100 ans de Krásy Slovenska

Alice Hura – Charles Bugan

Maintenant que nous apercevons la sortie du tunnel Covid 19, ils nous semblent bon de reprendre nos articles et nous commençons avec une revue qui fête son centenaire et qui présente les beautés de la Slovaquie.

Le centième anniversaire du magazine slovaque Krásy Slovenska – Beautés de la Slovaquie.

C’est en 1921 que le magazine slovaque Krásy Slovenskales beautés de la Slovaquie, commence son existence en montrant les particularités de la nature et de la culture de la Slovaquie.

Le magazine périodique Krásy SlovenskaLes beautés de la Slovaquie propose, depuis son début, des informations pour découvrir les endroits remarquables, souvent des hautes montagnes.

Le premier numéro de cette publication illustré slovaque, sorti en janvier 1921, offrait les informations nécessaires dans l’intention de découverte du tourisme de montagne et de séjours dans les Hautes Tatras et dans la région de Liptov. Ainsi, à partir de son début, le magazine est devenu un guide de la découverte de la Slovaquie.

Dès le nouveau millénaire, et ce à partir de 2004, c’est un nouvel éditeur du magazine slovaque Krásy Slovenska, le groupe slovaque Dajama, qui sort un nouveau projet de cette publication. Divisé en deux sections l’une destinée à la nature et à la culture slovaque : l’édition Prírodné krásy Slovenskale patrimoine naturel de la Slovaquie et l’autre, l’édition Kultúrne krásy Slovenskale patrimoine culturel de la Slovaquie. Les publications, publiées aussi en anglais, sont rédigées par des spécialistes et propose de découvrir les grands sites de la Slovaquie, riche de son passé, de ses beautés naturelles et d’autres découvertes.

L’édition Prírodné krásy Slovenska – le patrimoine naturel de la Slovaquie

Les publications thématiques montrant les particularités de la nature slovaque, sortent les titres comme : les plus belles montagnes, les plus belles vallées, les plus hautes montagnes, les parcs nationaux, les paysages protégés, d’eaux, d’arbres remarquables, les sites de rochers remarquables, les grottes, les lacs de montagnes, la faune et flore, etc. Cette édition livrée au patrimoine naturel de la Slovaquie, inspirée des recherches conduites récemment dans l’intention de faire découvrir l’environnement et les paysages où vit la population slovaque.

Son premier titre : Les plus belles montagnes de la Slovaquie (édité en 2007), est une sélection de 33 montagnes des Carpates slovaques, où le magazine présente leurs beautés et raconte leurs légendes. Sans aucun doute, c’est le mont Kriváň (2494 m) qui est considéré comme le plus beau mont et comme symbole national de la Slovaquie. Dans l’histoire du magazine, ce mont garde sa première place à l’échelle de la popularité lors du concours organisé pour les lecteurs du magazine.  

L’édition Kultúrne krásy Slovenska – le patrimoine culturel de la Slovaquie

L’édition montrant l’héritage culturel de la Slovaquie est publié en de nombreux titres. Parmi eux, on trouve : les églises en bois, le patrimoine mondial de l’UNESCO en Slovaquie, les châteaux et manoirs, les castels, les plus beaux châteaux en ruines, les églises romanes, les églises gothiques de campagne, les parcs et jardins magnifiques, la culture populaire, l’architecture populaire, l’archéologie en Slovaquie, les musées en plein air – les écomusées, les monuments techniques exceptionnels, les plus belles villes, les synagogues, les forteresses et fortifications, les musées régionaux, les musées de toute la Slovaquie, les habitats fortifiés slaves de la Grande Moravie, etc…

Les publications proposent des ballades à la rencontre des vestiges culturels, des traditions populaires, des sites archéologiques et des sites visitables exceptionnels de la Slovaquie. 

Depuis cent ans, le magazine illustré Krásy Slovenska présentant presque toutes les beautés de la nature slovaque et les découvertes du patrimoine culturel de la Slovaquie, a le plaisir de remercier et formule des souhaits de bonheur à tous ceux qui ont bien voulu les aider dans la réalisation de ce magazine.  

http://www.krasy-slovenska.eu/

https://dajamabooks.sk/produkt/krasy-slovenska-2021-1-2/

28 avril 1950, la fin de l’Église gréco-catholique

Alice Hura – Charles Bugan

Pour les gréco-catholiques slovaques le 28 avril 1950, est un souvenir douloureux, et toujours présent dans leur mémoire, qui signifiait la fin de l’Église gréco-catholique.
Après le coup de force du 15 avril contre les monastères catholiques, le 28 avril 1950, marque la date de la ″liquidation″ totale de l’Église gréco-catholique par le gouvernement communiste tchécoslovaque. Après 300 années d’existence de l’Église gréco-catholique la dictature communiste supprime la religion ancestrale des Ruthènes slovaques.

Le parti communiste gouvernant la Tchécoslovaquie opte pour l’orthodoxie moscovite, et convoque une assemblée le 28 avril 1950 dans la ville de Prešov : ″Pour un retour à l’Orthodoxie russe″, en présence de 820 délégués dont 747 membres de comités communistes et 73 clercs gréco-catholiques. Cette assemblée proclame l’élimination de l’institution historique de l’Église gréco-catholique ou Uniate, installée depuis 1646, et historiquement connue sous le nom d’Union d’Oujgorod.

Pour rappel, c’est en 1596 que par l’Union de Brest-Litovsk (en Biélorussie aujourd’hui), une partie des orthodoxes ukrainiens se rallient à Rome, tout en conservant leur rite ; ils constituent ainsi la première communauté « Uniate » de l’orthodoxie.

En 1645, le prince de Transylvanie, Georges Ier Rakóczi prend la tête du soulèvement anti-habsbourgeois en Hongrie royale, et ce seigneur, protestant, va imposer la foi réformée aux orthodoxes slovaques et ruthènes, par la devise ″cuius regio, eius religio″. Le 24 avril 1646, 63 prêtres orthodoxes du pays slovaque oriental s’unissent avec l’Église catholique contre l’expansion du protestantisme du prince Rakóczi, et pour faire admettre l’utilisation de la langue liturgique slave ancestrale et une discipline religieuse orthodoxe. Cela aboutira à la mise en place de l’uniatisme. Le premier évêque uniate, gréco-catholique, Peter Parthenij Petrovič, ancien prêtre orthodoxe serbe, sera nommé en 1651.
L’église gréco-catholique – Uniate, sous l’aile de l’Empire habsbourgeois, sera officiellement confirmée le 14 mai 1648 par archevêque Lippay, Primat hongrois d’Esztergom, et par le synode épiscopal de Trnava (Nagyszombat en hongrois) en septembre de la même année.

Après la fondation de la République tchécoslovaque en 1918, une forte position avait le courant ruthène est soutenu par le clergé de l’Église gréco-catholique. Mais ensuite, entre les deux guerres, une orientation ruthène en Slovaquie se caractérisée peu à peu en trois tendances ethniques : pro-russe, ruthène et pro-ukrainienne. Cette dernière tendance ayant pour ambition l’influence sur l’évolution de la culture ruthène. Après 1945, un Conseil national ukrainien est créé en Slovaquie. Il va devenir l’organisme politique et national des Ruthènes de la Slovaquie orientale, dans le but d’améliorer le niveau de vie tant du point de vue politique, économique, social et culturel, mais avec une orientation russophile pour les Ruthènes slovaques.

Après le 28 avril1950, les temples et les biens de l’Église gréco-catholique sont transférés aux mains des orthodoxes soumis à Moscou. Des 328 prêtres gréco-catholiques, seulement 23 vont se convertir à l’orthodoxie russe. Les deux évêques gréco-catholiques sont emprisonnés, où l’un d’eux, Pavel Peter Gojdič va y décéder, en 1960, à l’âgé 72 ans. Quant aux familles des prêtres désobéissants, elles sont expulsées par la force dans ce qui était la région des Sudètes avant la deuxième guerre mondiale, au nord de la Bohême, à plus de 700 kilomètres de la région ruthène de Slovaquie.

En 1950, l’église gréco-catholique de Slovaquie comptait environ trois cents milles croyants ruthènes et slovaques, mais après 1991, seulement 16937 personnes proclament leur confession gréco-catholique.

L’évêque orthodoxe Alexeï de l’Éparchie de Prešov (1950-1955), de son nom d’origine Alexandre P. Dechterev, ancien officier russe et ex-agent de la police secrète du MVD – le Ministère des affaires intérieures à l’époque soviétique – va suivre une formation à Kiev grâce à laquelle il sera installé ensuite au poste d’évêque orthodoxe pour les Slovaques, il est ainsi à la tête de l’Église orthodoxe en Slovaquie sous le gouvernement communiste staliniste.

En 1968, lors du Printemps de Prague, l’état tchécoslovaque va permettre le rétablissement de l’Église gréco-catholique. Les interlocuteurs ruthènes slovaques refusent en public une orientation ukrainienne dans la linguistique ruthénienne et demandent une reconnaissance de la minorité ethnique des Ruthènes en Slovaquie avec le rétablissement de l’Église gréco-catholique. Après 1989, la question de l’identité ruthénienne est de nouveau ouverte.

