la bonne santé.

Les vœux

Dans la région ethnographique de Zamagurie (nord de la région de Spiš) le cortège des garçons circulaient tôt le matin dans le village et ils offraient des bâtons de noisetier à chaque maison visitée.

Dans les régions de Liptov, de Spiš, de Horehronie et d’Orava, autrefois la jeunesse attendait l’arrivée du Nouvel An dans une maison du village où se rassemblaient les fileuses pour travailler ensemble ou dans l’auberge du village.

Dans la région de Hont, les jeunes hommes chantaient les chants traditionnels sous les fenêtres des maisons du village.
Dans les environs de la ville de Rožňava, les garçons allaient chanter à minuit sur la tour de l’église.
Dans la région ethnographique de Kysuce, le cortège des polazníci circulaient de maison en maison dans le village.
Dans la région de la Haute Nitra, les filles jetaient sur les portes de maisons où habitaient les garçons des marmites en argile remplies de pommes et de noix. Cette marmite les filles les appelaient « nouvelle année ».

Les jeux déguisés et masqués Babinovanie et Kurinovanie

Babinovanie est un spectacle joué par un groupe déguisé et/ou masqué à la Saint-Silvestre dans les environs de la ville de Považská Bystrica (région de la vallée du Váh). Ce spectacle est enrichi par des éléments constitutifs d’un métier traditionnel de la région, pratiqué par un artisan le drotár qui pratique un artisanat particulier avec du fil de fer.

Dans la microrégion d’Uhrovská dolina (dans quelques localités autour du château-fort d’Uhrovec, dans le district de Bánovce nad Bebravou), on appelait le dernier jour de l’année « babí deň – jour de baba » et il y avait un cortège des vœux appelé babinovanie qui était une quête collective avec la proclamation de souhaits de bonne année par les garçons du village. A la tête du cortège des dix ou vingt garçons, un accordéoniste avec un bailli des garçons, un autre portait un sac pour collecter les récompenses et selon la tradition, ils circulaient dans les rues du village et s’arrêtaient devant les maisons où ils chantaient d’abord un chant religieux. Après avoir été invité par le maître de maison ils entraient et continuaient en récitant des vers de souhaits de bonheur, de bonne santé, de fortune pour la nouvelle année. Ils obtenaient une récompense sous la forme de noix, de graines de blé, de pommes, de petits pois, de haricots secs, de prunes sèches et un peu d’argent.

Le « Kurinovanie » un rituel agraire ancestral

Le rituel de Kurinovanie est effectué par la tournée des kurine baby ou kuriny babiny – appellation suivant la localité – qui constituent un groupe de garçons costumés et masqués en femmes et mené par un couple vêtu en paille, appelés kurine baby et accompagné parfois d’une vingtaine de participants qui sortent à la Saint-Sylvestre, et passaient de maison en maison dans le village. Leurs vœux étaient des gages de prospérité et étaient censés rendre féconde la volaille pour la prochaine année qui va commencer. Aujourd’hui, ces cortèges composés uniquement d’hommes sont considérés comme un simple aspect de la joie populaire, mais leur fondement le fait remonter à des croyances ancestrales.

Dans le milieu rural de la Slovaquie orientale, la tradition de kurinovanie était effectuée par le cortège des garçons déguisés en femmes Kurine baby. Ils prononçaient leurs vœux en quêtant et formulaient les souhaits selon la tradition. Le cortège était mené par deux garçons vêtus de costume féminin, l’un avait sur la tête un chapeau formant une couronne tressée de paille avec une sonnette, l’autre vêtu d’un manteau en fourrure ceinturé d’une corde de paille tressée et d’une jupe grossièrement façonnée en paille de blé. Quand le cortège de Kurine baby sortait dans les rues du village, il était déjà attendu par les maitresses de maisons car selon la coutume, chacune des maitresses de maisons attrapait le poignet de paille du déguisement porté par les Kurine baby du cortège, et tout de suite elles donnaient la paille à la couvée de poules, pour s’assurer que les poules pondent bien leurs œufs.

En Slovaquie septentrionale, la coutume d’un cortège similaire était enregistrée au début du 20e siècle, dans le village de Štiavnik près de Bytča (région de Žilina). Là, la coutume de cortège de garçons déguisés en femmes vêtus en paille était appelé Kuriny bariny. Ils portaient des vêtements de paille de blé et allaient de maison en maison où ils exprimaient ensuite leurs vœux de fertilité et de fécondité pour l’année qui commence en récitant une formule drôle avec des jeux de mots populaires archaïques comme par exemple cette bienvenue à la nouvelle année : « Kuriny, bariny, babiny kury, dedove fúzy, baba mala fúzy, dedo mrňúsy. Odíde nám starý rok, a príde nám nový, vitajte ho, vitajte » formule difficilement car utilisant de vieux mots de dialecte (1).

