Cortège de carnaval à Hrboltová

Charles Bugan

La marche du carnaval dans les villages telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui dans les régions du Nord de la Slovaquie, porte le nom de Bursa – Fašiangova bursa.
Il s’agit d‘un cortège joyeux de mascarade dansant et les participants y chantent des formules de souhaits de bonheur et collectent des aliments auprès des villageois dans un panier (œufs, saucisses, lard, beignets frits) qu’ils se partageront ensuite lors du repas de carnaval.

Dans le petit village de Hrboltová, ce samedi 8 février était le jour du cortège carnavalesque. On y retrouvait des personnages masqués de la tradition, comme l’ours, des jeunes en costumes traditionnels qui déambulaient en musique dans le village tout en chantant et racontant des blagues dans le but d’apporter du bonheur et de la joie et au point d’arrêt une dégustation de vin chaud et de délicieuses pâtisseries typiques comme les šišky, fanky, pampúchy, un véritable régal – miam.

Quelques photos de ce bon moment sous le soleil

Saint Etienne, le 26 décembre

Mgr Alice Hura – Charles Bugan

En slovaquie svätý Štefan – saint Etienne, est fêté le 26 décembre

Saint Etienne, premier martyr et premier diacre chrétien (1), vivait à Jérusalem. Il fut condamné à la lapidation par les autorités juives en l’année 36.
Ses attributs : des cailloux ou des pierres rappelant son martyr que porte saint Etienne dans son vêtement ou autour de sa tête, il porte l’habit de diacre composé de la tunique blanche de diacre ainsi que de l’étole qui descend de l’épaule gauche et parfois il tient un encensoir de la main droite et, de la gauche recouverte d’un voile rouge en signe de respect, un coffret contenant les Saints Dons. Il peut avoir aussi un livre ou une palme de martyr. Il est représenté avec un visage imberbe. Il est le patron des tireurs de fronde, des diacres. Saint Etienne est également un saint guérisseur et, en Europe centrale, on l’invoque contre la maladie de la pierre (2) ou de la moelle épinière.

En Slovaquie, le jour de la Saint-Etienne est le jour idéal pour les visites entre amis, copains et les « connaissances ». Par contre, le jour de la Nativité de Jésus, le 25 décembre, est le jour de visites entre les membres de la famille proche seulement.

La coutume agraire de Saint-Etienne : le bain symbolique des chevaux dans l’eau froide

Autrefois, en Slovaquie, tôt le matin du jour de la Saint-Etienne, vers 3 ou 4h, les garçons ou les jeunes hommes conduisaient les chevaux au ruisseau du village pour y pratiquer le « bain symbolique » dans l’eau, c’est-à-dire qu’ils le faisaient marcher dans la rivière. Si la surface du ruisseau était trop gelée, ils promenaient les chevaux dans la neige.

Dans la mythologie slave, le cheval blanc était consacré à Sventovit, dieu slave ayant une tête à quatre faces. Le peuple slave croyait que Sventovit montait ce cheval pour aller se battre la nuit car, au petit matin, on retrouvait le cheval en sueur, couvert de boue, comme s’il revenait d’un long voyage.

Dans la région d’Orava, le jour de la Saint-Etienne, la coutume était de promener les chevaux dans la neige ou dans l’eau, pour leur bonne santé. Ce-jour-là, après le retour des chevaux du bain d’eau froide dans l’écurie, le maître de maison jetait des grains d’avoine sur les chevaux en prononçant des souhaits de bonheur et de bonne santé. L’Église justifiait cette coutume comme étant la célébration commémorative de la lapidation de saint Etienne.

Dans la région de Horehronie, les chevaux, après le bain symbolique dans l’eau froide, étaient attelés à une luge par les garçons et se baladaient avec les filles du village. Selon des ethnographes, le sens de cette coutume se rapportait à la magie agraire qui devait assurer de longues pousses des tiges des plantes textiles comme le lin et le chanvre lors de la prochaine récolte.

En surcroit, dans certaines communes de Slovaquie, les hommes âgés se lavaient rituellement au ruisseau ou se lavaient avec de l’eau froide. Quant aux femmes et aux jeunes filles, elles plongeaient leurs pieds dans l’eau froide. Cette coutume est encore en usage de nos jours mais elle est rarement observable.

Vœux et souhaits le jour de la Saint-Etienne « štefanské vinšovačky »

En Slovaquie, de nos jours, une coutume encore bien vivante et très connue appelée « štefanské vinšovačky » se déroule le jour de la Saint-Etienne. Il s’agit de vœux de bonnes fêtes récités en vers par les gens. Les personnes qui prononcent les vœux sont invitées et bien traitées dans chaque maison visitée du village.

Les traditions de visites, des vœux de bonheur et de bonne santé du jour de la Saint Etienne continuent encore de nos jours, mais essentiellement dans la famille apparentée. Et surtout dans la Slovaquie centrale, où on continue le chant traditionnel de cantiques de Noël par la jeunesse du village, la koleda, sous les fenêtres des concitoyens tout comme la tradition des jeux populaires de Noël, mais en forme raccourcie, inspirés par les légendes de la naissance de Jésus (Adoration des Rois Mages, Annonce aux Bergers).