Dès 1990, après la Révolution de velours, l’état tchécoslovaque va, par la loi de restitution, remettre les biens et les temples occupés par les orthodoxes russes depuis 1950 aux gréco-catholiques. Cela ne se fera pas sans heurts, et de nombreux incidents vont opposer les habitants des villages des deux obédiences.

La culture ruthène en Slovaquie

Cette culture ruthène montre un ensemble d’églises en bois avec des icônes, et constitue, en outre, le folklore ruthène avec des chansons rituelles et le rite calendaire de Pâques, de Noël, etc…, mais aussi avec des chansons de mariage, et de danse, des berceuses, des ballades et des contes populaires. Les Ruthènes slovaques se divisent en deux groupes dialectiques : un est le groupe occidental des Lemkos dans la région de Veľký Lipník jusqu’à Vyšná Jablonka ; l’autre est le groupe oriental des Boïkos aussi appelés Pujdaci, situé géographiquement des environs de la vallée de la petite rivière Pčolinka et de la région en amont de la rivière de Cirocha, jusqu’au cours supérieurs de la Latorica et de l’Už – Uh en slovaque et Ouj en francais.

Signalons encore que trois églises en bois Gréco-catholiques – Uniates sont reprises au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008. Il s’agit des églises Saint-Nicolas à Bodružal, de l’Archange Saint-Michel à Ladomirová et Saint-Nicolas à Ruská Bystrá.

PS : pour les besoins de notre exposition photos dont le thème était ″Les églises en bois de Slovaquie″, nous avons visité un grand nombre de ces églises uniates de l’est de la Slovaquie et nous pouvons vous garantir que les églises visitées étaient du plus haut intérêt, et nous pensons notamment à celles des villages de Ladomirová, d’Uličské Krivé, de Miroľa, de Brežany…

Inconvénient, la visite de l’intérieur de ces églises en bois n’est pas toujours facilement accessible et il est très souvent interdit de photographier.

Liens

http://vaheurope.eu/?p=125 : L’église en bois de Matysová

http://vaheurope.eu/?p=104 : Le village d’Inovce et l’église en bois de l’Archange Saint Michel

Sources

Dejiny Slovenska a slovákov. Milan S. Ďurica. Slovenské Pedagogické nakladateľstvo. 1995

Encyklopedia ľudovej kultúry Slovenska 1 – 2. Ed. VEDA Slovenskej akademie vied. 1995

Drevené kostoly. Miloš Dudáš, Ivan Gojdič, Margita Šukajlova. Dajama. 2007

2000 ans de chrétientés ; Gérard Chaliand – Sophie Mousset ; Ed Odile Jacob, janvier 2000

Les Uniates. Jean-Claude Roberti. Ed. du Cerf. 1992

Document UNESCO : http://whc.unesco.org/fr/list/1273

La vénération de saint Georges dans la culture populaire slovaque

Alice Hura – Charles Bugan

Les Slovaques, comme d’autres peuples slaves et européens, célébrant la Saint-Georges. Cette fête est liée à l’accueil du printemps du culte rendu au feu purificateur et du soleil des anciennes divinités slaves.

Malgré la lutte acharnée de l’Église contre les vestiges des rites païens slaves, la vénération préchrétienne des forces de la nature continua dans les campagnes slovaques et ne disparaîtra qu’aux environs des années 50 du 20e siècle.

La figure de saint Georges, dans la mythologie chrétienne, retient surtout un cavalier sur son cheval blanc et qui pourfend un dragon. Il est fêté au printemps, le 24 avril.
Il est le saint patron des paysans, mineurs, selliers, maréchal-forgerons, tonneliers, voyageurs, orphelins, soldats, cavaliers et du bétail (chevaux et bestiaux). La légende du martyre de saint Georges s’est répandue dès le XIIe siècle.
Il est le saint patron de l’Angleterre et de l’ordre Teutonique.
Il fait partie des quatorze saints auxiliateurs et est invoqué contre les maux de tête, les maladies contagieuses et dartreuses.

Dans la tradition populaire slovaque, il était lié au début du printemps, à l’agriculture et, surtout, à la première sortie du bétail vers les pâturages. C’est un tournant entre l’hiver et l’été, et ce jour était lié à de nombreuses pratiques magiques, rituelles et imaginations populaires.

Cependant, les jours avant la fête de la Saint-Georges sont marqués comme défavorables, comme certains dictions slovaques le montre : un grondement de tonnerre avant cette fête signifie une année de récolte déficitaire, ou encore, jusqu’au jour de la Saint-Georges, rien ne pousse si on le tire avec la force de pince de fer mais après cette fête ″tout pousse fortement même si on le bat avec un marteau″. Mais la Saint-Georges est la figure d’accueil du printemps, c’est lui qui ouvre la terre pour l’année agricole : saint Georges viendra ouvrir le champ ou saint Georges se réveille pour ouvrir avec une clef la terre ; quand saint Georges arrive, il apporte l’été.

Certains animaux visibles et des plantes trouvées avant la Saint-Georges avaient une puissance magique. C’est le cas du trèfle à quatre feuilles, du Tussilage aussi appelé pas d’âne, du Populage des marais ou Caltha des marais ou encore Souci d’eau, du serpent, de la grenouille et du lézard. Tous avaient une vertu bénéfique qui se liait aussi à la magie de l’amour et du mariage, le mariage étant un sujet de prédilection pour les jeunes filles. Par exemple, voir un serpent avant la Saint Georges avait une importance spéciale dans la croyance populaire, il était considéré comme un gardien de trésor. Le trèfle à quatre feuilles apportait le bonheur s’il était cueilli avec les dents par un homme.

Le bétail

La première sortie du bétail au pâturage était le début officiel de la sortie commun du bétail au printemps après l’hiver et il était célébré avec solennité.

C’était surtout le cas pour les bergers de montagnes. Cette première sortie de troupeaux de moutons vers les bergeries éloignées signifiaient un changement des manières de leur vie dans les montagnes. C’était aussi le jour de la première sortie du bétail et cela recouvrait des traditions ancestrales liées avec de nombreuses pratiques de magie blanche devant assurer la prospérité et la fécondité du bétail.
Quelques exemples : pour l’élimination des forces néfastes, pour que les sorcières ne tètent pas le lait de vaches, le berger devait assurer son séjour avec le troupeau de vaches hors du village par un feu et d’autres rituels magiques. Pour cela, il recourait à un vieux rituel magique de protection de troupeaux contre les malheurs et il devait encenser le bétail ou déposer une chaîne en fer le long du chemin parcouru par le bétail, le but était d’assurer cohésion du troupeau et ne pas avoir des animaux éparpillés. On retrouve ce symbole de la chaîne dans le rituel de la Noël, sous la table du repas, pour l’union de la famille.

Le même rituel prophylactique était utilisé par les bergers dans les montagnes slovaques. C’est ainsi que chaque année, quand le berger montait avec son troupeau de brebis vers la bergerie de montagne, il devait assurer son troupeau de brebis par un rituel archaïque du feu vivant et un encensement purifiant. Le chef berger, le bača, passait trois fois autour de la bergerie et enfumait les brebis avec une fumée sortie d’un récipient en bois rempli de charbons ardents dans lequel se consumaient des herbes, des restes de cierges de Pâques, des morceaux de bâtonnet de craie qui avait servi à l’écriture des lettres des initiales des noms des Rois mages au-dessus de la porte des habitations, de la myrrhe (utilisée pour l’encens dans l’église). Puis, ce récipient était enterré à proximité de la cabane du berger et l’endroit était marqué à l’aide d’un tuteur en bois comportant un trou dans lequel on introduisait des plantes médicinales.

Les réjouissances de la jeunesse du village la nuit de la Saint-Georges

C’est une démonstration de joie, une pétulance printanière des jeunes gaillards, les jeunes hommes du village. Il représente un symbole printanier, incarné au masculin, amant de la Terre.

Une croyance veut que saint Georges marche dans le champ et fasse naître le blé. La semaine ou 10 jours après Pâques étaient des jours de sorcières, et pour les contrer, à la nuit ou à la veille de la fête de Saint-Georges, on allume un grand feu et les jeunes hommes du village sautaient par-dessus. Cette coutume va persister jusqu’au premier tiers du 20e siècle.

Mais aussi, la nuit de la Saint-Georges, les garçons du village déplaçaient les outils et objets agricoles, ils les démontaient et allaient les placer sur les toits des granges ou dans des hauteurs (arbres par ex). Cette activité espiègle était une persistance archaïque de l’idée de se protéger contre les forces maléfiques de sorcières. Autre exemple, les dents de fer des outils coupants agricoles étaient placés devant les granges et avaient une fonction de défense contre les sorcières, elles pouvaient se blesser. Ce qui pouvait permettre, le lendemain, de découvrir les ensorceleuses du village ! Cet humour et cette activité ludique des garçons étaient toléré par la commune.

Pour assurer une belle moisson, au jour de Saint Georges la jeunesse se roulent sur les pousses de blé d’hiver au champ.

Les jeux de divination traditionnels des jeunes filles

Le jour de la Saint-Georges, les jeunes filles du village chantent des chants rituels mais surtout des chants d’amour et elles tressent des couronnes de verdure ou de fleurs pour s’assurer d’un bon mariage. La couronne était jetée par la jeune fille sur certains arbres de la forêt et si la couronne restait suspendue, elle serait mariée avant la fin de l’année. Par contre si la couronne retombait par terre, la jeune fille allait rester célibataire. Pour remplir son désir à se marier avec son amoureux, la jeune fille tressait une couronne avec neuf branches de verdure avant le levé du soleil le jour de la Saint-Georges tout en prononçant des formules magiques.