Dans la ville de Bytča, à la Saint-Sylvestre, dernier jour de l’année, se perpétue la tradition des Kuriny bariny. La jeunesse se rassemble le 31 décembre pour aller en mascarade, avec à la tête du cortège un couple déguisé : un garçon déguisé en femme avec son visage caché sous une dentelle, tenant une poupée emmaillotée, est accompagné d’une fille déguisée en homme. Ce couple est entouré de personnages déguisés porteurs d’instruments de musique ou des imitations d’instruments de musique.

L’appellation dialectale kurina baba est dérivé des mots kura et baba au singulier : la poule – kura, la vieille – baba, et au pluriel les kurine baby ou kuriny babiny ce qui signifie les poules et les vieilles. Cette appellation représente une variante d’un calembour de mots populaires et est un élément souvent personnifié.

Le caractère magique du cortège déguisé apparait dans le but d’assurer non seulement que les poules pondent bien des œufs ou que la volaille se porte bien – la fécondité de la volaille – mais aussi de toute la prospérité agricole. Cette sorte de mascarade se déroule aussi avec d’autres masques anthropomorphes par exemple Dedo – le Papy, Baba – la Vieille ou Starý – le Vieux, appartenant à la représentation des masques plus anciens et des masques anthropomorphes authentiques des coutumes populaires slovaques. Ils trouvent leur origine dans l’ancien culte slave des ancêtres qui n’est pas le culte des morts, c’est le culte de la continuité de la vie et pour cela, ces masques réapparaîtront dans le rite des noces dans les traditions slovaques.

Le réveillon du jour de l’An

Le repas pour le dîner de la soirée de la Saint-Sylvestre était presque le même que celui de la veille de Noël mais sans restrictions religieuses sur la viande qui étaient donc servie. La soupe traditionnelle de choucroute kapustnica avec saucisses ou viande de porc fumée et champignons des bois, était servie d’abord, puis suivait le repas de pâtes traditionnelles avec le pavot. Ce repas s’appelle les opekance en Slovaquie centrale et septentrionale, les bobalky en dialectes de la Slovaquie orientale et les pupáky en Slovaquie occidentale. Ce repas est accompagné de Medovina, une boisson ressemblant à l’hydromel.

De nos jours, la tradition culinaire du repas du Réveillons du jour de l’An, est enrichie d’un menu type buffet froid où ne manquent pas la salade de pommes de terre classique, les cornets de jambon farcis de mousse au raifort, les sandwiches et canapés, les pâtisseries (cakes au chocolat, tartelettes, biscuits, petits gâteaux de pain d’épice, etc.), la petite pâtisserie salée et les boissons de toute sorte.

Autrefois, l’atmosphère de la soirée du dernier jour de l’année était illustrée par le bruit des claquements de fouets de bergers et par le tir d’accompagnement de fusils par les garçons.
Dans les villages de la région de Hont, ce-soir-là, les hommes enflammaient des torches improvisées faites de fourches en fer et de chiffons et circulaient dans le village en entonnant des chants pour l’arrivée du Nouvel An.

En milieu urbain, la tradition du Bal de la Saint-Sylvestre se perpétue de même que le feu d’artifice annonçant l’arrivée de la Nouvel Année.

Texte extrait de notre conférence : Les traditions de Noël en Slovaquie

Note

1 Voici quand même un essai de traduction : « Kuriny ?, bariny ?, babiny kury ?, la moustache du vieux, la vieille à la moustache, dedo mrňúsy. La vieille année s’en va et arrive la nouvelle année, bienvenue, bienvenue ». Peut-être faut-il chercher dans d’autres traditions, nous pensons au carnaval. L’utilisation et l’origine de ces mots demeurent obscures.

Sitologie

https://www.drotaria.sk : pour l’artisanat de drotár (objet en fil de fer)

Sources

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009

Ľudová kultúra. Par Zuzana Beňušková. Kultúrne Krásy Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Z ľudovej kultúry Turca. Eva Pančuhová, Zora Mintalová a kolektiv. Matica slovenská. 2004