Cadeaux des parrains dans le Hont

Dans la région de Hont, le matin du jour de la Saint-Etienne, les parrains apportaient, apportent encore, chez leurs filleules et filleuls, les gâteaux traditionnels faits de pâte levée, appelés en dialecte local les kačky, qui sont une forme de brioche tressée. Le gâteau était orné d’argent (jadis de 10 ou 20 pièces de monnaie), de ruban, de bonbons, d’un petit foulard coloré. Dans le passé, c’était aussi l’occasion pour offrir un cadeau comme une chemise, un chandail en laine ou du tissu.

Toujours dans la région de Hont, il existait la coutume que chaque enfant avait une marraine et un parrain de familles différentes (pas des époux). C’est ainsi que l’enfant obtenait deux gâteaux traditionnels avec des cadeaux.

Cortège des garçons – les quêtes de la Saint-Etienne

En Slovaquie occidentale, la coutume de quête de Štefan appelée štefanovanie était pratiquée lors d’un cortège de petits garçons qui prononçaient des vœux de bonnes fêtes en récitant des vers joyeux le jour de la Saint-Etienne : « Štefane, Štefane, čo nosíš v tom džbáne ? Koledu, koledu, spadol som na ledu. Psi sa na mňa zbehli, koledu mi zjedli, etc. – Stéphane, Stéphane, que portes-tu dans la cruche ? C’est la koleda, c’est la koleda, je suis tombé sur la glace. Les chiens viennent sur moi, ils mangent ma koleda… ».

La tradition du cortège des garçons et des jeunes hommes se déplaçant en prononçant des vœux et en chantant des souhaits de bonheur se déroulaient aussi dans les régions de Horehronie, de Spiš et de Liptov. Dans ces régions, selon une ancienne coutume, la famille et les amis se rencontraient chez leur ami ou leur parent qui s’appelle Etienne et devant la porte où habitait une personne prénommée Etienne, les filles jetaient de vieilles poteries.

Parfois il arrivait qu’un jeune homme du cortège s’appelle Etienne, il était alors symboliquement ligoté par ses compagnons jusqu’au moment où il obtenait l’hospitalité – une boisson alcoolisée, un saucisson, un fromage – dans une maison.

Dans le village de Černová près de Ružomberok (région de Liptov) le soir de la veille de la fête de Saint-Etienne, des musiciens jouaient sous les fenêtres des maisons où habitaient les hommes portant le prénom d’Etienne – Stephan – Štefan.

Dans la région ethnographique de Myjava (Slovaquie occidentale), les garçons allaient rendre visite aux filles et jetaient de l’eau sur les demoiselles. Cela devait apporter la bonne santé et la beauté.

Dans certaines régions slovaques, et notamment dans les communes des environs de la ville de Krupina (région de Hont) et des environs de Stará Turá (région de Trenčín), le matin du jour de Saint-Etienne, les garçons, munis de branches de bouleau bourgeonnés de feuilles ou de fleurs (coupés avant la Noël et laissés dans l’eau), allaient rendre visite aux filles et donnaient, symboliquement, quelques coups de fouet sur les jambes des jeunes filles pour leur apporter la bonne santé et la beauté.

Le déguisement et le cortège avec la musique

La quête du jour de la Saint-Etienne, devait être, à l’origine, une quête de bénédiction, destinée à chasser les mauvaises influences et à apporter du bonheur, la preuve avec l’ancienne forme du cortège de mascarade en compagnie du Turon que l’on trouvait dans la région d’Orava.

Dans la région de Hont, il y avait un cortège dit « avec des noix ou du raifort » composé de garçons accompagnés de musiciens et dans la région de Spiš, ce cortège était appelé bursik. Le but de ces quêtes était d’obtenir une récompense pour organiser des réjouissances.
Les garçons organisaient un bal dansant, la première réjouissance depuis l’interdiction de la musique pendant l’avent. Selon la coutume, c’était le bailli des garçons, qui organisait le bal dansant le soir de la Saint-Etienne. Parfois c’était les filles qui invitaient les garçons dans la maison où elles se réunissaient habituellement pour filer ensemble. Les filles préparaient un repas de pâtes traditionnelles, des nouilles avec du pavot, et les garçons venaient avec la musique. Les garçons collectaient l’argent entre eux et le donnaient en remerciement aux filles.

Dans les régions de Spiš et de Horehronie, un cortège de garçons avec la musique appelé la marche de bursik était organisée le jour de la Saint-Etienne. Ils circulaient dans le village et s’arrêtaient devant chaque maison où habitait une fille. Là, ils chantaient et attendaient. La fille leur apportait alors des gâteaux traditionnels, un saucisson et une boisson (eau-de-vie) ou un peu d’argent. Si la fille n’offrait rien, elle n’était pas invitée à la soirée dansante de la Saint-Etienne organisée par les garçons du village.

La coutume d’organiser la soirée dansante de Saint-Etienne par des garçons, est toujours bien vivante en Slovaquie.