L’appel du soleil par des enfants

En ce jour de Saint-Georges, dans les près et pâturages, les enfants se divertissaient en célébrant l’arrivé du printemps et du soleil par des jeux. Ces jeux rappellent l’appel du printemps des rites archaïques slaves. De nos jours, ces jeux enfantins passent par une modification stylisée et sont intégrés par les groupes folkloriques.

La tradition de la vénération de la Saint-Georges a été très intense dans les régions de la Slovaque méridionale et occidentale.

De nos jours, se sont les groupes folkloriques en Slovaquie qui assurent la mémoire des coutumes populaires.

Les représentations de saint Georges

Dans l’église Saint-Jacques de la ville de Levoča, on peut voir la statue équestre de saint Georges terrassant le dragon dont Maître Pavol (* vers 1470 – † vers 1542) serait l’auteur (une copie, plus accessible, se trouve dans le musée Dom Majstra Pavla à Levoča.

Vénéré aussi bien à l’occident qu’à l’orient, on retrouve de nombreuses icônes orthodoxes et gréco-catholiques ainsi que des représentations du saint dans l’art de l’Église catholique.

Pour terminer, signalons qu’en Belgique, le dimanche de la Trinité, lors de la ″Ducasse de Mons″ se déroule sur la Grand place, le combat du Lumeçon, le combat de saint Georges contre le dragon. C’est l’occasion de grandes réjouissances dans cette ville du Hainaut.

Sources

Encyklopedia ľudovej kultúry Slovenska 1 – 2. Ed. VEDA Slovenskej akademie vied. 1995

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

Une autre Russie. Fêtes et rites traditionnels du peuple russe. Nadia Stangé-Zhirovova. Ed. Peeters.1998

De la paysanne à la tsarine. La Russie traditionnelle côté femmes. Lise Gruel-Apert. Ed. Imago. 2007

Le monde mythologique russe. Lise Gruel-Apert. Ed. Imago. 2014

Petit dictionnaire de mythologie populaire roumaine. Ion Talos. Ed. Ellug, Université Stehdhal Grenoble. 2002

Le culte des saints catholiques en Europe centrale et orientale. Jean-Pierre Irali. Ed. Romaines. 2011

La légende dorée. Jacques de Voragine. Ed GF Flammarion. 1967

Saints guérisseurs de Wallonie et Ardennes. Daniel-Charles Luytens. Ed. Noir dessin production. 2003

Reconnaître les saints. Symboles et attributs. B. Des Graviers et T. Jacomet. Ed. Massin. 2006

Podolinec, l’église de l’Assomption

Alice Hura – Charles Bugan

Bâtie au XIIIe siècle, l’église Nanebovzatia Panny Márie – de l’Assomption de la Vierge Marie – domine la place centrale de la ville de Podolinec et se trouve sur la route des chemins de pèlerinage dont celui de Saint-Jacques de Compostelle. Elle comporte dans son chœur de très jolies peintures murales du moyen âge très intéressantes avec une longue fresque de l’Adoration des Rois mages de toute beauté. A visiter absolument.

La ville de Podolinec est située dans la région historique de Spiš. La première référence écrite date de l’année 1244.

Cette église gothique a été construite, à l’origine, selon le schéma traditionnel : une nef et un chœur à chevet polygonal. L’entrée se fait par l’ouest où se trouve une tour-clocher. Des nefs latérales ont été ajoutées dès la première moitié du XVIIIe siècle, de même qu’une sacristie dans le sanctuaire, côté nord.

Histoire

Une église se trouvait à l’origine sur le site de l’église d’aujourd’hui et est mentionnée dans la charte papale du pape Grégoire IX du 7 janvier 1235, qui est également la plus ancienne mention écrite de l’église du Haut Spiš et une des plus anciennes mentions écrites de la ville.

Cette église a été incendiée par les Tatars en 1285 et en 1287.

L’église actuelle était encore en construction en 1298, quand l’archevêque du Basile de Jérusalem de rite arménien écrit à l’évêque de Cracovie, Ján Muskat, qu’il fera tout pour aider à l’achèvement de l’église de l’Assomption et que, pour l’exécution des autels de saint Nicolas et de sainte Marguerite, des indulgences seront accordées.

Cette église a été achevée à la fin du XIIIe siècle. Elle sera encore reconstruite en partie et voûtée dans la seconde moitié du XIVe siècle.

En 1404, l’église a brûlé. Mais la tour, la nef principale avec le presbytère et la sacristie ont été préservées du bâtiment d’origine.

Les éléments architecturaux les plus anciens du bâtiment comprennent les portails (entrées) avec des portes gothiques, des voûtes croisées faites de nervures qui s’insèrent dans des consoles à tête humaine, la clef de voûte qui est ornée du visage du Christ, et les fenêtres. Dans le chœur se trouvent trois sièges gothiques en pierre qui étaient destinés au clergé et le pastophorium avec une grille en fer qui devait contenir les hosties dans l’église médiévale. Autre élément des plus anciens, l’arc triomphal.

L’église va encore subir des travaux et transformations au cours des années qui suivent, après le tremblement de terre vers 1662, un nouvel incendie en 1671, et il est probable qu’en 1684, un autre incendie ait touché l’église. La Renaissance va aussi apporter son lot de nouveaux éléments, comme le clocher qui se trouve devant l’église.

Dans la première moitié du XVIIIe siècle, la recatholisation va apporter son empreinte par l’art qui va la caractériser dans le pays : le baroque. L’église sera agrandie par une première nef latérale, la nef de sainte Anne de Metercie au nord (1), puis avec la nef de sainte Cunégonde (* 1234 – † 1293) en 1718, au sud. (2)

Sous la nef de sainte Cunégonde et sous la nef principale se trouvent des cryptes qui contiennent un grand nombre de squelettes humains. Les cryptes ont été découvertes par hasard lors de travaux au XXe siècle, lorsque l’ancien étage de l’église s’est effondré, entraînant dans sa chute un garçon qui aidait aux travaux. Sous le choc, le sol de la nef de sainte Cunégonde s’est écroulé permettant ainsi la découverte des cryptes.

Par la suite, un récipient en cuivre a été placé dans la crypte avec un document décrivant qui et quand s’y trouvait, ensuite l’ouverture a été murée.

L’entrée d’origine de la crypte principale devait probablement être située devant l’entrée principale de l’église sous un treillis forgé.

Autour de l’église se trouvait également un cimetière.

Derrière l’église on aperçoit le clocher de l’église du monastère baroque fondé par l’Ordre des Piaristes de 1647 à 1651. Ils l’occuperont jusqu’en 1919. Le monastère est aujourd’hui occupé par les Rédemptoristes.

Les fresques du chœur

L’ensemble du chœur est recouvert de rares fresques médiévales datées des années 1360 – 1430 en plusieurs couches, ce qui signifie que sur les peintures originales un nouvel enduit a été appliqué et qu’ensuite elles ont été repeintes avec de nouvelles scènes. Cela expliquerait, peut-être, que l’on retrouve une scène d’un évangile apocryphe sur l’arc triomphal.

Les peintures actuelles ont été découvertes entre 1910 et 1920 par le restaurateur L. Táry.

Les fresques sont conservées sur les murs et les voûtes du chœur et sur l’arc triomphal. Il est possible que les murs de la nef aient été décorés mais la construction des nefs latérales les a fait disparaître.

Les fresques sur les murs sont disposées en trois registres et les scènes sont séparées par un cadre en ocre. Les peintures les mieux conservées sont sur les murs nord et sud. Celles derrière le retable n’étaient plus visibles pour la plupart lors de notre visite en septembre 2019. Un enduit y était déposé, est-ce dans l’attente d’une restauration profonde ? Nous n’avons pas reçu l’information.

Les fresques murales représentent un cycle christologique dans un certain désordre.

Sur le mur nord

Le registre inférieur est entièrement dévolu à l’Adoration des Rois. Enfin presque car une petite scène, étroite, située juste derrière Marie interrompt le mouvement de l’Adoration. C’est incontestablement la plus jolie et la plus précieuse fresque. Nous proposerons notre étude de la représentation et de la scène qui la suit dans un autre article.

Le registre du milieu présente l’arrestation de Jésus et le baiser de Judas, Jésus devant Pilate, le déshabillage de Jésus, sa flagellation et sa présentation devant le grand prêtre Caïphe curieusement représenté avec une couronne sur la tête !

Le registre supérieur est composé de l’Entrée dans Jérusalem, la Cène.

Au-dessus, dans un médaillon, saint Luc représenté par son symbole, le taureau.

Dans l’abside

N’étaient plus visibles que :

Registre supérieur, le Lavement des pieds
Registre du milieu, la Pose de la Couronne d’épines et le port de la croix.
Registre inférieur, la Mise en croix de Jésus et la Crucifixion.

Sur le mur sud

On ne voit plus que trois scènes du registre inférieur. La Résurrection, l’Apparition à Marie-Madeleine et la Pentecôte.
Une fenêtre plus récente que les peintures a été percée.
Au-dessus, dans un médaillon, saint Marc représenté par son symbole, le lion.

Dans les voûtains du plafond, on retrouve la Vierge à l’Enfant, le sein d’Abraham, le Christ bénissant, des anges dans des médaillons et des anges musiciens, le tout dans un décor floral.

L’arc triomphal

Dans l’intrados, nous retrouvons des prophètes. Sur le piédroit côté sud, saint Nicolas Évêque. (3)
Du côté nord, la chaire est fixée sur le piédroit, il n’est donc plus possible de voir la peinture qui s’y trouve.

Coté chœur, sur le nord, l’Apparition à Thomas et côté sud, une représentation très rare de la Vierge Marie et de Jésus enfant, qui a une attitude anormale, voyons cela.
Marie, main gauche levée, s’adresse à un homme qui a sa main droite sur le cœur (un geste que l’on voit souvent aujourd’hui, lors de l’exécution des hymnes nationaux, mais qui ici à une autre signification !). Marie tient son Fils enfant par la main droite. Celui-ci se détourne de la scène et porte un panier dans la main droite, panier dans lequel on peut distinguer une fleur à 4 pétales, en forme de quadrilobe. La tunique de l’Enfant est ornée d’un motif de cinq fois trois points.
Selon la littérature (4), il s’agirait d’un homme qui instruisait la jeunesse, comme on peut le lire dans les textes apocryphes de l’Évangile de l’enfance chapitres XLVIII et XLIX et dans l’Évangile du Pseudo-Matthieu, chapitres XXXVIII, XXXIX ou XXV. Ce maître-enseignant devrait être Zachée ou Lévi !

La voûte du chœur

La voûte au-dessus du chœur est, comme c’était la coutume dans les églises médiévales, décorée de figures et de symboles des représentants du ciel. Les médaillons de la décoration en arc, qui sont entourés par un ornement composé de feuilles et de fleurs, représentent les figures des représentants du ciel en partie selon l’iconographie byzantine à savoir Marie Orante au nord, la Sainte Trinité au sud, le sein d’Abraham à l’ouest. Ces trois représentations sont entourées de deux médaillons représentant des anges. Quant au quatrième médaillon, celui de l’est, il représente le Christ avec le livre de vie et autour de lui, deux médaillons représentant chacun un évangéliste sous la forme du tétramorphe, à savoir d’un côté l’aigle de Jean, de l’autre, l’ange de Matthieu.

La clef de voûte est ornée d’une fleur.

Les arêtes sont ornées d’un motif en forme de triangles et de chevrons.

Quant à la décoration de la voûte de l’abside, elle comporte des anges avec des instruments de musique et côté sud, une fenêtre ronde au-dessus d’une fenêtre classique en demi-cercle percée plus tard endommageant ainsi une partie des fresques, comme c’est le cas de la fenêtre du mur sud !

Au-dessus du retable, la clef de voûte comporte deux clefs croisées, les clefs de saint Pierre, qui pourrait être le symbole de la papauté.

La chaire à prêcher

Elle est placée contre le piédroit de l’arc de triomphal côté nord.
C’est une sculpture sur bois polychrome et marbrée datée vers 1723. Le dais de la chaire est surmonté d’un Agneau de Dieu. Un nuage avec une colombe dans un halo, symbole du Saint-Esprit est peint sur le plafond du dais. Sur la partie verticale on remarque le blason de la famille Lubomir, le même que sur le retable principal au-dessus de la Vierge, ce qui permet de dater la chaire de la même période.

Les fonts baptismaux

Sous la chaire à prêcher près de l’arc triomphal, sur un socle circulaire en pierre, se dresse les fonts baptismaux en bronze gothique, très probablement des années 1660. Il a été fabriqué par un atelier de la ville de Spišská Nová Ves. Il pourrait s’agir d’une œuvre du plus célèbre fabricant de cloches, Maître Konrad. Le pourtour du manteau est décoré de reliefs du Calvaire avec la Vierge Marie et l’apôtre Jean. A différents endroits, on peut distinguer, dans des médaillons, des reliefs d’oiseaux, d’anges, de l’Annonciation et des décors de végétal. La représentation de l’ange dans les reliefs des fonts baptismaux est identique au médaillon en cuivre trouvé à Vyšehrad près d’Esztergom lorsque Maître Konrad a coulé la plus grande cloche connue de l’Europe médiévale en l’honneur de Louis Ier, roi de Hongrie, de la famille Anjou (*1326 – † 1382).
Un couvercle en cuivre rouge repoussé, surmonté d’une croix, vient se poser sur le pourtour orné de deux têtes. Les commanditaires, les auteurs ? Les dimensions des fonts baptismaux sont : 100 cm de haut et 63 cm de diamètre. Le couvercle est surmonté d’une croix.
Au Moyen Age, le baptistère était situé à l’extrémité de la nef à l’entrée ouest de l’église. Cet emplacement du baptême symbolisait le fait qu’un nouveau-né ne pouvait entrer dans l’église que par le premier sacrement : le baptême.

Le pastophorium

Situé comme il se doit sur le côté nord, cette niche en pierre est du gothique tardif à été ajoutée après la peinture de la fresque de l’Adoration des Rois. Ce lieu où étaient stockées les hosties dans l’église médiévale, est fermé par une grille en fer. Une peinture donnant l’illusion d’un dais entoure la majeure partie du pastophorium, semblant rappeler ainsi le Saint des Saints (Ex 26, 7-14 et 26, 31-35 et Hébreux 9, 1-7) ou la Tente de la Rencontre.

Notes :

1 Sainte Anne de Metercie est une peinture baroque du XVIIe siècle, qui représente sainte Anne, la Vierge Marie et Jésus enfant et qui se trouve à Rožňava. Cette peinture est remarquable car à l’arrière-plan, on peut y voir des scènes du travail d’extraction manuelle du minerai par les mineurs dans la région de Gemer vers 1513, date de la réalisation de la peinture qui est, ainsi, un mélange d’art sacré et d’art profane.

2 Cunégonde est la fille du roi Béla IV de Hongrie, la nièce de sainte Élisabeth de Hongrie et la sœur de sainte Marguerite de Hongrie. Quand son mari, le roi de Pologne Boleslas meurt en 1279, elle va rejoindre le monastère des Clarisses de Starý Sacz. Béatifiée en 1690 par le pape Alexandre VIII, elle ne sera canonisée qu’en 1999. La peinture centrale de l’autel la représente en habits de Clarisse.

3 Difficilement identifiable car ne possédant pas d’attribut permettant sa reconnaissance, nous pensons qu’il faut recourir au courrier du Basile de Jérusalem, cité plus haut, pour proposer le nom de saint Nicolas. Une autre possibilité était la représentation de saint Martin, très populaire à l’époque dans la région, mais nous retenons saint Nicolas, comme le pense aussi Monsieur Mgr Hudáček, curé de la paroisse.

4 Středoveka nástenna malba na Slovensku, page 129 et Stredoveká nástenná maľba na Spiši page 247

Visite : l’église est fermée hors heures des offices, il est donc préférable de prendre contact pour une éventuelle visite.

Mgr. Štefan Hudáček, farár
052/43 912 04

Nous le remercions pour sa disponibilité et son aide précieuse.

Liens utiles :

https://www.dokostola.sk/farnost/podolinec

https://farnostpodolinec.webnode.sk

Info : www.vaheurope.eu

Mail : vaheurope@gmail.com

PS : nous reviendrons avec deux articles. L’un sera consacré à la fresque de l’Adoration des Rois. Nous essayerons de décrypter cette scène qui est, ici, très intéressante. L’autre présentera les autels.

Sources :

Středoveka nástenna malba na Slovensku, page 129

Stredoveká nástenná maľba na Spiši, page 247

Les Évangiles apocryphes

Le culte des saints catholiques en Europe centrale et orientale. Jean-Pierre Irali

Ottova praktrická Encyklopédia Slovensko.

https://www.podolinec.eu/historia-klastora-piaristov/

Akcia K – Opération K

Alice Hura – Charles Bugan

Durant la nuit du 13 au 14 avril 1950, l’Opération K, se met en place. C’est une attaque du régime communiste contre le clergé catholique, attaque qui sera suivie par de nombreux procès.

C’était il y a 70 ans. La Slovaquie se rappelle cette triste date comme la liquidation totale de la vie monastique et intellectuelle, et dans le contexte historique, comme une destruction des valeurs culturelles.

La nuit du 13 au 14 avril 1950, est le témoin d’une opération secrète appelée en slovaque ″Akcia K″, en français ″Opération K″, K comme Kláštor – Monastère. Elle est organisée par le régime communiste tchécoslovaque et ses buts concernent la fermeture de nombreux couvents, la suppression des ordres monastiques masculins et l’internement des moines et de prêtres religieux dans des camps de travaux forcés.

Pendant cette nuit, des unités de la police, de la police secrète communiste, aussi aidés par des groupes de milice communiste armés, procèdent à un raid dans les monastères masculins du pays, au nombre de 75 monastères dans la Tchécoslovaquie, et déportent de façon brutale presque tous les religieux. Ils seront internés dans des ″couvents concentrés″ préparés à l’avance en toute discrétion pour cette occasion.

Les nombreux édifices monastiques seront saisis et transformés en établissements par pour les malades mentaux, en dépôts agricoles… Certains bâtiments religieux seront abandonnés et tomberont en ruines avec le temps.