La quête des noix dans la région de Hont

Dans la région de Hont, une coutume rare, active jusqu’en 1940 et probablement encore active de nos jours (3)…, regroupait les garçons en un cortège avec à sa tête un musicien-accordéoniste et un bailli élu parmi les garçons. Ce bailli tenait à la main une tige de roseau, symbole de son pouvoir, il portait sur son dos une grande trousse de toile en brins, appelée visak, dans laquelle il y déposait les récompenses reçues : des noix. Le cortège des garçons accompagné avec la musique s’arrêtait devant chaque maison où habitait une jeune fille et ils chantaient : « Otvor milá bránu maľovanú, etc. – Ma bien-aimée, ouvres la porte peinte,… ». La jeune fille sortait devant la maison et elle dansait avec chaque garçon du cortège, puis elle les invitait à entrer dans la maison où la table était préparée pour la réception. Il y avait toujours un grand plat rond et profond rempli de noix destinées aux garçons du cortège. Après la « quête des noix », les garçons se réunissaient chez le bailli pour élire le nouveau bailli. Habituellement, le bailli était élu parmi les garçons de famille « aisée » surtout pour accomplir son devoir : obtenir l’argent pour organiser la réjouissance dansante le soir de la Saint-Etienne.

L’élection du bailli des garçons le jour de la Saint-Etienne

Dans certaines communes des régions slovaques de Záhorie, de Kysuce, de Hont, autrefois les garçons élisaient le bailli entre eux et organisaient un rite d’entrée dans le groupe des hommes pour les nouveaux membres – adolescents du village.
Dans le village de Štubňa (dans la région de Turiec), les garçons élisaient leur bailli et leur maître de danse.
De nos jours, l’élection du bailli est rare, mais dans le village de Sebechleby, les garçons continuent de pratiquer cette ancienne tradition le jour de la Saint-Etienne.

Le devoir du bailli des garçons du village était de garder l’ordre moral entre la jeunesse du village et les lieux publics comme dans l’église, dans une taverne, et d’autres lieux de la commune.

L’ancienne coutume du don du gâteau, un rite de rémunération

Autrefois, dans la Slovaquie occidentale, l’année du service saisonnier terminée, les ouvriers agricoles obtenaient une rétribution et un grand gâteau traditionnel appelé mrváň qui représentait, symboliquement, le remerciement du patron de la ferme agricole. Ce gâteau était orné d’une pomme et de romarin. Il était la récompense du travail accompli et la possibilité d’obtenir un nouveau contrat de travail. Le saisonnier s’en retournait chez lui en portant démonstrativement ce mrváň fixé sur un bâton.
Dans la région ethnographique de Záhorie, sous l’influence de cette tradition agraire, il y avait un cortège avec le gâteau, en slovaque koláč qui était une couronne tressée de paille et ornée de rubans symbolisant le gâteau traditionnel de rémunération.

Texte extrait de notre conférence : Les traditions de Noël en Slovaquie

Notes

1 Cité dans la Bible (Actes 6, 5) et dans la Légende dorée, saint Etienne protomartyr est évoqué comme « homme plein de foi et d’Esprit-Saint ». Il fut lapidé en présence de Saül, le futur saint Paul, l’année que Jésus-Christ monta au ciel, au commencement du mois d’août, le troisième jour hors des murs de Jérusalem, au nord de la porte de Damas. Il est couronné comme chef du martyre. Il est vénéré par les Églises catholique, orthodoxes, luthérienne, copte.

2 La maladie de la pierre parfois aussi appelée gravelle est due à la formation de calculs dans une partie de l’organisme, souvent les reins ou les voies urinaires (lithiase).

3 A ce jour, nous n’avons pas de renseignements permettant de confirmer ou d’infirmer cette information.

Sources

Vianoce na Slovensku…od Ondreja do Troch kráľov. Par Zuzana Drugová, 2008. Slovak edition – OTTOVO NAKLADATELSTVI, 2009

Ľudová kultúra. Par Zuzana Beňušková. Kultúrne Krásy Slovenska. Dajama

Malý lexikón ľudovej kultúry Slovenska. Kliment Ondrejka. Mapa Slovakia Bratislava 2003

Slovenský rok. Receptár na dni sviatočné všedné i pôstne. Ratislava Stoličná-Mikolajová. Vydavateľvo Matice Slovenskej. 2004

U nás taka obyčaj. Slovenské ľudové tradicie. Vojtech Majling. Computer Press, Brno. 2007

Z ľudovej kultúry Turca. Eva Pančuhová, Zora Mintalová a kolektiv. Matica slovenská. 2004

La légende dorée. Jacques de Voragine. Ed GF Flammarion. 1967

La fête au Moyen Âge. Gérard Lomenec‘h. Ed.Ouest-France. 2015

Le culte des saints catholiques en Europe centrale et orientale. Jean-Pierre Irali. Ed. Romaines. 2011

Reconnaître les saints. Symboles et attributs. B. Des Graviers et T. Jacomet. Ed. Massin. 2006

Icônes et saints d’Orient. Alfredo Tradigo. Guide des Arts. Ed. Hazan. 2005

La Sainte Bible. Par Louis Segond. Ed. La Société Biblique Canadienne. 1976