Aujourd’hui quelques monastères de la Slovaquie ont été transformés en musée. C’est le cas de Červený kláštor et de Hronský Beňadik. Celui de Skalka près de la ville de Trenčín est en grande partie en ruines, comme c’est aussi le cas à Bzovík.

Sources :

Dejiny Slovenska a slovákov. Milan S. Ďurica. Slovenské Pedagogické nakladateľstvo. 1995

Histoire des pays tchèques et slovaque. Antoine Mares. Ed Hatier. 1995

Le carnaval 2020 à Ružomberok

Alice Hura – Charles Bugan

Ce lundi 24 février était le jour du défilé du cortège masqué de carnaval à Ružomberok. Emmenés par le Folklórny súbor Liptov de Ružomberok, les participants ont défilés dans les rues de la ville accompagnés de musique.

Dans le groupe, on retrouvait la présence de divers personnages déguisés comme l’ours, le cheval-jupon, la tsigane, le militaire, l’homme-femme dans sa double nature et surtout du Chriapa, animal fantastique qui précède le cortège. La particularité de ce Chriapa est d’avoir une mâchoire inférieure mobile qui lui permet, en la claquant contre la partie supérieure, de se signaler aux distraits, créant ainsi un effet de surprise. A la fin du cortège, il est symboliquement emporté par des hommes.

L’ours étant aussi associé au monde souterrain et la vie terrestre, le monde des morts et celui des vivants. Il est aussi le symbole de fécondité et du renouveau de la nature.

La présente de ces personnages symbolise l’ancienne croyance qu’ils étaient de bons intermédiaires entre le monde du bas et le monde d’en haut.

Dans le calendrier populaire slovaque, la période du carnaval est la deuxième partie de l’hiver. Il est donc normal de retrouver dans les rituels d‘anciens actes à caractère magique pour le souhait de prospérité pour les mois qui vont suivre. Prospérité au point de vue des cultures mais aussi au point de vue de la bonne santé des Hommes et … du bétail.

Les différents groupes qui participaient en jouant de la musique, en chantant et en dansant venaient de Komjatná et de Liptovská Lúžna et, bien entendu, le Folklórny súbor Liptov de Ružomberok.

La suite se déroulait dans la salle de la Kultúrny dom – la Maison de la culture, où s’est tenu la représentation de Pochovanie basy – l’enterrement de la contrebasse, qui clôturait les festivités du carnaval.

Pochovávanie basy

Le carnaval du Mardi-gras précède le Mercredi des Cendres, premier jour du carême qui va se terminer à Pâques et la journée va se terminer par la représentation de Pochovávanie basy. C’est le dernier moment fort du carnaval qui consiste en une mise en scène des funérailles d’une contrebasse, Pochovávanie basy, qui termine les festivités du mardi-gras peu avant minuit.

Il s’agit d’une parodie d’enterrement où le défunt est représenté par une contrebasse. Le défunt est précédé par un acteur dans le rôle du prêtre qui, accompagné par des enfants de chœur, en tête du cortège funèbre, asperge généreusement ″d’eau bénite″ les spectateurs. L’assistance en habits de deuil va venir gémir, en sanglotant, sur le corps du défunt pendant que le ″prêtre″ lit l’oraison funèbre. C’est la fin des jours gras, demain commence le carême.

http://www.fs-liptov.sk/

Cortège de carnaval à Hrboltová

Charles Bugan

La marche du carnaval dans les villages telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui dans les régions du Nord de la Slovaquie, porte le nom de Bursa – Fašiangova bursa.
Il s’agit d‘un cortège joyeux de mascarade dansant et les participants y chantent des formules de souhaits de bonheur et collectent des aliments auprès des villageois dans un panier (œufs, saucisses, lard, beignets frits) qu’ils se partageront ensuite lors du repas de carnaval.

Dans le petit village de Hrboltová, ce samedi 8 février était le jour du cortège carnavalesque. On y retrouvait des personnages masqués de la tradition, comme l’ours, des jeunes en costumes traditionnels qui déambulaient en musique dans le village tout en chantant et racontant des blagues dans le but d’apporter du bonheur et de la joie et au point d’arrêt une dégustation de vin chaud et de délicieuses pâtisseries typiques comme les šišky, fanky, pampúchy, un véritable régal – miam.

Quelques photos de ce bon moment sous le soleil

Fašiangy – le Carnaval rural en Slovaquie

Alice Hura – Charles Bugan

Le carnaval semble être un reste des fêtes populaires ancestrales telles que les Bacchanales, les Lupercales, les Saturnales, la Fêtes des Fous…
Le carnaval avait lieu naguère le lendemain de la fête des Rois (6 janvier) et pouvait se prolonger jusqu’au mercredi des Cendres (après le dimanche de Quinquagésime). Il s’achevait donc sur les Jours Gras dont le point culminant était la cavalcade du Mardi-Gras.
En Slovaquie, il fait partie du cycle saisonnier et annonce la période de l’avant printemps, du réveil de la nature. C’est aussi une période festive qui permet des excentricités et qui s’achève par un repas symbolique autour de l’abattage d’un porc.

L’étymologie du mot fašiangy

En Slovaquie, cette période est déjà connue depuis le Moyen Age sous l‘appellation Fašiangy. L’étymologie du mot faschang est une ancienne appellation d’origine allemande ou d’un patois allemand. Selon certaine source, le mot vast-schanc désigne un débit de boissons avant le carême ou fastnacht – fast-nacht qui désigne la nuit avant le carême. Ce mot sera dénaturé ou plus probablement ʺslaviséʺ dans la langue slovaque.

En Slovaquie, nous trouvons aussi une autre ancienne appellation – Masopust – qui est le mot slave utilisé pour désigner la période du carnaval. Il est à noter que ce terme est toujours utilisé de nos jours dans certaines régions de l’ouest de la Slovaquie, dans la région de Moravie et en Tchèquie.

Il est très probable que sur le territoire slovaque, au Haut Moyen Age, vers le IXe siècle (9. storočia), les mots Masopust, Mjesopust, Mjasnica étaient utilisés pour désigner la période carnavalesque mais que la colonisation allemande qui va succéder aux invasions Tartares, va introduire l‘appellation d’origine germanique – fašiangy.

Traditions du carnaval

Dans le calendrier populaire slovaque, la période du carnaval est la deuxième partie de l’hiver. Il est donc normal de retrouver dans les rituels d‘anciens actes à caractère magique pour le souhait de prospérité pour les mois qui vont suivre. Prospérité au point de vue des cultures mais aussi au point de vue de la bonne santé des Hommes et, bien entendu, du bétail.

Le repas traditionnel est donc la représentation de ce souhait de prospérité, comme à Noël. Le menu sera composé essentiellement de pâtes, des nouilles longues qui sont cuites le jour du 25 janvier (c’est le jour de la conversion de saint Paul), à la Chandeleur, le 2 février et puis en dernier, lors de la période du carnaval.

D‘autres anciennes traditions slovaques consistent à pratiquer la ʺglisseʺ en luge sur la neige (cela fait partie du rituel de la période), de danser des danses populaires accompagnées de bonds en hauteur dans le but d’influencer, dans le bon sens, une bonne récolte des plantes textiles, lin et chanvre.

A la maison, la période du carnaval était une étape dans le travail ménager. Jadis, c’etait le temps du filage à la main, mais aujourd’hui, évolution de la société, c’est le temps de l’abattage d’un porc et les fêtes s’organisent ensuite autour de la dégustation de charcuterie, de gratons ou de boudin.

C’est aussi le temps de mariage traditionnel et des activités de préparation des jeunes villageoises en vue de leur mariage. Les femmes des villages vont aussi organiser des réunions dansantes à la maison, activité plus rare dans la région du nord-est de la Slovaquie, où les jeunes femmes mariées préfèrent se réunir et danser dans une taverne.

Enfin, c‘est le temps de cortèges masqués accompagnés de musique qui vont déambuler dans les rues du village et qui vont récolter des aliments dans leurs paniers, œufs, saucisses, lard, beignets frits seront le butin de cette collecte afin de festoyer et danser ensemble dans l’auberge locale, en principe, le jour du carnaval avant le Mercredi des cendres.

Selon des ethnographes, les masques de carnaval plus archaïques sont les masques zoomorphes, symbolisant des animaux. C’est ainsi qu’en Slovaquie nous observons la présence d’animaux comme le taureau ou l’auroch sous le masque du Turoň, de la chèvre, de l’ours et du cheval. Nous reviendrons avec un article consacré à ces masques et à leur symbolisme.

Hélas, aujourd’hui, le carnaval est beaucoup plus modeste qu’autrefois, les jeunes de la ville le fête le plus souvent en discothèque et les adultes au bal ou en rencontre avec des amis.

Cependant, dans toutes les écoles maternelles, dans de nombreuses écoles primaires et même aux collèges, les élèves, avec l’aide des parents, organisent des bals masqués accompagnés parfois de concours.

Traditions et interdictions

Traditionnellement, dans les derniers jours de Carnaval, il est d’usage, surtout dans les villes et villages touristiques ainsi que dans les régions des montagnes, que les jeunes de groupes folkloriques habillés en costumes traditionnelles ou déguisés et portant un masque organisent des spectacles dans les rues avec des plaisanteries, des blagues dans le but d’apporter du bonheur et la joie.

Entre tradition et interdictions

Jadis, des interdictions en cette période de carnaval étaient établies dans les régions sous majorité de la religion protestante. C’est ainsi qu’une des plus vieilles interdictions qui date de 1585, stipulait dans les articles d’ordres des protestants de la ville de Muraň, dans la région de Gemer, qu’il était interdit d‘utiliser des masques, de se maquiller, de se déguiser avec de vieux manteaux de fourrure et de commettre des extravagances et loufoquerie avec des masques de carnaval.

La marche du carnaval dans les villages – Fašiangové obchôdzky

La marche du carnaval dans les villages est pratiquée aujourd’hui dans les régions du Nord de la Slovaquie sous l‘appellation de cortège carnavalesque Bursa – Fašiangova bursa. Il s’agit d‘un cortège joyeux de mascarade dansant et déambulant dans les rues, où les participants chantent des formules de souhaits de bonheur et collectent des aliments auprès des villageois dans un panier (œufs, saucisses, lard, beignets frits).

Le repas des jours du carnaval – Fašiangové jedlo

Comme nous l’avons dit plus haut, le temps du carnaval est le temps de l’abattage d’un porc et de la préparation de charcuteries. Des réunions festivent vont ensuite s’articuler autour de la dégustation de plats de viande de porc rôtie et fumée, de goulasch et de charcuterie – boudins, saucisses fumées, jambon fumé, lardons fumés, lard, fromage de tête de porc et tête de porc bouillie, chair à boudins, saindoux, langue fumée, rillettes, rillons de porc et les femmes prépareront les beignets frits traditionnels du carnaval.

On trouvera aussi de la pâtisserie frite, les beignets du carnaval šišky, fanky, pampúchy ou pampušiky, koblihy et des omelettes salées ou sucrées.

En accompagnement de ces différentes dégustations, le vin rouge chaud, l’alcool, la bière et les différents distillats traditionnels slovaques Medovina (Hydromel) et l’eau-de-vie chaude – Hriatô – sont toujours servis.

La journée se termine par l’enterrement de la contrebasse – Pochovávanie basy, une mise en scène des funérailles d’une contrebasse qui achève les festivités du mardi-gras.

Sources

Zborník Slovenského Národného Múzea
Slovenský Rok, Ratislava Stoličná-Mikolajová, Ed Vydavatel’stvo Matice Slovenskej
Lúdovej Kultury Slovenska, Mgr Kliment Ondrejka, Ed Mapa Slovakia

PS : Voir notre article suivant sur le cortège du village de Hrboltová de ce samedi 8 février 2020

Besoin d’info ? Écrivez-nous à vaheurope@gmail.com

La veille du Nouvel an en Slovaquie

Alice Hura – Charles Bugan

Le jour de la Saint-Sylvestre jour du réveillon de l’an nouveau, est appelé Journée de Sylvestre dans la culture populaire slovaque.
Les coutumes traditionnelles pratiquées le jour de la Saint Sylvestre en Slovaquie ressemblent en majorité avec les coutumes de la Veille de Noël cependant, elles n’atteignent pas la même intensité ni la même ritualisation.

Les prophéties agraires et les superstitions

Dans la croyance populaire slovaque les prophéties agricoles étaient pratiquées le dernier jour de l’année, à la Saint-Sylvestre, pour assurer la bonne prospérité économique dans la ferme, la fertilité des champs et la fécondité du bétail. Par exemple un rite concernant l’étable bien peuplée de vaches et de brebis, était pratiqué dans le village de Ždiar dans les Tatras. Là, la maitresse de maison ficelait en faisceau des cuillères en bois afin d’assurer la subsistance du troupeau de bétail domestique.

Comme pendant les fêtes de Noël, on respectait de nombreuses superstitions fixées à ce jour : rien n’était prêté de la maison, et le non-respect de cette interdiction allait signifier une diminution des volailles.
De même que la visite d’une femme, tôt le matin, était mal perçue donc, si c’était possible les femmes restaient le matin de ce jour à la maison. Pour rompre cette malédiction il était pratiqué tôt le matin un cortège des vœux de polazníci composé de jeunes hommes qui circulaient de porte en porte aux maisons du village en souhaitant tout le bonheur. Leurs vœux protégeaient la maison.

D’autres coutumes :

Le maître de la maison essayait depuis le matin de casser la coquille d’une noix avec son majeur. S’il réussissait, cela devait apporter la paix et l’amour à la famille.

La maîtresse de maison, frottait avec de l’ail les portes de la maison et de l’étable pour empêcher l’entrée des puissances néfastes. Quant au maître de maison, il frottait la robe des chevaux avec la plus belle pomme pour qu’ils deviennent plus beaux.

Parfois, jadis, après le repas du réveillon, des noisettes et un morceau de pomme étaient jetés dans le puits pour assurer une eau de bonne qualité et la bonne santé.

Les vœux

Dans la région ethnographique de Zamagurie (nord de la région de Spiš) le cortège des garçons circulaient tôt le matin dans le village et ils offraient des bâtons de noisetier à chaque maison visitée.

Dans les régions de Liptov, de Spiš, de Horehronie et d’Orava, autrefois, la jeunesse attendait l’arrivée du Nouvel An dans une maison du village où se rassemblaient les fileuses pour travailler ensemble ou dans l’auberge du village.

Dans la région de Hont, les jeunes hommes chantaient les chants traditionnels sous les fenêtres des maisons du village.
Dans les environs de la ville de Rožňava, les garçons allaient chanter à minuit sur la tour de l’église.
Dans la région ethnographique de Kysuce, le cortège des polazníci circulaient de maison en maison dans le village.
Dans la région de la Haute Nitra, les filles jetaient sur les portes de maisons où habitaient les garçons des marmites en argile remplies de pommes et de noix. Ces marmites les filles les appelaient « nouvelles années ».

Les jeux déguisés et masqués Babinovanie et Kurinovanie

Babinovanie est un spectacle joué par un groupe déguisé et/ou masqué à la Saint-Silvestre dans les environs de la ville de Považská Bystrica (région de la vallée du Váh). Ce spectacle est enrichi par des éléments constitutifs d’un métier traditionnel de la région, pratiqué par un artisan le drotár qui pratique un artisanat particulier avec du fil de fer.

Dans la microrégion d’Uhrovská dolina (dans quelques localités autour du château-fort d’Uhrovec, dans le district de Bánovce nad Bebravou), on appelait le dernier jour de l’année « babí deň – jour de baba » et il y avait un cortège des vœux appelé babinovanie qui était une quête collective et la proclamation de souhaits de bonne année par les garçons du village. A la tête du cortège des dix ou vingt garçons, un accordéoniste avec un bailli des garçons, un autre portait un sac pour collecter les récompenses et selon la tradition, ils circulaient dans les rues du village et s’arrêtaient devant les maisons où ils chantaient d’abord un chant religieux. Après avoir été invité par le maître de maison ils entraient et continuaient en récitant des vers de souhaits de bonheur, de bonne santé, de fortune pour la nouvelle année. Ils obtenaient une récompense sous la forme de noix, de graines de blé, de pommes, de petits pois, de haricots secs, de prunes sèches et un peu d’argent.

Le « Kurinovanie » un rituel agraire ancestral

Le rituel de Kurinovanie est effectué par la tournée des kurine baby ou kuriny-babiny – appellation suivant la localité – qui constituent un groupe de garçons costumés et masqués en femmes et mené par un couple vêtu en paille, appelés kurine baby et accompagné parfois d’une vingtaine de participants qui sortent à la Saint-Sylvestre, et passaient de maison en maison dans le village. Leurs vœux étaient des gages de prospérité et étaient censés rendre féconde la volaille pour la prochaine année qui va commencer. Aujourd’hui, ces cortèges composés uniquement d’hommes sont considérés comme un simple aspect de la joie populaire, mais leur fondement le fait remonter à des croyances ancestrales.

Dans le milieu rural de la Slovaquie orientale, la tradition de kurinovanie était effectuée par le cortège des garçons déguisés en femmes Kurine baby. Ils prononçaient leurs vœux en quêtant et formulaient les souhaits selon la tradition. Le cortège était mené par deux garçons vêtus de costume féminin, l’un avait sur la tête un chapeau formant une couronne tressée de paille avec une sonnette, l’autre vêtu d’un manteau en fourrure ceinturé d’une corde de paille tressée et d’une jupe grossièrement façonnée en paille de blé. Quand le cortège de Kurine baby sortait dans les rues du village, il était déjà attendu par les maitresses de maisons car selon la coutume, chacune des maitresses de maisons attrapait une poignée de paille du déguisement porté par les Kurine baby du cortège, et tout de suite elles donnaient la paille à la couvée de poules, pour assurer que les poules pondent bien leurs œufs.

En Slovaquie septentrionale, la coutume d’un cortège similaire était enregistrée au début du 20e siècle, dans le village de Štiavnik près de Bytča (région de Žilina). Là, la coutume du cortège de garçons déguisés en femmes vêtus en paille était appelé Kuriny-bariny. Ils portaient des vêtements de paille de blé et allaient de maison en maison où ils exprimaient ensuite leurs vœux de fertilité et de fécondité pour l’année qui commence en récitant une formule drôle avec des jeux de mots populaires archaïques comme par exemple cette bienvenue à la nouvelle année : « Kuriny, bariny, babiny kury, dedove fúzy, baba mala fúzy, dedo mrňúsy. Odíde nám starý rok, a príde nám nový, vitajte ho, vitajte » formule intraduisible car utilisant de vieux mots de dialecte (1).

Dans la ville de Bytča, à la Saint-Silvestre, dernier jour de l’année, se perpétue la tradition des Kuriny-bariny. La jeunesse se rassemble le 31 décembre pour aller en mascarade, avec à la tête du cortège un couple déguisé composé d’un garçon déguisé en femme avec son visage caché sous une dentelle et tenant une poupée emmaillotée. Il est accompagné d’une fille déguisée en homme. Ce couple est entouré de personnages déguisés porteurs d’instruments de musique ou des imitations d’instruments de musique.

L’appellation dialectale « kurina baba » est dérivé des mots kura et baba au singulier : la poule – kura, la vieille – baba, et au pluriel les kurine-baby ou kuriny-babiny ce qui signifie les poules et les vieilles », représente une variante d’un calembour de mots populaires et est un élément souvent personnifié.

Le caractère magique du cortège déguisé apparait dans le but d’assurer non seulement que les poules pondent bien des œufs ou que la volaille se porte bien – la fécondité de la volaille – mais aussi de toute la prospérité agricole. Cette sorte de mascarade se déroule aussi avec d’autres masques anthropomorphes par exemple Dedo – le Papy, Baba – la Vieille ou Starý – le Vieux, appartenant à la représentation des masques plus anciens et des masques anthropomorphes authentiques des coutumes populaires slovaques. Ils trouvent leur origine dans l’ancien culte slave des ancêtres qui n’est pas le culte des morts, c’est le culte de la continuité de la vie et pour cela, ces masques réapparaîtront dans le rite des noces dans les traditions slovaques.

Le réveillon du jour de l’An

Le repas pour le dîner de la soirée de la Saint-Silvestre était presque le même que celui de la veille de Noël mais sans restrictions religieuses sur la viande qui étaient donc servie. La soupe traditionnelle de choucroute kapustnica avec saucisses ou viande de porc fumée et champignons des bois, était servie d’abord, puis suivait le repas de pâtes traditionnelles avec le pavot. Ces mets s’appellent les opekance en Slovaquie centrale et septentrionale, les bobalky en dialectes de la Slovaquie orientale et les pupáky en Slovaquie occidentale. Ce repas est accompagné de Medovina, une délicieuse boisson à base de miel, ressemblant à l’hydromel.

De nos jours, la tradition culinaire du repas du Réveillons du jour de l’An, est enrichie d’un menu type buffet froid où ne manquent pas la salade de pommes de terre classique, les cornets de jambon farcis de mousse au raifort, les sandwiches et canapés, les pâtisseries (cakes au chocolat, tartelettes, biscuits, petits gâteaux de pain d’épice, etc.), la petite pâtisserie salée et les boissons de toute sorte.

Autrefois, l’atmosphère de la soirée du dernier jour de l’année était illustrée par le bruit des claquements de fouets de bergers et par le tir d’accompagnement de coup de fusils par les garçons.

Dans les villages de la région de Hont, ce-soir-là, les hommes enflammaient des torches improvisées faites de fourches en fer et de chiffons et circulaient dans le village en entonnant des chants pour l’arrivée du Nouvel An.

En milieu urbain, la tradition du Bal de la Saint Silvestre se perpétue de même que le feu d’artifice annonçant l’arrivée de la Nouvel Année.

Texte extrait de notre conférence : Les traditions de Noël en Slovaquie

Note

1 Voici quand même un essai de traduction : « Kuriny ?, bariny ?, babiny kury ?, la moustache du vieux, la vieille à la moustache, dedo mrňúsy. La vieille année s’en va et arrive la nouvelle année, bienvenue, bienvenue ». Peut-être faut-il chercher dans d’autres traditions, nous pensons au carnaval. L’utilisation et l’origine de ces mots demeurent obscures.

Sitologie

https://www.drotaria.sk : pour l’artisanat de drotár (objet en fil de fer)

Sources

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009

Ľudová kultúra. Par Zuzana Beňušková. Kultúrne Krásy Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Z ľudovej kultúry Turca. Eva Pančuhová, Zora Mintalová a kolektiv. Matica slovenská. 2004

Le village de Slatvina et son église gothique

Alice Hura – Charles Bugan

Le village de Slatvina

Un peu plus loin que le château-fort de Spiš, vers l’est dans la vallée de la rivière Hornád, au pied de la montagne de Branisko et sous la colline de Sľubica (1129 m), se trouve l’humble village de Slatvina que nous découvrons un peu par hasard.

C’est vers 1246 qu’est connue la première mention écrit du village sous le nom de Zek ou Szék. L’appellation actuel du village de Slatvina (à l’ancienne époque en hongrois Szlatvin) est d’origine slave et signifie un lieu de marécage, un marais près d’une source minérale.

Au lointain des années ce village dépendait des seigneurs de la famille noble des Zek jusqu’à leur extinction en 1525, puis ce village est devenu une partie du domaine du château-fort de Spiš, alors sous les Zápolya, puis des Thurzo, peu de temps sous d’André Báthory et enfin des Csáky dès 1638 jusqu’à l’abolition du servage en 1848.

Le développement du domaine agraire de Slatvina dès sa fondation du XIIe au XIIIe siècle (12. stor – 13. stor) jusqu’à l’abolition du servage n’était pas marqué, mais une augmentation de la population locale du XIXe au XXe siècle (19. stor – 20. stor) va provoquer une migration des villageois vers les USA et le Canada.

Le caractère exceptionnel de l’eau minérale de Slatvina est un ensemble d’éléments minéraux, surtout de lithium.

Le développement du village au XIXe siècle (19. stor)

La nouvelle époque du développement du village commence au milieu du XIXe siècle (19. stor), quand le comte Csáky va ériger au-dessus de la source minérale un pavillon de la petite station thermale et commencer à exploiter les vertus curatives d’eau minérale de Slatvina.
C’est l’entrepreneur Gédéon Majunke de Spišské Vlachy, qui peut être considéré comme le développeur de la petite station thermale de Slatvina, et le distributeur des bouteilles remplies de l’eau de source minérale. Les bouteilles d’eau minérale de la source Anna de Slatvina ont été distribuées sous la marque Szlatvini dans toute la monarchie habsbourgeoise lors du XIXe siècle (19. stor).
La source de l’eau minérale de Slatvina destinée à la cure, était fournie en boisson à la buvette et était/est recommandée contre les maladies gastriques et des voies respiratoires, mais surtout contre les maladies des reins et aussi pour l’hydrothérapie au bain chaud (par chauffage d’eau minérale).

La source minérale ″Anna″ et les Bains thermaux disparus de Slatvina

Dans le village de Slatvina on y trouve la source minérale Anna, dès le XIXe siècle (19. stor) nommée en l’honneur de la comtesse Anna Csáky, l’épouse du propriétaire terrien à cette époque.
Depuis longtemps, les villageois appelaient cette source d’eau minérale ″kvašna voda″ en patois local slovaque que l’on peut traduire par ″eau pétillante″. Ils utilisaient l’eau minérale à boire pour se rafraîchir et pour la préparation d’un ferment pour la cuisson des gâteaux traditionnels au levain.

L’utilisation d’eau minérale de Slatvina dans un but thérapeutique commence à la fin du XIXe siècle (19. stor), quand Gédéon Majunke fait bâtir une première maison en pierres pour les curistes. La maison des bains était entourée d’un petit parc mais il est détruit pendant la Seconde guerre. Pour l’amusement des curistes, on y trouvait une salle de danse et une salle de jeu de quilles. Pendant la République tchécoslovaque, la petite station thermale de Slatvina, accueillait une centaine de curistes par an. Elle fut laissée à l’abandon pendant les années 30 du XXe siècle (20. stor), éliminée par la forte concurrence des stations thermales tchèques (c’est l’État tchécoslovaque, qui dirigeait la conception politique du développement du thermalisme surtout dans le pays tchèque).
En 1953, la ligne d’embouteillage d’eau minérale naturelle de Slatvina et leur répartition sur le réseau de vente est terminée.

Caractéristiques de la source d’eau minérale Anna

Elle se distingue par une teneur déterminée en un élément en lithium.
La source de l’eau minérale de Slatvina au débit de 4,5 litres par minute est froide à la température de 9,0°C et d’une acidité pH 6,1. Elle est légèrement minéralisée avec un contenu de hydrogénocarbonate-chloruré (HCO3, Cl), calcique-sodique-magnésienne (Ca, Na, Mg), naturellement carbonique, riche en sels minéraux, exceptionnellement en lithium (Li) entre 3,28 mg/l et 6,5 mg/l. Le composition minérale contenu est entre 3206,96 mg et 3466,55 par litre, plus haut niveau élevé de cabrons de l’hydrogène (HCO-3) 1586,0 mg/l, de calcium (Ca+2) 261,32 mg/l, de magnésium (Mg+2) 14,10 mg/l, de fer (Fe) 11,61 mg/l, de teneur en sodium (Na+) 424,0 mg/l, en potassium (K) 42,6 mg/l, en SO4 est 102,87 mg/l, SO2 est 19,71 mg/l. Index selon des analyses publiées de 1968 et 1978.

L’église Nanebevzatia Panny Márie – de l’Assomption Vierge Marie de Slatvina

L’église Nanebevzatia Panny Márie – de l’Assomption de la Vierge Marie de Slatvina est située sur la Route gothique de Spiš laquelle continue à l’est vers la région de Šariš et au sud vers la région de Gemer. La Route gothique est un circuit d’excursion de l’architecture rurale des églises gothiques en Slovaquie, répandues dans les régions en raison du grand nombre de petits gisements de minerai de fer et de cuivre ainsi que quelques mines d’or et d’argent. Ces mines furent fortement exploitées durant l’époque médiévale.

L’église de Slatvina bâtie à la seconde moitie du XIIIe siècle (13. stor) sur une petite colline au-dessus du village est dédiée à l’Assomption de la Vierge Marie, dominant ainsi le village. Elle fut construite à l’origine en style gothique primitif, avec un chevet plat. Le cimetière, très proche, se trouve sur le côté nord. La crypte de l’église comprend les tombeaux des seigneurs locaux, les Petróczy de Vojkovce (en hongrois Vojkócz), inhumés au XVIIIe siècle (18. stor).

Sous les Thurzo, de 1531 à 1636, l’église de Slatvina est passée dans le giron du rite évangélique. Après 1636 (1666 pour d’autres documents), elle sera restituée au culte catholique romain. N’oublions pas que l’Édit de Restitution fut promulgué le 25 mars 1629 par Ferdinand II de Habsbourg, en pleine guerre de Trente ans.

A l’extérieur, sur le côté sud, on peut voir le portail gothique qui formait l’entrée dans la nef avant que la tour-clocher soit bâtie sur le côté ouest. Cette tour clocher daterait du XVIIe siècle (17. stor) au plus tôt.

A l’origine, le toit était en bardeaux de bois. De nos jours, le toit est en plaques métalliques.

La tour n’étant pas encore élevée, un clocher séparé du bâtiment se trouvait à coté de l’église.

La paroisse du 18e siècle remplaçant une ancienne détruite après un incendie en 1782. L’église à l’origine, a servi comme église paroissiale pour les villages environnants.

La Madone de Slatvina vers 1360

Du mobilier de l’église de Slatvina de l’ancienne époque a été conservée une plastique en bois de tilleul de la Madone de Slatvina, chef-œuvre dit du Maître de Slatvina, son atelier a travaillé dans la région de Spis entre les années 60 et 70 du XIVe siècle (14. stor). Selon des historiens allemands d’art, cette madone est artistiquement semblable avec la statue de la Vierge Marie du Mont Marial à Levoča.
Les autres plastiques en bois de Slatvina, une statue de saint Jean-Baptiste (1500-1510), une statue de saint Nicolas (1480-1490) et une autre Madone (sculptée vers 1480), ont été déplacées avant 1918 dans le Musée des beaux-arts et dans la Galerie nationale de Budapest en Hongrie.

Le chœur et les peintures murales

On y trouve des fonts baptismaux en pierre du XIVe siècle (14. stor).

Les peintures murales du 14e siècle ont été retrouvées lors d’un sondage effectué par le Maître de conférences Vladimir Plekanec, restaurateur d’art, en 2013. De 2013 jusqu’à 2016, les peintures murales de l’église ont été restaurées.

C’est ainsi que le chœur et le mur nord de la nef ont révélé des peintures murales très bien conservées, proches des peintures du premier tiers du XVe siècle (15. stor) à Žehra et à Bijacovce. Leur auteur était apparemment l’élève du Maître du presbytère d’Ochtina, comme en témoigne l’exécution de plusieurs scènes, comme par exemple, la Mise au tombeau.

Le niveau inférieur du chœur est constitué de peintures semblables à un drapé représentant des tentures sur les trois côtés qui en constituent le pourtour.

Quant aux fresques proprement dites, elles se trouvent sur trois registres au-dessus de ce décor et sont essentiellement consacrées au cycle christologique de la Passion.

Le registre inférieur

Il est composé de représentations d’apôtres sur tout le pourtour du chœur.

Sur le mur nord, on retrouve quatre apôtres, deux de part et d’autre de la porte gothique de la sacristie. Puis, après le quatrième apôtre, un pastoforium, avec sa grille en fer d’origine, est surmonté d’un Christ. Ce n’est pas un Christ de douleur ou de pitié. Ici, Il nous montre de sa main gauche sa plaie au côté d’où s’écoule son sang vers un calice, symbole de la communion lors de la Cène (Matthieu 26, 27-28).

Sur le chevet, un plus grand ″panneau″ montre sainte Élisabeth de Hongrie offrant un pain à deux personnages. Cependant, ce ne sont pas des ″pauvres″ comme on devrait le voir habituellement suivant l’iconographie attribuée à cette sainte. Ce sont probablement le donateur et son fils. Viennent ensuite trois apôtres.

Sur le mur sud, on peut voir quatre apôtres, un cinquième a probablement été supprimé lors de l’agrandissement de la fenêtre.

Le registre du milieu

Sur le mur nord, le registre est découpé en quatre scènes. La Cène, l’Arrestation de Jésus, la pose de la couronne d’épines et le Portement de croix.

Sur le chevet, à gauche de la fenêtre axiale, la Mise en croix et à droite, la Crucifixion.

Sur le mur sud, la Descente de croix, la Mise au tombeau, la Résurrection et la Descente de Jésus aux Enfers.

Le registre supérieur

Sur le mur nord, une seule représentation : l’Entrée de Jésus dans Jérusalem.

Sur le chevet, Jésus au Mont des oliviers priant à droite alors qu’à gauche se trouvent les apôtres qui dorment. Au-dessus de la fenêtre axiale, on Dieu le Père et un calice. C’est vers eux qu’est dirigé Jésus en prière.

Sur le mur sud, Jésus devant Pilate et la Flagellation. Entre ces deux représentations, au-dessus de l’ancienne fenêtre gothique transformée, un Mandylion.

Le plafond du chœur

En croisée d’ogives, chaque voûtain est décoré par des peintures dans un médaillon.

Au nord, la Vierge Orante, sur cette représentation, on ne voit seulement la partie supérieure. Jésus, bénissant est sur sa poitrine. Un détail, le Christ est barbu, il n’est plus un enfant comme on peut le voir habituellement et notamment sur l’icône du XIIIe siècle (13. stor) de Yaroslav et sur l’icône du XIIe siècle (12. stor) qui se trouve dans la cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod en Russie. Dans les deux médaillons plus petits, un évangéliste, Luc, sous la forme symbolique du taureau et un ange qui semble indiquer du doigt le sein d’Abraham.

A l’est, les peintures sont effacées. On devait probablement y trouver un Christ ou autre hypothèse peut plausible, une scène du Jugement dernier. Les deux autres éléments du tétramorphe de la vision d’Ézéchiel, l’aigle – Jean et l’homme – Matthieu devaient s’insérer dans les médaillons.

Au sud, une représentation assez rare : Dieu et son fils sur la poitrine. Dans les deux médaillons plus petits, un évangéliste, Marc, sous la forme symbolique du lion, à gauche et d’un ange, à droite, qui semble aussi pointer du doigt vers le sein d’Abraham.

A l’ouest, face au membre du clergé qui officie, le sein d’Abraham est mis en évidence. Deux médaillons de part et d’autres avec un ange complète ce voûtain.

L’arc triomphal

L’arc triomphal côté nef n’est pas peint. Peut-être sous la couche blanche, mais cela ne semble pas avoir été mis en évidence lors de la redécouverte des fresques ! Du côté chœur, ce sont des motifs ornementaux. Le contour de l’arc triomphal est marqué par des dents d’engrenage ou plisses en accordéon.

L’intrados comporte six prophètes dans des médaillons reliés entre eux par un contour en forme de huit, formant ainsi un lien de continuité entre eux.

Sur les piédroits de l’intrados, deux saints dynastiques, Štefan-Étienne et Ladislav-Ladislas, tout deux furent roi de Hongrie. Chaque piédroit à une croix de consécration.

La nef

La chaire baroque située côté nord, date du XVIIIe siècle (18. stor).

A l’origine, la nef était surmontée par un plafond plat en bois. Mais une reconstruction importante en 1800 a changé l’aspect intérieur de l’église. Les fenêtres gothiques d’origine ont été démolies et remplacées par des fenêtres agrandies de forme baroque et le plafond en bois a été remplacé par un plafond en plâtre.

Les fresques de la nef ne sont pas bien conservées et restent sous une couche de peinture du XXe siècle (20. stor), mais elles sont toujours visibles dans les combles.

Une tribune d’orgue termine la nef côté ouest.

Remerciements

Nous remercions Monsieur Vladislav Vrábeľ, Maire de Slatvina pour son accueil, sa disponibilité et son aide précieuse lors de notre visite ainsi que la personne qui nous a ouvert les portes de l’église.

http://www.slatvina.eu/atrakcie

Sources

Stredoveká nástenná maľba na Spiši. Milan Togner – Vladimir Plekanec. Arte Libris. 2012

Le culte des saints catholiques en Europe centrale et orientale. Jean-Pierre Irali. Ed. Romaines. 2011
Reconnaître les saints. Symboles et attributs. B. Des Graviers et T. Jacomet. Ed. Massin. 2006

Slatvina, na pozadí dejín. 1246-2006. Ondrej Fábry. Obecný úrad Slatvina. 2006